Les défis du prochain chef de police

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Bill Blair s’en va, Rob Ford reste.

Que ceux qui se désolent de cette apparente injustice se rassurent: la décision de la Commission de police de Toronto de ne pas accorder un troisième mandat au chef Bill Blair n’est pas une victoire pour le maire Rob Ford, même si ce dernier avait réclamé sa tête en jugeant ses interventions trop «politiques».

Cette décision de renouveler le leadership du service de police, après 10 ans sous la gouverne compétente et intègre du chef Blair (qui est âgé de 60 ans), n’est pas une conséquence de sa décision d’enquêter sur les accointances criminelles et les activités répréhensibles du maire.

En fait, ayant pris connaissance du dossier monté par ses enquêteurs et par les médias sur le comportement scandaleux du premier magistrat de la métropole du Canada, le chef de police s’était contenté de se dire «déçu» – la réaction la plus modérée et la moins politique dans les circonstances.

Le 27 octobre prochain, les Torontois destitueront eux-mêmes Rob Ford. Son frère Doug, qui ne se représente pas comme conseiller municipal à Etobicoke, disparaîtra lui aussi de l’avant-scène politique, pour le plus grand bien de tous.

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Mes prédictions: John Tory élu maire avec près de 40% des suffrages, Olivia Chow en deuxième place avec plus de 30%, Rob Ford troisième avec 20%… ce qui est encore 20% de trop. Fin septembre, si les sondages continuent de leur accorder moins de 10% du vote, Karen Stintz et David Soknacki devraient se rallier à John Tory.

Diversité

Aucun événement ou erreur en particulier ne justifie le départ du chef Blair, a affirmé la semaine dernière le président de la Commission de police, Alok Mukherjee. On change pour changer, ce qui est parfois utile. Le nouveau chef devra être choisi d’ici avril 2015.

Bill Blair est généralement acclamé pour l’ouverture qu’il a manifestée envers la grande diversité torontoise.

«Ça m’a fait de la peine d’apprendre la nouvelle», a déclaré Gérard Parent, co-président du Comité consultatif francophone de la police, en entrevue à L’Express. «Bill Blair a toujours travaillé très fort pour que ses comités consultatifs communautaires, dont le comité francophone, fonctionnent bien.»

M. Parent affirme avoir entretenu d’excellentes relations avec le chef, ainsi d’ailleurs qu’avec le président de la Commission.

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Il rappelle qu’ils participaient tous les deux à la commémoration de la Journée internationale de la francophonie (20 mars) organisée annuellement au quartier général de la police, et qu’ils comprennent que la francophonie elle-même est une communauté multiculturelle.

Par ailleurs, le Comité francophone de la police favorise le recrutement d’agents francophones (c’est-à-dire bilingues) et dissémine de l’information dans les écoles françaises, notamment grâce à son agente de liaison Tina Trépanier.

«J’espère que tout ça va continuer» sous un nouveau chef, indique M. Parent.

G20 et fusillade

La décennie de Bill Blair à la direction de la police a notamment été marquée par le chaos qui a entouré le sommet du G20 en 2010, où des malfaiteurs ont incendié des auto-patrouilles et fracassé des vitrines, tandis que des vagues d’arrestations ont pu inclure quelques manifestants pacifiques.

C’est cependant le gouvernement fédéral qui porte la plus grande part du blâme pour avoir tenu au centre-ville un tel sommet attirant invariablement les casseurs et anarchistes de tout acabit.

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En ce début du 21e siècle à Toronto, des controverses mineures ont aussi porté sur la fouille à nu de personnes en état d’arrestation, sur le profilage racial et sur les contrôles d’identité, par les policiers, de certains passants dans certains quartiers.

Mais c’est la mort du jeune Sammy Yatim dans un streetcar sous les balles d’un policier, l’été dernier, qui a le plus gravement entaché le mandat de Bill Blair et porté le coup le plus dur à la réputation des policiers de «Toronto The Good».

Le jeune homme agité, dangereux uniquement pour lui-même, brandissait un couteau, seul à bord d’un streetcar évacué et à l’arrêt, entouré d’une vingtaine de policiers, lorsque l’agent James Forcillo a ouvert le feu sur lui à neuf reprises. Quelques secondes plus tard, l’un des policiers qui ont investi le streetcar a déchargé un pistolet électrique sur le corps inanimé…

L’agent James Forcillo est accusé de meurtre non prémédité – et aussi, depuis la semaine dernière, de tentative de meurtre, une décision des procureurs qui a laissé plusieurs observateurs perplexes. Mais il a réintégré le service de police dans l’équipe du programme Crimestoppers, un travail de bureau. Tant qu’à être suspendu avec solde, autant le faire travailler, a-t-on jugé à la direction de la police, peut-être pour faire une fleur au syndicat des policiers.

C’est une erreur. Le chef aurait dû congédier ce policier sur-le-champ et le syndicat aurait dû s’en distancier. Les vidéos de la fusillade, prises par des passants et diffusées sur YouTube, sont accablantes.

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On ne comprend pas non plus pourquoi un chef aussi expérimenté que William Blair avait besoin de demander à un juge à la retraite d’enquêter pour lui sur cette bavure, déjà examinée par l’Unité provinciale des enquêtes spéciales et l’Ombudsman de l’Ontario. Il est clair depuis la première heure que la mort de Sammy Yatim résulte, au mieux, d’un manque injustifiable de formation des policiers face à la détresse psychologique, au pire, d’une culture d’intimidation à réformer de toute urgence.

Voilà le plus grand défi du prochain chef de police de Toronto.

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