Manque de coordination pour la sauvegarde de la biodiversité

Rapport spécial du commissaire à l’Environnement de l'Ontario


17 janvier 2012 à 10h02

Depuis la fin en 2010 de la stratégie de la biodiversité mise en place en 2005, l’Ontario ne possède plus de plan précis pour préserver sa biodiversité. Entre manque de coordination et manque de moyens, les différents ministères impliqués ne tirent pas tous dans le même sens.

Alors que le Canada s’est engagé, avec 200 autres nations, et à 20 cibles de conservation de la biodiversité à atteindre d’ici 2020, les provinces, qui sont techniquement responsables de respecter ces cibles, ne mettent globalement aucune mesure en place pour y parvenir.

Les engagements du Canada

Le commissaire à l’Environnement de l’Ontario, Gord Miller, rappelle le gouvernement libéral à l’ordre dans un rapport paru le 10 janvier dernier, intitulé «La biodiversité: l’engagement d’une nation, une obligation pour l’Ontario».

À l’échelle mondiale, la diminution de la biodiversité représente un problème majeur, rappelle le commissaire à l’Environnement.

Il précise également que des efforts sont faits pour protéger cette biodiversité, comme les accords signés à Rio en 1992 ou encore ceux de Nagoya qui ont permis de mettre en place les objectifs Aichi pour 2020.

La première rencontre pour faire le point sur les objectifs d’Aichi aura lieu en 2015 et le commissaire à l’Environnement s’inquiète de l’avancée de la protection de la biodiversité en Ontario.

«Il est impératif que l’Ontario suive la cadence des efforts partout au pays et dans le monde. Le gouvernement de l’Ontario doit s’approprier le projet, posséder un plan stratégique pour atteindre les objectifs d’Aichi et agir. Un discours ne suffit pas», dit Gord Miller.

Un vide gouvernemental

Jean-Marc Filion, porte-parole du commissaire, explique qu’il existe un conseil non gouvernemental sur la biodiversité en Ontario qui essaie de combler le vide laissé par le gouvernement, mais que le ministère des Ressources naturelles tente de s’éloigner de ce conseil, et que de toute manière, il n’a aucune capacité d’imposer quoi que ce soit.

Comme le souligne le commissaire, «bien que le ministère des richesses naturelles ait suggéré qu’il répondra à cette stratégie renouvelée, il n’existe à l’heure actuelle aucun plan d’action pour articuler l’engagement du gouvernement et conserver la biodiversité».

«Il faut responsabiliser les ministères et faire un effort dans la coordination des programmes», indique Jean-Marc Filion.

En effet, plusieurs ministères, dont celui des Ressources naturelles, de l’Environnement, des Affaires municipales et du logement ont des programmes mis en place, mais qui nécessiteraient une coordination transversale.

Jean-Marc Filion met l’accent par exemple sur les zones marécageuses de l’Ontario qui abritent bon nombre d’espèces, ralentissent les cours d’eau etc., que le développement urbain et rural a tendance à assécher. «La force de notre écosystème vient de la richesse génétique des espèces vivantes en Ontario. Plus on va vers la monoculture plus cela pose un problème.»

Les défis

Les objectifs d’Aichi ne sont pas radicaux au point de dire qu’il faut arrêter net la destruction de la biodiversité, mais prennent un ralentissement du rythme auquel on la détruit.

Le porte-parole du commissaire poursuit en précisant que plusieurs espèces animales de l’Ontario, du fait de leur «homophobie», dans le sens qu’ils ne supportent pas la présence humaine, se sont déplacées dans le Nord et sont à la limite de leur capacité d’adaptation physique, tel que le blaireau d’Amérique ou encore l’effraie des clochers. «Pour eux, si l’hiver est difficile, les animaux disparaissent.»

«Il y a aussi des animaux qu’on voyait dans une zone médiane de l’Ontario et que l’on ne voit maintenant que dans le Grand Nord, comme le caribou des bois ou le carcajou. La foresterie est incompatible avec certains animaux.»

La préservation de la biodiversité génétique représente également un grand défi pour l’Ontario. Plusieurs espèces, comme le loup de l’est que l’on retrouve à Algonquin, résultent d’un mélange entre différentes espèces de loups, le loup gris d’un côté, ou encore le coyote de l’autre.

Il est quasiment impossible de reproduire cette génétique complexe. La préservation d’espèces «hybrides» pose de sérieuses difficultés.

Du positif dans le négatif

Le sud de l’Ontario soulève quelques inquiétudes aussi puisque plus de 80 % des anciennes forêts et marécages ont disparu malgré des politiques de préservation mises en place avec l’aide des agriculteurs.

C’est d’ailleurs un point intéressant du rapport du commissaire; malgré des critiques sur le manque de coordination et de l’absence de feuille de route transversale, il note que les ministères tentent tout de même d’appliquer certains programmes, chacun de leur côté, et qu’ils manquent cruellement de moyens pour y parvenir de manière satisfaisante.

Ce n’est pas pour rien que le rapport tombe au moment où le gouvernement libéral réfléchit à la manière dont il pourrait couper dans les budgets de certains ministères.

Si les politiques veulent rester dans les clous et atteindre les objectifs signés par le Canada, ils doivent faire en sorte de se donner les moyens d’agir. «Il faut préparer un document qui adresse les 20 objectifs d’Aichi», exhorte Jean-Marc Filion.

«J’aime les rapports comme ça. Il se veut critique, mais de manière positive, avec une possible marche à suivre pour le gouvernement. Je retiendrais cela, c’est un rapport positif», conclut le porte-parole.

Le commissaire affirme quant à lui dans sa conclusion: «La façon dont nous gérons la crise de la biodiversité sera un héritage que nous laisserons aux prochaines générations. Nous devons suivre la cadence des efforts en cours partout dans le monde pour régler l’une des difficultés les plus grandes de notre temps. Le gouvernement de l’Ontario a besoin d’un plan d’action stratégique pour conserver, protéger et rétablir la diversité biologique de notre province.»

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