Les Jeux d’Hitler : le sport comme alibi

Un docu édifiant sur les coulisses des JO de 1936

Les Jeux d'hitler/NAZISM-SPORTS-PARADE
La parade d'athlètes allemands dans le nouveau stade de Berlin.
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«Voir la croix gammée associée aux valeurs véhiculées par les Jeux olympiques était une énigme pour moi et je voulais comprendre», explique Jérôme Prieur sur les raisons qui l’ont poussé à réaliser son documentaire Les Jeux d’Hitler, projeté à l’Alliance française jeudi dernier.

Les Jeux de 1936, qui se sont déroulés à Berlin trois ans après le début du mandat de chancelier d’Hitler, étaient bien plus qu’une simple compétition sportive et démonstration de la puissance économique de l’Allemagne.

C’était avant tout une opération politique de propagande de grande envergure que le réalisateur français dénonce dans ce long-métrage sorti en 2016.

Dans cette optique, il a étudié des historiens qui décryptent la situation, mais il s’est surtout replongé dans «l’histoire contemporaine de l’époque» en lisant la presse de ces années-là et en récoltant des témoignages sur cette courte période qui précède la Deuxième Guerre mondiale.

«La grande illusion»

Hitler n’était pas un amateur de sports. Pourtant, le 1er août 1936 à 16h, il ouvre les XIe Jeux olympiques modernes dans le nouveau stade de Berlin devant 120 000 spectateurs et des chefs politiques du monde entier.

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Après tout, quoi de mieux que le sport comme alibi dans le jeu d’apparences qu’a orchestré de bout en bout le chancelier allemand?

Au début des années 30, le pays souffre d’une mauvaise image dans le monde, véhiculée par les ambassadeurs sur place, comme en témoigne le diplomate français André François Poncet: «l’éviction des socialistes, libéraux et autres partis par Hitler n’est que la pointe de l’iceberg».

Ses paroles, comme d’autres voix de cette ère, guident la narration du documentaire qui dévoile peu à peu les dérives totalitaires du régime nazi. Les images et films d’archives d’entremêlent et plongent le spectateur dans ce climat remplit de défiance.

Cette atmosphère, Adolf Hitler l’a camouflée en s’armant du raffinement et de l’opulence de ses Jeux olympiques.

Lorsque la rumeur court que les athlètes juifs allemands sont discriminés dans leur participation aux Jeux, il riposte en intégrant une seule athlète juive, l’escrimeuse Helene Mayer, pour tromper l’inspecteur des Jeux. Celui-ci déclare alors que «les athlètes juifs allemands ne sont juste pas très forts en sport».

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Des images d’une Allemagne heureuse et paisible sont diffusées dans le monde entier, juste avant le début de la compétition.

Les jeux d'hitler / Jérôme prieur
Le réalisateur Jérôme Prieur était présent pour une discussion guidée par Laëticia Delemarre, la directrice culturelle de l’AFT.

Propagande à son paroxysme

Ce sont des images rares d’une tromperie minutieuse que dévoilent ici Jérôme Prieur.  Notamment à travers les clichés du village des sportifs, havre paradisiaque où ils sont traités en rois, comme ils l’expliquent dans les journaux.

Là encore, le narrateur dissipe la mascarade. Pendant la durée des Jeux, Hitler a exigé que toute mesure-anti juive soit suspendue… et que les jupes des Berlinoises soient raccourcis de cinq centimètres.

Les Berlinois étaient encouragés à être plus avenants, en laissant par exemple leur place dans le métro aux touristes. Tout était mis en œuvre pour laisser une empreinte inoubliable des JO et de l’Allemagne.

Toujours aujourd’hui, cet imaginaire autour de l’édition 1936 persiste, et cela n’aurait pas été possible sans le travail de la réalisatrice Leni Riefenstahl.

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Hommage à Leni Riefenstahl

Figure controversée de par sa complicité avec Hitler et son travail pour le régime nazi, Leni Riefenstahl est au cinéma allemand ce que Louis-Ferdinand Céline est à la littérature française: ses dérives n’arrivent pas à effacer son génie.

Son talent est reconnu dans le documentaire de Jérôme Prieur, et le décodage de ses méthodes y occupe une bonne place. Ici, c’est sur son rôle de réalisatrice du film Olympia qu’il pose un regard critique.

Coûtant quatre fois le prix d’un film moyen de ses années-là, Olympia est le témoignage filmé des JO de 1936. Ce souvenir, ô combien édulcoré, a une influence abyssale sur la manière dont cette compétition fut et est encore appréhendée.

Le passage qui lui est réservé dans Les Jeux d’Hitler bascule dans la mise en abîme, en analysant comment Leni Riefenstahl arrivait à transfigurer comme elle le voulait les performances des sportifs, parfois en les refilmant ou en utilisant les premiers ralentis.

Les jeux d'hitler/Glenn_Morris_and_Leni_Riefenstahl_1936
Leni Riefenstahl et l’athlète Glenn Morris en pleine instruction de scène.

Les Jeux d’Hitler est la parfaite déposition de nombreuses personnes qui ont assisté à cet événement. Le documentaire démasque ses aspérités, qui ont joué un rôle, comme on le comprend au fur et à mesure du visionnement, sur la suite tragique de l’histoire.

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