Les mensonges de Washington


15 avril 2003 à 0h00

Dans la plupart des médias, on a parlé de «la guerre en Irak» sur le mode contemplatif, comme de la neige au Canada. Ou encore de «la guerre entre les États-Unis et l’Irak», comme si les deux scorpions étaient enfermés dans une bouteille à l’exemple de la Palestine, de l’Irlande, des Balkans, du Kashmir, etc.

En fait, «la guerre contre l’Irak» ou «l’invasion de l’Irak» était une action unilatérale qui mettait en présence un agresseur et une victime, pas deux belligérants de longue date dont les intérêts seraient presqu’inévitablement antagonistes.

Terrorism

Washington a prétendu que la guerre contre l’Irak s’inscrivait dans la lutte contre le terrorisme, suite aux attentats islamistes du 11 septembre 2001, au même titre que le renversement du régime des Talibans en Afghanistan quelques mois plus tard. Ce n’était une guerre «préventive» (un concept iconoclaste) que dans la mesure où elle visait à empêcher l’Irak de se doter d’armes chimiques, biologiques ou nucléaires qui pourraient être refilées à des groupes terroristes anti-américains. Du désarmement à l’élimination du régime, il n’y a toujours eu qu’un pas…

En réalité, c’était une guerre impérialiste classique. L’intervention américaine visait à empêcher le régime de Saddam Hussein et du parti Baath d’acquérir, avec les revenus du pétrole, les moyens de s’affranchir des sanctions de l’ONU pour normaliser ses relations avec ses voisins et ses clients. À plus long terme, il s’agissait aussi de freiner l’ascension de l’euro, au détriment du dollar américain, en tant que monnaie de référence dans les échanges internationaux. Depuis le début de 2001, Bagdad demandait que son pétrole lui soit payé en euros…

Le danger de voir Saddam tourner de nouvelles armes contre des alliés des États-Unis (Israël, Koweït, Arabie Saoudite, Jordanie, etc.) ou en équiper des groupes terroristes a toujours été très peu plausible. Il aurait – il a – été détruit pour bien moins que ça.

L’Irak ne possédait aucune arme non-conventionnelle, comme l’avaient démontré les inspections de l’ONU et comme le savaient déjà les Américains qui survolaient, patrouillaient, espionnaient et bombardaient ce pays depuis 1991. L’Irak ne représentait plus aucune menace pour ses voisins, qu’il n’avait attaqués qu’avec la bénédiction des Américains (lran) ou croyant l’avoir (Koweït). Saddam n’entretenait aucun lien avec al-Qaïda, même que son régime militaire séculier – détestable, certes – était plutôt mal vu par les islamistes radicaux – encore plus détestables.

Bush, Cheney, Rumsfeld, Powell et compagnie ont donc menti effrontément aux Américains, à leurs alliés et au monde entier afin de poursuivre leurs conquêtes après l’Afghanistan. L’Iran et la Syrie, dont les gouvernements ne sont pas inféodés aux Américains, sont dans leur mire après l’Irak, tandis qu’on imposera d’impossibles conditions de paix aux Palestiniens et qu’on tentera de contrôler et compromettre davantage les dictatures pro-américaines en Arabie Saoudite, en Jordanie et en Égypte.

Libert?

La guerre visait aussi à libérer le peuple irakien du joug de Saddam et à répandre la démocratie, gage de paix et de stabilité, dans la région. Cet argument est devenu le plus important dans le discours américain après que la grande majorité des nations de la planète – dont plusieurs amis, voisins, clients et fournisseurs des États-Unis – aient exprimé leur opposition à un coup de force contre l’Irak, vue l’inexistence d’une menace militaire ou terroriste.

Le régime de Saddam était despotique, mais c’est le cas de nombreux gouvernements au Moyen-Orient, en Asie, en Afrique, en Amérique latine (Cuba) et même en Europe (Belarus). Un indice qui trompe rarement: les statues et portraits à la gloire du chef suprême dans les lieux publics.

La Corée du Nord, véritable camp de concentration où la population est traumatisée et affamée, représente le danger le plus grave et le plus imminent puisqu’elle possède des armes nucléaires, exporte ses missiles et entretient des liens avec les mouvements politiques les plus radicaux. Pourtant, dans cette région sans pétrole et loin d’Israël, Washington prêche le dialogue, à l’instar des premiers intéressés: la Corée du Sud, le Japon, la Chine et la Russie.

Par ailleurs, avant de libérer les autres de la dictature, les Américains feraient bien d’examiner leur propre système politique, qui a permis l’élection de George W. Bush avec une minorité de votes en 2000; leur propre système judiciaire, qui permet l’internement arbitraire et secret de dissidents et autres «terroristes», passibles de la peine de mort; leurs propres médias, devenus les propagandistes du régime; et leur propres dirigeants, à la solde d’Israël et d’intérêts industriels et financiers sans scrupule.

Ethnocentrism

Par la voix de son ambassadeur Paul Celluci, l’administration américaine s’est dite déçue que le Canada – considéré comme «un membre de la famille» – n’aie pas participé à la guerre contre l’Irak : «Si c’est le Canada qui avait eu besoin d’aide, les États-Unis n’auraient pas hésité…»

C’est faux. Premièrement, les États-Unis n’étaient pas en danger et n’avaient pas besoin d’aide. Deuxièmement, les États-Unis ont hésité jusqu’en 1917 avant de participer à la Première Guerre mondiale, commencée en 1914, et jusqu’en 1941 avant de participer à la Deuxième, commencée en 1939. Troisièmement, le Canada n’a pas suivi les États-Unis au Viêtnam, mais, avec l’OTAN, il a résisté à l’URSS; il a accepté d’intervenir au Kosovo; il a fait plus que les États-Unis pour mettre fin à l’apartheïd en Afrique du Sud et, d’une façon générale, pour promouvoir une sécurité internationale basée sur le respect, la justice et la liberté.

En l’absence de raisons valables, l’argument ethnocentriste – «les Américains et les Britanniques sont nos meilleurs amis, nous aurions dû être à leurs côtés» – est le seul auquel se sont accrochés les partisans canadiens de la guerre contre l’Irak: l’Alliance canadienne de Stephen Harper, les premiers ministres de l’Alberta et de l’Ontario, le commentateur sportif Don Cherry… Plusieurs de ces gens-là ont aussi en commun la hantise du fait français au Canada, et par extension sur la scène internationale où la France a tenu tête aux États-Unis.

Nous aussi sommes en droit d’être déçus que nos «meilleurs amis» n’aient pas écouté nos bons conseils, qu’ils nous aient menti et qu’ils aient voulu nous entraîner dans une aventure criminelle. Nous aussi, nous nous en souviendrons.

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