L’effet Desjardins: intemporel et universel

L’homme et sa «guétard» seront à Harbourfront samedi soir

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Publié 16/03/2010 par Dominique Denis

Il y a peu d’artistes dont on puisse dire qu’on se souvient du moment précis où leur œuvre est entrée dans notre vie. Si l’art de l’effet-choc est devenu une froide science (comme en témoigne la trajectoire qui mène de Madonna à Lady Gaga), la majorité des sons et des images dont nous sommes bombardés n’ont aucune prise sur notre conscience, pour la simple raison qu’ils ne nous offrent aucune nourriture intellectuelle ou spirituelle. Richard Desjardins est un des rares à pouvoir nager à contre-courant des fleuves de médiocrité qui se jettent fatalement dans la mer de l’oubli.

Pour ma part, j’ai eu l’étrange plaisir de découvrir l’univers du poète de Rouyn-Noranda alors que j’étais de passage en Alsace, où je retrouvais un copain québécois qui trépignait d’impatience à l’idée de me convertir par le biais de l’album Tu m’aimes-tu qui venait alors de paraître, avec son improbable pochette sur laquelle un ptérodactyle portait un message d’amour à travers le ciel rouge sang.

Nous avons passé l’essentiel de la nuit à rire avec Le bon gars et à s’émouvoir de L’homme canon, à s’émerveiller du fait qu’un homme puisse conjurer des orchestres avec les six cordes d’une guitare et les 88 touches d’un piano. À l’aube, j’étais converti pour la vie.

C’est encore en France, cette fois à Paris, que j’ai subi la phase 2 de l’effet Desjardins, celle où l’on découvre l’homme sur scène, habitant l’espace – celui du théâtre Mogador, si je me souviens bien – avec une intelligence totalement dépourvue de prétention.

Alternant toujours entre piano et guitare, arrêtant le temps lorsqu’il se lançait dans un monologue d’une drôlerie édifiante, s’amusant des différences langagières entre lui et son public parisien, Desjardins s’imposait comme un maître de la complicité intelligente.

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Ce don, forgé au fil d’innombrables concerts aux quatre coins de la francophonie, n’a fait que s’amplifier avec le temps.

Depuis trois ans, j’ai une autre occasion de prendre la mesure de l’impact des chansons du bonhomme, dans le cadre d’un cours que je propose à l’Alliance française de Toronto.

Face à des étudiants pour la plupart anglophones (mais ayant un solide niveau), j’observe leurs visages lors de l’écoute initiale – cette espèce d’incrédulité qui cède peu à peu au plaisir admiratif – et je constate invariablement que Les Yankees ou Tu m’aimes-tu sont des textes d’une complexité presque jamais atteinte depuis Léo Ferré, et je me réjouis lorsqu’un étudiant, au terme d’un effort de réflexion, en découvre une nuance à laquelle je n’avais jamais songé.

À l’instar de l’univers théâtral de Michel Tremblay, dont le rayonnement au-delà des frontières québécoises tient justement au fait qu’il n’essaie pas d’être autre chose que le fruit de son milieu d’origine, une chanson de Richard Desjardins nous frappe d’abord par le profond parfum de terroir qui s’en dégage (dans l’accent, le choix de vocabulaire et les thématiques) puis impose un message à la fois urgent, intemporel et universel.

Dès le premier contact, mais encore aujourd’hui, sa musique agit comme une gifle salutaire, qui provoque le rire, le frisson, la prise de conscience.

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Mais si on choisit de rester dans cet univers-là, par-delà les ans, c’est parce qu’il nous nourrit. Présentées dans leur plus simple appareil – un gars et sa guétard – les chansons de Desjardins feront à nouveau mouche à Harbourfront ce vendredi, nous rappelant, dans ce monde pollué d’effets éphémères, que les plus grands artistes sont parfois aussi les plus grands artisans.

Richard Desjardins et sa guétard à la Salle Brigantine du Centre Harbourfront, 235 Queen’s Quay Ouest, samedi 20 mars, 20 h, 416-973-4342

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