Le Canada sur la touche?

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Juste avant le sommet du G20 en Turquie, qui a d’ailleurs été complètement éclipsé par ces événements, l’État islamique en Irak et au Levant a revendiqué la destruction au-dessus du Sinaï d’un avion de ligne russe, puis les attaques du Bataclan et de cafés parisiens le vendredi 13 novembre.

Provoquer ainsi la Russie et la France ne paraît suicidaire qu’à un esprit rationnel. Pour les fanatiques de DAESH, qui aspirent au martyre et croient réaliser une prophétie apocalyptique, l’escalade du conflit est la bienvenue.

Même si l’ennemi est autant intérieur qu’extérieur – les kamikazes de Paris étant pour la plupart de naissance française ou belge mais de culture arabo-musulmane, armés et entraînés par DAESH – la France confirme que c’est la guerre.

Et on sait que, pour les Français, les mots sont importants. Les politiciens et intellectuels français pèsent leurs mots et ergotent souvent sur des nuances. Chez nous, c’est l’intention qui compte. C’est pour ça que la loi française est fondée sur les textes et la tradition britannique sur la jurisprudence.

Donc, quand le président français dit que c’est la «guerre», c’est grave. (Le pape a parlé de «Troisième Guerre mondiale»…)

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La France a accordé des pouvoirs exceptionnels à sa police (qui a réussi rapidement à capturer et tuer d’autres terroristes), surveille ses frontières, multiplie ses frappes aériennes contre des fiefs de DAESH.

La Russie, qui venait d’envoyer des troupes, des chars et des avions de combat en Syrie, intensifie son action contre les ennemis de Bachar al-Assad.

Les autres membres du G20, de même que les pays participant activement ou symboliquement à la coalition rassemblée par les Américains pour combattre l’EI, promettent tous d’en faire davantage…

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Tous? Non, un pays semble ramer à contre-courant de cette effervescence anti-terroriste: le Canada.

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Justin Trudeau confirme le retrait prochain de nos six avions de combat de la campagne de bombardements contre les fous d’Allah qui occupent l’Est de la Syrie et l’Ouest de l’Irak (mais davantage de militaires canadiens entraîneront les Kurdes).

Il accélère l’arrivée chez nous de 25 000 réfugiés syriens (les contrôles de sécurité ne seront pas bâclés, assure-t-il).

Il continue de promettre une révision de la loi anti-terroriste adoptée par l’ancien gouvernement conservateur dans la foulée des crimes de Saint-Jean-sur-Richelieu et du Parlement à Ottawa (sur la radicalisation des jeunes, silence radio).

Pas question de retirer la citoyenneté canadienne à qui que ce soit pour quelque motif que ce soit, comme le proposait Stephen Harper (exactement ce que vient d’annoncer François Hollande en France).

Et notre premier ministre, la nouvelle coqueluche de la presse étrangère «people», annule l’appel en Cour suprême qui visait à garantir les cérémonies de citoyenneté à visage découvert (très peu de Canadiens ont voté Libéral ou NPD pour cette promesse).

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Je ne suis pas loin de penser que, de tous ces gestes de notre nouveau gouvernement fédéral, le dernier est la plus dommageable à long terme.

Offrir et recevoir des services publics à visage découvert, voire traiter avec n’importe quel Canadien n’importe où à visage découvert, c’est la décence la plus élémentaire. La religion ou l’idéologie qui promouvoit le voile des femmes et leur asservissement ne mérite aucune protection légale ou reconnaissance officielle chez nous.

On n’a encore affaire qu’à une infime minorité, font valoir les apôtres de ce multiculturalisme débridé. Justement: il faut s’arranger pour que ça reste une infime minorité.

Idéalement, on devrait aussi commencer à se demander comment faire reculer et un jour faire disparaître de telles pratiques dans le reste du monde.

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Cela dit, les Libéraux n’ont pas tort sur toute la ligne:

Le retrait de la citoyenneté à certaines catégories de criminels, voire à des gens exprimant simplement des opinions détestables, représente une fuite en avant et dévalue cette citoyenneté et ces libertés qu’on prétend défendre. Que chaque pays traite ses criminels chez lui.

La radicalisation est un problème complexe. On commence à peine à en comprendre les déclencheurs. Ça ne se réglera pas par des hashtags ou des manifestations contre «l’islamophobie». Tous nos paliers de gouvernement – les agences sociales, l’école, la police, les provinces, Ottawa – devraient coordonner leur action là-dessus.

Quant à la marge de manoeuvre élargie de nos services de police et de renseignement pour empêcher des attentats, gageons que les Libéraux apprécieront finalement son utilité et n’y apporteront que des corrections mineures.

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Tous les réfugiés syriens fuient la guerre et la dictature. Accueillons-les et intégrons-les correctement; peu importe que ça soit après Noël ou même à la fin de l’hiver. Il est remarquable que ce sont les mêmes Libéraux, qui accusaient les Conservateurs de ne pas changer leurs politiques à la vue d’un corps d’enfant noyé sur une plage, qui refusent aujourd’hui de modifier leurs politiques après d’autres événements tragiques.

Quant à l’aide militaire aux Kurdes, il est effectivement préférable que ce soient les populations locales, formées et armées par nous s’il le faut, qui libèrent leur territoire. L’occupation des terres musulmanes par les «croisés» (les Occidentaux) est depuis longtemps l’une des justifications officielles des atrocités commises dans cette région du monde.

Il faut aussi penser à la suite des choses, à la gestion de cette région une fois DAESH en déroute, aux Kurdes qui aspirent à l’indépendance, aux chiites et sunnites qui ne veulent pas vivre ensemble, aux frontières coloniales anachroniques à redessiner, à la sécurité d’Israël, à la promotion de la démocratie ou de quelque chose qui représente un progrès par rapport aux dictatures habituelles… Le Canada compte-t-il participer à ces discussions? Fera-t-il partie de la solution?

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Les sources de ces guerres sont nombreuses et se recoupent constamment. Il faut remonter jusqu’au colonialisme européen du début du 20e siècle, passer par les deux guerres mondiales et la fondation d’Israël, revenir par la Guerre froide américano-soviétique et finalement par les attaques du 11 septembre 2001, les invasions de l’Afghanistan (justifiée) et de l’Irak (un fiasco), pour arriver au Printemps arabe qui, à quelques exceptions près, a surtout achevé de déstabiliser trois continents.

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Trop souvent, cependant, ces événements historiques et d’autres facteurs plus actuels – en France la ghettoïsation et la pauvreté des enfants des immigrants – sont invoqués pour excuser les terroristes et déresponsabiliser les milieux d’où ils sont issus. Même si plusieurs de ces griefs sont légitimes, notre action y est souvent jugée aussi coupable que notre inaction; cela devient un débat stérile.

Ce qui est certain, ce que nous pouvons réaffirmer suite aux attentats meurtriers de Paris, c’est que face à n’importe quel problème, a fortiori face à l’obscurantisme et la terreur islamistes, aucune solution ne passe par l’abdication de nos démocraties, le rétrécissement de nos libertés, ou le renoncement des valeurs de notre civilisation.

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