Meurtre de Nicolas Yombo: la diaspora africaine en deuil

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Publié 07/12/2010 par Guillaume Garcia

Nicolas Yombo, un jeune francophone d’origine camerounaise, a été tué le lundi 29 novembre dans le quartier de Regent Park, où il vivait avec sa famille. Une vague de violence s’est récemment abattue sur le quartier de logements sociaux. Depuis le 16 novembre, quelques cinq personnes y ont perdu la vie, et plusieurs autres ont été blessées.

Selon la police, Nicolas Yombo était impliqué dans le trafic de stupéfiants, information qui a été appuyée par les déclarations du père de la victime, Christian Yombo. La famille Yombo est bien connue de Léonie Tchatat, la directrice générale de La Passerelle, qui leur offre des services. Le père est son ami depuis le début des années 90.

Jointe au téléphone par L’Express, Léonie Tchatat confirme le fait que la famille de Nicolas savait qu’il participait au trafic de drogue et avance que ses proches ont plusieurs fois tenté, en vain, de le faire sortir de cet engrenage. «On a essayé de l’envoyer passer du temps au Cameroun, pour le faire sortir de là, où de l’envoyer à Montréal. Mais il n’a jamais voulu», indique-t-
elle.

Le corps de la victime a été retrouvé par son père dans leur maison au 124 River aux alentours de 2h15 du matin. Le jeune avait décroché l’école depuis la 9e année. Interrogé par plusieurs médias, le père de la victime ne réfutait pas l’implication de son fils dans le trafic de drogue et pointait la fatalité: «He was a bad guy and they shot him. […] Now he pays for that.» Il dit également avoir tenté de lui parler, mais rien n’y faisait: «I talked to him every day. But he didn’t want to change.»

Moyen de gagner de l’argent

Léonie Tchatat s’est mise au service de la famille en demandant à la communauté d’aider les Yombo, notamment pour défrayer le coût des funérailles. Elle se dit frappée par le manque de services offerts aux personnes habitant des quartiers comme Regent Park.

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Titulaire de diplômes, le père de Nicolas n’a jamais eu la chance de les voir reconnus par le Canada. En filigrane, il faut comprendre que Nicolas a peut-être pris la mauvaise voie par dépit, constatant le peu d’opportunités que lui offrait la vie.

«Parfois, la drogue c’est leur moyen de gagner de l’argent vite. Certains aident leur famille comme ça» indique Léonie Tchatat.

La Passerelle devrait d’ailleurs ouvrir un programme pour les jeunes francophones issus des minorités raciales et ethnoculturelles en proie au décrochage scolaire.

«On n’aime pas ce genre d’histoire, ça ne donne pas l’image qu’on voudrait des immigrants. Les Camerounais ont beaucoup de fierté. Le père se dit que c’est de sa faute si son enfant est tombé là-dedans», conclut Léonie.

Cellule de crise

Lors de l’arrivée des policiers, juste après la fusillade, le jeune frère de la victime a tenté de rentrer dans la maison et a dû être évacué.

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Le conseil scolaire Viamonde, responsable du Collège français où est scolarisé l’adolescent, a mis en place «une cellule de crise», précise Claire Francoeur, la directrice des communications.

Une équipe de psychologues et de travailleurs sociaux seront disponibles pour les élèves, et l’équipe enseignante pendant une période qui reste à définir. Cette procédure n’est pas nouvelle, elle est mise en place quand un événement dramatique survient dans l’une des écoles gérées par le conseil scolaire Viamonde.

«On l’a utilisée lors de l’incendie à Gabrielle-Roy, par exemple, où lors du décès d’un parent d’un de nos élèves. Quand un jeune du conseil catholique s’est suicidé, ils avaient fait de l’assistance psychologique, et nous aussi avec nos élèves», indique Claire Francoeur.

Les funérailles de Nicolas Yombo auront lieu le samedi 11 décembre au Rosar Morrison Funeral Home, au 467 Sherbourne. Une messe sera célébrée à 10h dans la chapelle de la maison funéraire. Le corps sera ensuite transporté au cimetière Beechwood sur la rue Jane, au nord de Steeles.

Auteur

  • Guillaume Garcia

    Petit, il voulait devenir Tintin: le toupet dans le vent, les pantalons retroussés, son appareil photo en bandoulière; il ne manquait que Milou! Il est devenu journaliste, passionné de politique, de culture et de sports.

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