Les initiatives pour contrer les défis imprévus (4)

L'immigration en région

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Publié 22/12/2008 par Annik Chalifour

Voici le dernier volet d’un reportage qui a été diffusé au cours des quatre dernières semaines axé sur les enjeux de l’immigration en région: l’emploi, l’éducation, la santé, les défis imprévus dans le cadre du 5e Séminaire de recherche sur l’immigration en région tenu à l’Université de Sherbrooke à la fin novembre. Cet article présente des initiatives locales pour contrer les défis de l’immigration dans les petites communautés.

Les conditions de vie, de travail et d’éducation demeurent au centre des questions qui touchent l’accueil des immigrants en région.

Lors du récent Séminaire de recherche sur l’immigration tenu à Sherbrooke, Malanga-Georges Liboy de l’Université de Sherbrooke et Paulin Mulatris de l’Université d’Alberta ont présenté le cas de la conciliation travail-études des jeunes immigrants africains. De jeunes nouveaux arrivants qui doivent travailler, prendre soin des membres de leurs familles et étudier en même temps. Tout ceci dans un contexte socio-économique non inclusif, où l’intégration réussie se définit à travers l’emploi qu’on occupe…

Au cours des quatre dernières années plus d’une cinquantaine de familles africaines sont arrivées à Sherbrooke. Elles vivent maintenant dans la communauté de Brooks en Alberta. Ces familles de réfugiés partagent certains points en commun. Elles ont vécu plusieurs mobilités temporaires et sont francophones ou allophones.

Faute de ne pouvoir trouver d’emplois en Estrie, la majorité de ces familles n’ont pas eu d’autre choix que de se relocaliser à Brooks en Alberta, où elles (parents et enfants) ont rapidement commencé à travailler dans le secteur industriel. Ces emplois n’exigeant aucune habileté langagière en anglais ni en français.

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On mentionne le manque de préparation de la communauté d’accueil pour faire face au défi d’accueillir des adolescents qui ont passé cinq ou six ans dans des camps de réfugiés. La spécificité des jeunes immigrants en région manque de clarté dans les documents du ministère de l’Éducation du Québec et est méconnue par les Commissions scolaires.

Le cas Sherbrooke-Brooks souligne le manque de planification et concertation quant à l’intégration des familles de réfugiés en région, générant des transformations dans les dynamiques familiales. Ces immigrants devenant essentiellement de la main d’œuvre à bas prix en migration constante.

L’immigration en situation minoritaire

Roukya Abdi Aden de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) déclare que «l’immigration francophone hors Québec a augmenté de 1 % à 4,4 %, un atout important pour le développement régional à travers le pays.»

La FCFA est un organisme national qui regroupe les associations francophones porte-parole des dix provinces, trois territoires, ainsi que de dix organismes nationaux. Elle a pour rôle de défendre et promouvoir les droits et intérêts des francophones à l’extérieur du Québec.

L’accueil des immigrants francophones en contexte minoritaire suppose qu’on doit faciliter leur intégration sociale et culturelle. Développer leur sentiment d’appartenance à la communauté francophone où ils vivent. «Viser la construction d’une identité francophone plurielle et inclusive», dit Roukya Abdi Aden.

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La francophonie du Canada représente plus de neuf millions d’individus répartis d’est en ouest du pays. L’œuvre des membres de la FCFA contribue à l’épanouissement de la francophonie au Canada et son rayonnement au sein de l’Organisation Internationale de la Francophonie.

Initiatives locales

Juan Manuel Toro Lara du Carrefour d’immigration rurale à St-Léonard, parle des enjeux de l’immigration dans le Nord-Ouest du Nouveau Brunswick liés à des politiques d’immigration non adaptées à la réalité du milieu rural.

«Il est important d’informer les immigrants qu’il existe des communautés francophones hors Québec qui ont besoin d’eux. Le problème vient du fait que les immigrants, avant d’arriver au Canada, ne savent pas qu’ils peuvent immigrer dans une communauté rurale francophone», indique Juan Manuel Toro Lara.

Le conférencier mentionne un projet pilote pré-départ récemment démarré en Colombie par le Carrefour d’immigration rurale. Il s’agit d’un réseau d’information mis en place à travers une école de langues en Colombie qui offre une préparation pré-départ aux Colombiens en partance pour St-Léonard.

Le projet St-Léonard-Colombie met l’accent sur l’importance d’établir une saine gestion du cycle complet de l’intégration des immigrants: la préparation pré-départ, l’accueil, et le suivi du processus de l’intégration sur le terrain.

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Alessandra Cim de l’Université de Sherbrooke, parle de la mise en place de blogues personnels brésiliens. Ces réseaux virtuels créés par et pour les Brésiliens leur permettent d’échanger de l’information concrète concernant l’intégration au Canada. «Un outil d’appui à la régionalisation de l’immigration pour les 150 nouveaux arrivants du Brésil vivant en Estrie», dit-elle.

«Selon de nombreux témoignages de Brésiliens, l’Internet leur a permis de découvrir Sherbrooke, d’accéder à des renseignements complets avant leur arrivée. La série J’adopte un pays (sur les bloggeurs brésiliens) a permis d’augmenter l’immigration des Brésiliens dans la région», conclut Alessandra Cim.

Une question d’éthique

Même si les difficultés à recruter et retenir les immigrants en région existent toujours, l’immigration en dehors des métropoles a contribué à accroître la mobilisation communautaire et les partenariats.

Reste la vision politique à développer davantage… À quand la création d’un centre d’apprentissage interculturel pancanadien?

Le ministère des Affaires Extérieures et du commerce international dispose du Center for Intercultural Learning (CIL) dont le mandat est d’assurer la formation des Canadiens destinés à aller vivre et travailler outre-mer au nom de notre gouvernement et nos ONG.

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Or les anciens et nouveaux Canadiens ont besoin d’acquérir les mêmes compétences interculturelles ici, maintenant, dans notre société multiculturelle à l’ère de la mondialisation… C’est une question d’éthique!

Auteur

  • Annik Chalifour

    Chroniqueuse et journaliste à l-express.ca depuis 2008. Plusieurs reportages réalisés en Haïti sur le tourisme solidaire en appui à l’économie locale durable. Plus de 20 ans d'œuvre humanitaire. Formation de juriste.

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