Le Baron de Lahontan, témoin essentiel de la Nouvelle-France

Yves Breton s'intéresse à un de nos grands explorateurs... inconnu

Yves Breton Un Canadien errant
Un des écrits du baron de Lahontan en 1703.
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«À chaque fois que je faisais des recherches pour mes livres sur la Nouvelle-France, je tombais sur lui. Personne ne le connaissait, pas même les professeurs à l’université», raconte l’essayiste, romancier et conférencier Yves Breton.

Yves Breton

L’auteur d’Ottawa, spécialisé dans l’histoire des grands personnages «méconnus ou inconnus», s’est donc emparé de la destinée du Baron de Lahontan, un grand de l’histoire du Canada au même titre que Samuel de Champlain.

Le plus récent ouvrage d’Yves Breton, Un Canadien errant, Louis Armand de Lom d’Arce, Baron de Lahontan, vient de paraître aux éditions Vermillon.

Rencontre avec les Premières Nations

Louis Armand de Lom d’Arce est né en 1666 dans la baronnie de Lahontan, près de Bayonne, dans le Sud-Ouest de la France.

Fils d’un grand entrepreneur, il devient militaire et est affecté au Canada. Sa première mission se déroule dans la région de Beaupré, à l’Est de Montréal.

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«Il y rencontre les Premiers Peuples, commence à les fréquenter. Il va à la chasse avec les jeunes Indiens. C’était un véritable explorateur!», nous explique Yves Breton.

Louis-Armand de Lom d'Arce, baron de Lahontan
Kondiaronk: grand porte-parole des Premiers Peuples du Haut-Saint-Laurent et de la région des Grands Lacs. Il fut l’un des principaux négociateurs aux pourparlers qui ont mené 39 nations à adopter le Traité de la Grande Paix de Montréal de 1701. À cause de ses traits ingrats, ses congénères avaient tendance à l’appeler Le Rat.

L’auteur s’est inspiré des écrits laissés par le baron pour écrire ce livre. «Je ne voulais pas faire sa biographie, déjà réalisée par Réal Ouellet. Mon exercice était de le décrire dans sa vie au quotidien. J’aimerais attirer sur lui l’attention qu’il mérite.»

«L’idée était également de faire connaître notre pays d’un point de vue européen. En l’occurrence, c’était un homme doté d’une sensibilité, qui savait capter les choses.»

Une carte du baron de Lahontan, dessinée avec les indications d’Autochtones et de coureurs des bois, montrant une Rivière Longue ouest-est (le Missouri?) rejoignant le Mississippi nord-sud.

 

Victime de la censure

Il est ensuite affecté en qualité d’officier à Montréal, puis en Ontario, auprès des gouverneurs de La Barre, du marquis de Denonville et du comte de Frontenac.

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«Il n’a pas eu de chance, il a travaillé pour des gouverneurs généraux incompétents», résume l’auteur. «Il était associé à des guerres contre lesquelles il s’opposait. Il a été contestataire, avec raison.»

Louis-Armand de Lom d'Arce, baron de Lahontan
Principaux forts des Pays d’en Haut déjà établis du temps de Louis-Armand de Lom d’Arce. Cette carte donne une idée de l’ampleur de la Nouvelle-France à la fin du 17e siècle.

Ses voyages donnent naissance à de nombreux écrits. À la fois chroniqueur, ethnologue, philosophe, politologue, logisticien, explorateur et diplomate, il inspire les grands auteurs de son siècle. Il est d’ailleurs considéré comme le plus grand écrivain de la Nouvelle-France.

Voltaire, Rousseau, ou encore Diderot sont influencés par ses écrits. C’est d’ailleurs la réputation sulfureuse de ces intellectuels qui le met en danger. Il doit fuir le Canada et se retrouve censuré, ce qui explique pourquoi il est inconnu jusqu’à aujourd’hui.

Il finit sa vie en Europe dans la misère, devient un «Canadien errant». «Bien qu’il n’était pas Canadien», reconnaît Yves Breton, «je le classe comme tel, car il a été un personnage déterminant pour notre pays. Je réalise cet ouvrage pour le sortir de cette ignorance dans laquelle il a été plongé, lui rendre justice.»

Description castor
Description d’un castor par le Baron de Lahontan dans son ouvrage de 1703, Nouveaux voyages de Mr le Baron de Lahontan dans l’Amérique septentrionale.

«Lac Michigan» est une tautologie

La particularité d’Yves Breton réside également dans le fait qu’il s’attache énormément à la dénomination précise des choses qu’il cite.

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En bas de page, il propose aux lecteurs la signification du nom des différents peuples, des rivières (qui sont d’ailleurs souvent des détroits et non des rivières)… «J’ai réuni entre 4000 et 5000 détails historiques pour faire ce livre», nous confie-t-il.

Louis-Armand de Lom d'Arce, baron de Lahontan
Adieu aux Pays d’en Haut: en juin 1689, Louis-Armand de Lom d’Arce quittait les Pays d’en haut pour ne jamais plus y revenir, malgré son désir de les explorer davantage. Il redescendit vers Montréal et Québec par la route nord, soit la rivière-aux-Français vers le lac des Népissingues, la rivière Mattawa et la rivière des Outaouais qui le mena au fleuve Saint-Laurent. Il goûta en naviguant vers Québec aux caprices des dédales de l’archipel de l’île aux Allumettes si célèbre avec ses voisines depuis le temps de Champlain.

«Je remets à leur place les mots de la géographie en tant que science.» L’auteur a en effet remarqué un grand nombre de tautologies dans les noms utilisés. «On parle du ‘lac Michigan’ et du ‘lac Mississippi’, or ‘Michigan’ et ‘Mississippi’ signifient respectivement ‘grand lac’ et ‘grande rivière’!»

De la même façon, l’auteur fait remarquer que beaucoup de noms se sont anglicisés. «On dit ‘île Manitoulin’, or selon mes recherches, il existe bien une version francophone qui est ‘île Manitouline’.»

Si ces détails savants peuvent rebuter des lecteurs novices, Yves Breton rassure: «J’écris pour le grand public. Il y a d’ailleurs pas mal d’humour dans mon livre, puisque le baron faisait de l’humour sans s’en rendre compte. Notre histoire est amusante, nous n’étions pas dans un jardin de pleurs!»

 

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