La stabilisation de l’Irak passe par la résolution du conflit israélo-palestinien

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George W. Bush vient de décider l’envoi de 21 000 soldats supplémentaires en Irak en dépit de l’opposition du Congrès américain dominé par le Parti démocrate et de l’opinion de la majorité des Américains qui, selon les récents sondages, sont plutôt en faveur du retrait graduel des troupes américaines de ce pays, tel que recommandé par le rapport du Groupe d’étude sur l’Irak rendu public en décembre.

L’une des conclusions du Groupe d’étude sur l’Irak, dirigé par James Baker, l’ancien secrétaire d’État sous le gouvernement de George Bush, le père du président actuel des États-Unis, était de lier la stabilisation de l’Irak qui s’enfonce chaque jour un peu plus dans un état de guerre civile qui est de plus en plus difficile de nier, au vieux conflit qui oppose depuis plus d’un demi-siècle les Israéliens et les Palestiniens au Proche-Orient.

George W. Bush a refusé d’admettre un tel lien.

Force est cependant de reconnaître que depuis le milieu du siècle dernier, le conflit israélo-palestinien est un élément essentiel des principaux événements survenus dans cette partie du monde avec, chaque fois, des conséquences et répercussions graves à l’échelle internationale.

En particulier, les injustices et souffrances subies par les populations palestiniennes depuis l’apparition de l’État hébreu dans les années qui ont suivi la Deuxième Guerre mondiale ont été ressenties comme une profonde humiliation par les masses arabo-musulmanes. Aucun autre événement historique ne cristallise d’une façon plus éloquente leur frustration face à l’Occident.

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Le rappel du drame de ce peuple constitue un point de ralliement qui, au-delà des frontières et divisions politiques, a grandement marqué la conscience, l’expression et la pratique des millions d’individus. Par exemple, en octobre 1973, lors de la troisième guerre israélo-arabe de Kippour, les pays arabes exportateurs de pétrole au sein de l’OPEP ont décidé de boycotter l’exportation des hydrocarbures vers les pays considérés comme amis de l’Israël.

Cette décision a conduit au quadruplement du prix du baril en décembre de cette année et au premier «choc pétrolier».

Les attaques terroristes qui ont ensanglanté New York en septembre 2001 et quelques années plus tard Madrid et Londres ont souvent été justifiées par les groupes islamistes fanatiques comme actes de représailles face aux violations des droits des Palestiniens. De même, le nouveau président de la République islamique d’Iran, Mahmoud Ahmadinejad, n’a pas hésité à déclarer qu’il faudrait rayer Israël de la carte pour libérer la Palestine.

Il est également vrai que la référence au peuple palestinien a souvent été exploitée par des régimes impopulaires et dictatoriaux en mal de légitimité afin de redorer leur blason ou de se faire un capital de sympathie. Ce fut, par exemple, le cas du régime de Saddam Hussein, du régime baasiste encore en place en Syrie ou de celui de Kadhafi en Libye.

Les surenchères et slogans politiques auxquels se sont livrés ces régimes, au nom du peuple palestinien, n’ont pas empêché ce dernier de voir son sort se détériorer au fil des années, en raison notamment de l’intransigeance d’Israël et de la poursuite de sa politique de colonisation de peuplement, qui ont finalement conduit à l’échec de la politique de compromis de l’Organisation de la libération de la Palestine sous la présidence de Yasser Arafat.

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C’était également l’impasse des négociations de paix qui a entraîné le soulèvement populaire appelé Deuxième Intifada en 2000 dans les territoires palestiniens. Depuis, les attaques-suicides et la lutte armée menée par les groupes extrémistes tels que le Hamas ont ouvert la voie à la réoccupation militaire de ces territoires par l’armée israélienne, au bombardement et à la destruction des infrastructures de l’Autorité palestinienne.

Au lendemain des événements tragiques du 11 septembre 2001, de nombreux observateurs espéraient que l’administration américaine reconsidérerait sa politique générale au Proche-Orient en révisant son soutien permanent à l’État juif en tentant également de sortir les Palestiniens et Israéliens de l’engrenage actions terroristes-occupation militaire dans lequel ils s’étaient enfermés, etc.

Tel ne fut malheureusement pas le cas et la Maison Blanche a opté pour la «manière forte» en envahissant d’abord l’Afghanistan et ensuite l’Irak, en mars 2003. Or, près de 4 ans après le renversement du régime de Saddam Hussein, ce pays est toujours en proie à l’anarchie, la violence et l’insécurité qui ont déjà coûté la vie à 55 000 Irakiens, 3 000 soldats américains et près de 400 milliards de dollars de dépenses, tandis que rien ne permet d’anticiper que la présence des 140 000 soldats des troupes américaines permettrait de mettre fin à l’état de guerre civile qui y prend sans cesse de plus en plus d’ampleur.

Par ailleurs, la présence militaire américaine en Irak et Afghanistan a été jugée suffisamment inquiétante par la population iranienne qui y voit une menace à son indépendance et à sa sécurité pour élire Mahmoud Ahmadinejad, un «intégriste» lors des élections présidentielles de juin 2005. Depuis, la République islamique a accéléré son programme d’enrichissement de l’uranium et a déployé des missiles.

On constate la même radicalisation politique dans les territoires palestiniens où la détérioration des conditions de vie ont assuré au Hamas un succès écrasant lors des élections législatives de janvier 2006. La victoire électorale du Hamas a rendu plus difficile la relance des négociations de paix.

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La suspension de l’aide financière accordée par les pays occidentaux au gouvernement palestinien et la construction d’un mur de protection érigé par le gouvernement d’Ariel Sharon en Cisjordanie et dans la bande de Gaza rendant encore plus problématique le mouvement des Palestiniens, ont conduit le Hamas à se tourner vers l’Iran, qui voit d’un bon œil la radicalisation de la situation politique dans les territoires palestiniens.

Au total, l’impasse des négociations de paix israélo-palestiniennes et les pressions diverses qui s’exercent sur le peuple palestinien réduit à vivre comme dans un centre d’internement collectif servent de prétexte et de justification aux mouvements de résistance en Irak, en Afghanistan et au Liban.

Comme l’expérience de ces dernières années le prouve, il est d’autant plus difficile de neutraliser ces mouvements qu’ils mènent un combat du type guérilla et se fondent dans le reste de la population. Seuls l’espoir d’une paix équitable et l’amélioration des conditions d’existence des Palestiniens peuvent permettre de couper l’herbe sous les pieds de ces mouvements qui se servent du sort du peuple palestinien comme d’un alibi à des fins -partisanes.

La pacification de l’Irak, de l’Afghanistan et aujourd’hui du Liban – où l’affirmation du Hezbollah comme force politique majeure risque d’entraîner à nouveau le pays entier dans des affrontements politiques et confessionnels qui rappellent les pires moments vécus par ce pays lors de la guerre civile des années 1970 – est chose impossible sans un plan d’ensemble pour cette région et sans s’occuper surtout du sort du peuple palestinien qui anime toujours autant de débats et de passions.

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