La Saint-Jean-Baptiste en Ontario: un patrimoine à préserver


28 mai 2013 à 11h38

«Peu importe d’où l’on vient et où l’on va, nous sommes tous héritiers du monde du XIXe et XXe siècles et célébrer la St Jean doit donc se faire naturellement.» Par cette phrase, Marc-André Gagnon, historien et candidat au doctorat d’histoire à l’université de Guelph, insiste sur le devoir de préserver dans toutes les provinces du Canada, et y compris dans celles où la francophonie est éclipsée par l’anglophonie (comme l’Ontario), une fête religieuse, culturelle, sociale, politique et nationale vieille de près de 200 ans.

Une fête chargée d’histoire

Pour Marc-André Gagnon, il faut remonter au XIXe siècle et examiner les racines de cette célébration pour comprendre ce que représente réellement le 24 juin chez les Franco-canadiens.

Amenée au Canada par les colonisateurs français en 1646, la fête de la Saint-Jean reste une simple fête religieuse jusqu’au XIXe siècle. Le tournant survient, en 1834, avec la création de la Société St-Jean-Baptiste.

Cette association cherche immédiatement à regrouper la communauté francophone et à célébrer le culte de la nation.

Cependant, comme nous l’explique M. Gagnon, «suite à la mise en échec du projet politique des Patriotes qui avait plongé le pays dans une crise de 1834 à 1838, les élites canadiennes-françaises se tournèrent vers l’Église et vers ses sociétés patriotiques afin de lutter contre le projet d’assimilation des francophones».

«L’idée de survivance est donc née de ce besoin de défendre la langue, l’histoire, la culture, les lois et la religion des Canadiens français.»

Une fête qui évolue

Cette crise ne fut pas la seule à interrompre, dans certaines régions, les festivités de la St-Jean.

De 1930 à 1945, la fête est globalement moins célébrée, faute de moyens, à cause de tourments économiques profonds (crise économique) et de ravages démographiques certains (seconde guerre mondiale).

Cependant, la fête nationale triomphe de nouveau après la guerre. Les défilés du 24 juin 1950 à Ottawa ou les banquets du 24 juin 1954 à Toronto sont là pour en témoigner. Marc-André Gagnon rebondit d’ailleurs sur ce point: «De 1950 à 1960, pas moins de 500 messages publicitaires au sujet de la

St-Jean-Baptiste apparaissent dans le journal Le Droit. La fête nationale fut aussi une excellente tribune pour les politiciens jusqu’en 1960. Elle s’inscrit dans une logique d’intensification du combat politique d’alors.»

C’est donc à travers les épreuves, grâce aux revendications politiques et grâce aux traditions, que la
St-Jean est devenue ce qu’elle représente aujourd’hui: une fête nationale pérenne.

Une fête qui rassemble et connecte

Serge Miville, un autre historien, candidat au doctorat d’histoire à l’université de York, aborde lui le contexte actuel afin d’expliquer pourquoi la St-Jean-Baptiste est encore fêtée par les Franco-Ontariens.

Constatant une «perte globale de l’aspect religieux dans la célébration», il se réjouit de voir la St -Jean toujours célébrée dans la province chaque année.

Par ailleurs, il «aimerait que l’on encourage davantage en Ontario les études en français et qu’on ait les ressources pour enseigner l’histoire de cette fête aux jeunes.»

Mais, aujourd’hui cette fête devient justement «une occasion de réfléchir, de communiquer publiquement. C’est quelque chose de très collectif qui nous fait agir. C’est un lieu de mémoire, de rencontre, d’affirmation, de revendication qui réunit des francophones venant des quatre coins du Canada.»

Il termine en disant que «c’est aussi une bonne occasion de renouer le dialogue avec le Québec».

C’est surtout une bonne occasion pour nous, Franco-Ontariens, de revendiquer nos origines et d’entretenir la flamme de la francophonie.

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