Leadership instantané

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Publié 10/12/2008 par François Bergeron

Les nouvelles générations, dit-on, vivent uniquement dans le présent, n’ont que faire de l’histoire, n’acceptent que les critiques spontanées, ne retiennent que les explications les plus succintes, cherchent à satisfaire leurs besoins immédiats et ne prévoient rien à long terme. Et si les traditions les déconcertent (souvent avec raison), les jeunes sont aussi réfractaires aux changements (qu’ils comprennent mal) qui peuvent affecter leurs petites habitudes ou leur train de vie.

Le caucus libéral a confirmé, mercredi, le leadership de Michael Ignatieff, après une semaine politique riche en rebondissements, au cours de laquelle Bob Rae s’est retiré de la course après avoir défendu la coalition avec le NPD qui a failli permettre à Stéphane Dion de remplacer Stephen Harper au poste de Premier ministre. Les Libéraux ne pouvaient plus attendre le congrès du printemps: il fallait changer de chef tout de suite! Quelques jours auparavant, on ne pouvait plus attendre le budget du 27 janvier: il fallait renverser les Conservateurs tout de suite pour « stimuler l’économie »!

Ce serait donc tout le Canada qui souffrirait d’un déficit d’attention et d’une impatience pathologique?

Le mot « conservateur » a pris tout son sens lorsque Stephen Harper a demandé à la Gouverneure générale Michaëlle Jean – et obtenu un peu trop facilement – de suspendre les travaux du Parlement jusqu’au budget. Une majorité de Canadiens approuve sans doute ce répit, croyant erronément que la crise politique risquait d’aggraver la crise économique, ou que Stéphane Dion allait en profiter pour s’accrocher au pouvoir indéfiniment, ou que la participation du Bloc québécois serait une abomination.

Le pays profitera de la prorogation du Parlement jusqu’à la fin janvier, mais pas pour les raisons que l’on croit. Sur le front économique d’abord, un nouveau gouvernement libéral-NPD se serait lancé dans des dépenses inconsidérées, inefficaces, voire nuisibles, pour justifier le renversement des Conservateurs.

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L’opposition s’est mobilisée face à la menace de l’élimination des subventions aux partis politiques, un geste aussi imbécile que déplacé de la part des Conservateurs, c’est-à-dire sûrement du bureau du Premier ministre. C’est malheureux, car le ministre des Finances Jim Flaherty avait raison d’attendre de mieux comprendre les tenants et les aboutissants chez nous de la contraction mondiale du crédit afin de présenter un budget qui protège l’emploi sans décourager l’entreprenariat ni alourdir la dette publique.

La coalition « progressiste » aurait paniqué en cherchant à imiter les Européens ou la nouvelle administration Obama qu’on dit prête à injecter encore des centaines de milliards de dollars (empruntés en Asie? imprimés par la banque centrale américaine?), après ceux qui ont déjà été gaspillés par l’administration Bush cet automne pour tenter de sortir du bourbier, sans succès jusqu’à maintenant. Ces injections de capitaux ont à peu près autant de chances de redémarrer l’économie que les renforts de soldats américains ont de chances de faire naître la démocratie en Irak et en Afghanistan…

Loin de garantir la survie du gouvernement Harper, la prorogation du Parlement ouvre la voie à son renversement par des Libéraux délestés de leur chef impopulaire et désormais dirigés par un bien meilleur communicateur. Micheal Ignatieff est réputé sceptique face à la coalition alternative, qu’il activerait seulement en l’absence de compromis du gouvernement. Il serait plus enthousiaste face à la perspective de reprendre le pouvoir au cours d’élections générales en récupérant les électeurs libéraux passés chez les Conservateurs, plus nombreux que ceux qui ont pu voter NPD lors des derniers scrutins.

Enfin, le réflexe primaire et absurde de démonisation du Bloc québécois, qui a caractérisé l’offensive conservatrice contre la coalition, risque d’achever de discréditer le parti de Stephen Harper au Québec. Dans le reste du Canada, Micheal Ignatieff devrait même profiter d’une certaine lassitude face à cette politique manipulatrice et divisive. Par ailleurs, si j’étais souverainiste québécois, je m’inquièterais de voir le Bloc faciliter ainsi la gouvernance du Canada et rendre la politique canadienne si intéressante!

Auteur

  • François Bergeron

    Rédacteur en chef de l-express.ca. Plus de 40 ans d'expérience en journalisme et en édition de médias papier et web, en français et en anglais. Formation en sciences-politiques. Intéressé à toute l'actualité et aux grands enjeux modernes.

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