L’Apéro arc-en-ciel, un rendez-vous mensuel

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Jeudi dernier, l’association FrancoQueer a convié les membres de la communauté francophone LGBTQIA («lesbiennes, gaies, bisexuelles, bispirituelles, transsexuelles, transgenres, queers, en questionnement, intersexuelles, asexuelles et alliées») au Boutique Bar de la rue Church. Objectif: rassembler!

C’est désormais une tradition: depuis 2008, le deuxième jeudi de chaque mois, l’association organise un «apéro arc-en-ciel», qui attire toujours quelques dizaines de personnes.
L’organisme a pour but, selon son président, Ronald Dieleman, de «rassembler la communauté LGBT francophone en Ontario et de représenter ses intérêts» par le biais de «rencontres informelles».

La formule de l’apéro fonctionne pour Jean-Rock Boutin, le secrétaire de FrancoQueer, puisque les gens «sont contents, ils rencontrent des francophones, des francophiles. C’est assez multiculturel; il y a des Latinos, des Québécois, des Franco-Ontariens, des Africains ou encore des Caribéens. On a cette qualité d’être à l’image de la ville de Toronto!»

En rentrant dans le bar, assis à une table dans le coin de gauche, il y a Pierre, 53 ans, Montréalais d’origine. Il prépare les précieux papiers donnant droit aux participants à un breuvage gratuit et note les prénoms des arrivants pour un tirage au sort spécial!

Il a intégré l’équipe du Conseil d’administration de FrancoQueer en septembre dernier et participe assidûment à l’apéro depuis deux ou trois ans.

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«Ce qui me plaît? L’atmosphère conviviale! On vient ici, on parle en français et on rencontre de nouvelles et de vieilles connaissances!», s’enthousiasme-t-il.

Assis près de lui, il y a Peter, un Canadien anglophone retraité depuis sept ans, originaire d’Orillia, au nord de Barrie. L’homme discret à la chemise à carreaux et à la casquette bleu marine, explique qu’il participe à cet événement pour «améliorer son français et pour apprendre de nouvelles choses».

Au fil de la discussion, le sexagénaire se souvient des conditions difficiles des gais à l’époque de son arrivée à Toronto. «J’ai travaillé avec le gouvernement provincial pendant 30 ans. Au début, si on savait que vous étiez gais, vous pouviez perdre votre travail; il y avait beaucoup de problèmes avec les autorités. Maintenant, ça s’est amélioré» dit-il… avant de nuancer: «Maintenant, nous avons des politiciens comme Rob Ford!»

Cindy, elle, est en vacances avec son compagnon. Originaire de Strasbourg dans l’est de la France, elle s’est fait conseiller l’apéro arc-en-ciel par des amis. Le milieu lui est familier; elle est déjà impliquée en France et avant elle partageait sa vie «avec une fille».

Le point fort de l’événement selon la jeune femme de 31 ans, c’est l’accessibilité aux personnes: «le contact est super, tu peux échanger facilement, tu ne te prends pas la tête!», résume-t-elle. Même si elle ne reste pas à Toronto très longtemps, elle compte bien garder contact avec les organisateurs de l’apéro.

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D’ailleurs, elle a déjà des idées en tête pour FrancoQueer: «Je pense que ce qui pourrait être sympa, ce serait d’organiser des sorties sportives, des activités ou encore des pique-niques». Pour Cindy, l’agrandissement d’une communauté passe par «la diversification».

Parmi les autres participants, il y a Momo, 27 ans, un habitué des apéros et autres rencontres francophones. Selon cet Africain, «C’est une manière de casser la solitude, de se rassembler, de vivre une atmosphère francophone et familiale», et cela a un avantage pour les gais: «C’est beaucoup plus facile pour nous d’exister!»

Rien à voir avec certains pays d’Afrique où l’homosexualité est littéralement bannie, où «c’est une abomination, un crime, tu dois te faire purger, faire une peine de prison», et où tu peux même te faire condamner à mort.

Aider les réfugiés en provenance des pays où la communauté LGBT est discriminée constitue l’une des missions de FrancoQueer. L’organisme, en partenariat avec le Conseil de l’Ontario des agences servant les immigrants (OCASI-Ontario Council of Agencies Serving Immigrants), a demandé à ce que soit menée une enquête à propos des expériences et des besoins des immigrants lorsqu’ils arrivent sur le territoire canadien.

Jean-Rock Boutin insiste: «ces personnes ne se retrouvent pas dans les principaux organismes francophones de Toronto pour se dévoiler». Il dénonce le «manque de formation et d’ouverture» de certains professionnels de ces organismes, empêchant de «créer un climat de confiance».

Avec l’apéro arc-en-ciel et ses autres projets, FrancoQueer établit un lien de proximité avec les membres de la communauté LGBT et apparaît ainsi – malgré le manque de moyens financiers – comme une poche de résistance dans la délivrance de services en français spécifiques à cette communauté.

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