Le pays des solitudes

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Récemment, à la conférence de presse où la Franco-Fête de Toronto dévoilait sa programmation, une collègue d’origine française (de France) m’a confié n’avoir jamais entendu parler des têtes d’affiche, le Louisianais Zachary Richard et les Québécois Ariane Moffatt et Kevin Parent.

Vraiment? Je comprends pour Stef Paquette, Lisa Leblanc ou Mélanie Brûlé, que plusieurs découvriront, en effet, lors de l’événement estival qui sert justement à ça. Mais Zachary Richard? En fait, pressée de nommer un artiste canadien-français de la chanson, elle n’a pu nommer que Céline Dion.

Francophonie en Fête, en septembre, fait venir Les Trois Accords, après le succès des Cowboys fringants l’an dernier et de Mes Aïeux avant ça… Connaît pas. Jean Leloup, qui vient de sortir un superbe album fracassant les records de vente? Serge Fiori, sorti de l’ombre l’an dernier 27 ans après Harmonium? Non plus.

J’ai testé aussi quelques amis anglophones francophiles: même ignorance quasi totale des grands noms de la scène musicale de chez nous.

Inversement, j’examinais le calendrier des prochaines activités de l’Alliance française de Toronto, pour constater à quel point je suis, moi aussi, déconnecté de la culture populaire française.

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10 et 11 juin: rencontres avec François Morel, «auteur, chanteur, acteur, humoriste, chroniqueur radio». Première nouvelle pour moi. Il y a une photo: jamais vu ce type-là. «Attention il y aura du monde!», précise l’AFT. Vraiment? Et pour deux soirs?

17 juin: concert de CharleÉlie Couture. OK j’ai déjà entendu ce nom-là, il y a longtemps, mais c’est tout.

L’avocat et imprésario torontois Richard Kempler (président de Franco-Fête cette année) fait venir Juliette Gréco au théâtre Panasonic de David Mirvish le 18 juin. C’est sa tournée d’adieu. Je reconnaîtrai sûrement quelques chansons en me disant: «Ah, c’est elle qui chante ça…»

J’ai retesté quelques amis francophiles, cette fois sur la chanson franco-européenne: Brel? Renaud? Pas beaucoup plus fort (sauf pour Piaf et Aznavour).

Idéalement, les événements et les festivals franco-torontois devraient faire le plein de spectateurs québécois, franco-ontariens, acadiens de souche, ET Français, Belges, Suisses, Arabes, Africains, Vietnamiens… Car l’intégration à un nouveau pays passe aussi par l’intérêt pour sa culture.

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Idem pour les francophiles, ces anglos bilingues qui forment d’ailleurs le groupe le plus nombreux, mais pas le plus engagé, dans notre «communauté» qui est davantage une collection disparate d’individus.

Apparemment, les Dominique Denis ne courent pas les rues… Dominique Denis? Notre ancien chroniqueur de musique, ex-animateur à Radio-Canada, présentement enseignant de français langue seconde… au moyen de la chanson, justement! Autrement dit: rares sont les gens ferrés en musique populaire canadienne ET européenne.

Et en «musique du monde», latino et africaine. Car les Franco-Torontois d’origine africaine, arabe, haïtienne, organisent eux aussi des concerts où ils aimeraient attirer davantage d’habitués des Franco-Fête, Francophonie en Fête, Alliance française et autres Coups de coeur. Tout le monde veut ratisser plus large, mais c’est plus facile à souhaiter qu’à réaliser.

Le Canada est une affaire de «solitudes»: autochtones et blancs, francos et anglos, Québec et Hors-Québec, Canadiens-Français et Européens, blancs et noirs, jeunes et vieux… Tous les goûts sont dans la nature. On ne veut pas traîner les gens de force aux concerts de Zachary Richard ou de CharlÉlie Couture. Mais si chacun fait, de temps en temps, un petit effort d’ouverture et de curiosité, on est dans la bonne voie.

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