Maylis de Kerangal, l’écriture des sens

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Maylis de Kerangal a eu très tôt la joie de lire et elle pense que c’est ce qui l’a poussée à écrire. Intéressée par de nombreux domaines, elle a fait des études d’histoire, d’ethnologie et de philosophie. Un temps éditrice de livres de voyage, un jour elle a décidé de partir au Colorado. Là-bas elle a commencé à écrire et depuis, elle ne s’est plus arrêtée.

C’est ce que l’auteure française est venue raconter, vendredi dernier, à l’Alliance française de Toronto, à l’occasion de la promotion de son roman Naissance d’un pont, récemment publié en anglais, qui l’a conduit jusqu’au Festival international des auteurs, à Harbourfront.

Naissance d’un pont fait l’unanimité auprès des critiques: l’écrivaine reçoit le Prix Médicis et le Franz Hessel, et elle est sélectionnée pour les prix Goncourt, Fémina et Flore.

Western

Ce septième roman fait suite à une envie, celle d’un rassemblement, de la volonté de l’auteure «de déployer quelque chose de plus collectif».

Maylis de Kerangal souhaitait créer «une sorte de western», un roman de fondation, «une épopée». À la recherche d’un moyen de «saisir la foule» dans son ouvrage, elle pense «aux grands chantiers», à une construction collective pouvant concerner le plus grand nombre, où «les gens convergeraient tous ensemble pour bâtir» quelque chose.

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L’idée d’un pont lui plaît, car contrairement à une tour qui «impose sa propre puissance», le pont, lui, «inclut deux entités».

Dans son roman, un pont est érigé afin de désenclaver une ville anodine, pour en faire une sorte de grande métropole comme Dubaï.

Inspiré du Golden Gate de San Francisco, ce pont imaginaire se construit ainsi dans une Californie fictive où s’entremêlent les vies d’hommes et de femmes.

Enquête

Maylis de Kerangal a pris l’habitude de se livrer à une véritable enquête documentaire, en ce qui concerne les lieux, mais aussi les personnages et le rôle qu’ils jouent dans ses livres. Pour les besoins de son roman Réparer les vivants (2014), elle a même assisté à une transplantation cardiaque.

Naissance d’un pont a fait l’objet du même processus de recherche: la romancière s’est informée à propos des ponts ainsi que des métiers gravitant autour de la sphère de la construction d’un tel édifice.

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Elle a récupéré des données documentaires, des textes et les a fait s’entrecroiser. Si l’auteure estime que «de tout cela, il reste quelques phrases», le vocabulaire de la construction, lui, est bien présent.

Cela permet au lecteur d’avoir une expérience de lecture particulière et de s’initier à «des langages qui n’ont pas le droit de cité» habituellement, admet Mme de Kerangal.

Cinématographique

Les lecteurs découvrent ainsi une écriture précise, organique et très visuelle. L’auteure est dans la description et elle le dit elle-même, «c’est très peu dialogué».

À la manière d’une réalisatrice, la femme de lettres tente de capter le plus d’éléments possible. Elle concentre son attention sur certains traits de caractère des personnages, sur les particularités des paysages, ou encore sur les différents aspects des matières.

Elle déplie tous ses sens pour être au plus proche du réel, le retranscrire sur papier et faire en sorte que les lecteurs «sentent les couleurs, voient les odeurs», vivent littéralement ce qui est écrit.

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Cette tendance à jouer avec la précision n’est pas anodine: comme la littérature peut inspirer le cinéma, le cinéma inspire la littérature et Maylis de Kerangal en témoigne. Pour Naissance d’un pont, «d’emblée je me suis dit c’est une focale large, on est dehors, il y a des paysages», insiste l’auteure. «Le cinéma, c’est la captation phénoménologique du réel. J’essaye de faire pareil».

L’écriture semble ainsi avoir une allure, tantôt lente, tantôt rapide, comme si sa créatrice effectuait un travelling. Le lecteur se retrouve «rarement dans les boîtes crâniennes», selon la romancière, «on est dans la description des gestes».
De la même façon, les dialogues ne sont pas en retrait du texte, ils y sont incorporés. Dans la littérature, selon l’auteure, «il n’y a pas de raison qu’on ait des dialogues et qu’on éteigne la lumière: les deux vont ensemble!»

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