Micro-agressions ou racisme inconscient: un mal invisible

Traiter les autres différemment ou passer des commentaires sur la différence des autres peuvent constituer des micro-agressions.
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«Tu es vraiment intelligent(e).» «Tu es plutôt belle pour une Noire.» «Tu n’es pas comme les autres Noirs.» Tels sont des exemples de commentaires, parmi tant d’autres, auxquels les personnes de couleurs comme moi font face dans leur vie quotidienne.

On a tendance à considérer ces remarques comme anodines et même parfois comme des compliments, mais en réalité, elles ne sont pas à prendre à la légère. Ces propos ne sont pas insignifiants: on parle de micro-agressions raciales.

Propos blessants

Les micro-agressions sont très subtiles et elles ne se présentent pas seulement sous forme de propos, mais aussi sous forme d’actions ou d’attitudes.

Je ne peux pas compter le nombre de fois où dès mon entrée dans une boutique, je pouvais sentir une présence humaine derrière moi surveillant chacun de mes mouvements. Bien sûr qu’il faut garder un œil sur cette jeune fille noire, après tout, les Noirs sont des voleurs, n’est-ce pas?

Des chercheurs de l’Université de Columbia aux États-Unis ont défini les micro-agressions raciales comme «des indignités verbales, comportementales ou environnementales quotidiennes brèves et courantes, intentionnelles ou non, qui communiquent des insultes et des insultes raciales hostiles, désobligeantes ou négatives envers les personnes de couleur.»

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Un commentaire sur l’apparence de quelqu’un peut constituer une micro-agression. Illustration : Catherine Song

Inconscience

Ce qui est déplorable, c’est que souvent l’auteur de la micro-agression ne se rend pas compte de la gravité de ses mots et parfois il peut même penser avoir complimenté la personne en face de lui.

Mais du côté de la victime, on trouve un point de vue tout à fait différent. Un des problèmes pour la personne qui subit une micro-agression est de déterminer si celle-ci a eu lieu vu l’apparente innocence du propos ou de l’action.

S’ensuit alors une série de questionnements: la personne a-t-elle réellement voulu dire cela?, devrais-je la confronter?, est-ce la peine de réagir?

Trop sensible?

La plupart du temps, les personnes de couleur ne réagissent pas dans ces situations, car on les encourage à simplement les ignorer.

Dans le cas contraire, les auteurs des micro-agressions, eux, voient leurs interlocuteurs comme des personnes trop sensibles ou qui réagissent de manière excessive. Résultat: les personnes de couleur sont incomprises par la société qui trouve qu’elles exagèrent alors qu’en réalité, elles affrontent une forme de racisme.

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Trois catégories de micro-agressions

Pour mieux comprendre ce phénomène, l’article Racial Microaggressions in Everyday Life de Derald Wing Sue et al nous présente trois différentes catégories de micro-agressions:

– les «micro-invalidations» définies comme le déni subtil des ressentis, expériences ou pensées d’une personne;

– les «micro-insultes» qui sont des commentaires verbaux et non verbaux qui ont pour effet de rabaisser;

– et les «micro-attaques» qui se manifestent par des attaques verbales ou non verbales explicites.

Par exemple, en guise de réponse face au mouvement antiraciste qui proclame que «La vie des noirs compte», d’autres déclarent que «Toutes les vies comptent». Une déclaration qui a pour but de discréditer l’expérience de la communauté noire et faire croire que nous avons tous les mêmes défis, ce qui est clairement une micro-invalidation.

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Manifestation torontoise contre le racisme et la brutalité policière en juin 2020. Photo: Philippe Davisseau

Santé mentale

En outre, des chercheurs américains ont démontré que les micro-agressions peuvent affecter la santé mentale. Elles influencent le bien-être psychosocial et ont des effets psychologiques plus graves que le racisme direct.

À force d’entendre des remarques racistes, la personne peut développer une faible estime de soi et peut même tomber dans la dépression. On comprend alors pourquoi il est important de tourner sept fois sa langue avant d’ouvrir la bouche.

Sortir du silence

Aujourd’hui encore, les discussions sur le racisme ne portent quasiment jamais sur les micro-agressions qui continuent pourtant à être un mal invisible rongeant de l’intérieur ceux qui les subissent.

Il est temps de s’exprimer, de sensibiliser, d’éduquer et de faire comprendre que les micro-agressions ont des conséquences graves.

À mes compatriotes Noir(e)s, ne restez plus dans le silence!

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