La parole aux femmes francophones pour la lutte contre les crimes haineux

Partagez
Tweetez
Envoyez

Publié 29/07/2008 par Annik Chalifour

Le manque flagrant de statistiques en Ontario sur les victimes francophones de crimes haineux, particulièrement les femmes, est dénoncé lors du deuxième Forum communautaire pour la lutte contre les crimes haineux tenu par CANORA, organisme offrant des services aux Canadiens et aux Canadiennes d’origine africaine, antillaise et asiatique, le 26 juillet dernier au YMCA de Toronto. Plusieurs organismes-clés se prononcent sur les causes, les facteurs et la prévention des crimes motivés par la haine.

«La société est gérée par les femmes. Mais la femme donne l’impression d’être victime». Un commentaire lancé par un membre de l’assemblée suite au discours de Malubngi Mueni, directrice générale du Réseau des Chercheures Africaines (RECAF) dans le cadre du Forum organisé par CANORA. La directrice de RECAF rétorque en précisant que «l’établissement de la parité commence par accorder un espace à la femme dans la société. L’éducation auprès des hommes est impérative. Il s’agit d’un projet de changement social où l’homme et la femme doivent ensemble partager la responsabilité de déconstruire les attitudes haineuses».

RECAF, créé en 2000, conseille et soutient la clientèle de CANORA. L’organisme effectue plusieurs projets de recherche axés sur la condition féminine, en plus d’organiser divers ateliers d’éducation dédiés aux groupes desservis par CANORA. RECAF a offert un atelier sur la pension alimentaire financé par Justice Canada en mars 2007, et une Foire à l’entrepreneuriat pour les femmes en avril 2008.

Tatjana Sekulic, directrice générale de OASIS, et MaWuena Gbesemete, responsable de l’intervention, citent plusieurs exemples d’actes de discrimination et d’harcèlement à l’égard des femmes issues de groupes minoritaires. Tatjana Sekulic mentionne entre autres «les femmes francophones africaines voilées, figurant parmi les différents groupes minoritaires à risque souvent perçus comme une menace pour l’environnement». Elle souligne que «dans la plupart des cas, les victimes deviennent immunisées à des comportements non acceptables, elles développent un degré de tolérance très grand». Elle ajoute «qu’il est très difficile de prouver un acte de discrimination motivé par la haine, parce que c’est la motivation (souvent subtile) qui crée le crime». Un autre obstacle majeur précise-t-elle, «est le manque important de ressources en français qui pénalisent les victimes».

La directrice d’OASIS conclut en insistant «sur l’importance de l’éducation à la diversité dans les écoles, la mise en œuvre de programmes de sensibilisation et de prévention aux crimes haineux à tous les paliers de la société». Elle mentionne certains progrès tels que «les efforts sur le plan légal pour faire reconnaître les femmes comme un groupe identifiable, les modifications au code criminel ordonnant des peines plus sévères aux personnes ou institutions trouvées coupables de crimes haineux, l’ajout des écoles, des garderies, et des établissements académiques punissables par la loi si reconnus coupables».

Publicité

Élise Nyirasuku, intervenante communautaire pour l’organisme Campagne Voisin-es, Ami-es et Famille (VAF) présente les stratégies de l’organisme adaptées aux besoins de la communauté francophone de l’Ontario. Stratégies fondées sur la recherche menée par Neighbours, Friends and Families (NFF) entre 2002-2006 sur les causes de décès dûs à la violence.

Les résultats de cette recherche démontrent que, dans la majorité des cas, les parents et les amis étaient au courant de l’escalade de la violence. L’organisme planifie une vaste campagne de sensibilisation à travers la province, incluant soixante ateliers d’éducation et quatre-vingt-dix rencontres avec différents groupes communautaires.

Un autre conférencier, Me Dieudonné Kandolo, avocat et notaire, explique que «les crimes haineux s’attaquent directement à l’identité de la personne au sens de la loi». Le Code criminel réfère au crime haineux comme «l’intention de détruire en tout ou en partie tout groupe identifiable», et «d’inciter le public à la haine» pour mener la population à agir contre tout groupe identifiable.

Selon Me Kandolo, «la lutte contre les crimes haineux requiert une approche axée sur la protection à travers les lois, les coalitions communautaires, mais avant tout, sur la prévention et l’éducation». Il ajoute que «le système d’éducation devrait mettre en œuvre, comme faisant partie intrinsèque du curriculum scolaire, l’éducation à la diversité culturelle, au principe de l’inclusion, aux rôles homme-femme, préparer les jeunes à vivre et travailler dans une société multiculturelle».

Lumembo Tshiswaka, coordonnateur de programmes pour Ontario Council of Agencies Serving Immigrants (OCASI), parle de l’impact des crimes haineux sur l’embauche des immigrants et des immigrantes. «Telles que des stratégies d’évitement des employeurs. Le suivi incomplet des dossiers de candidatures, le recrutement préférentiel, le fait d’écarter un candidat ou une candidate à cause de son accent ou de son CV élaboré selon le modèle d’un autre pays».

Publicité

M.Tshiswaka mentionne certaines solutions pour réduire les crimes haineux sur le marché du travail. «Former les immigrants et les immigrantes sur la recherche d’emploi et les qualifications transférables. Assurer que les comités d’embauche reflètent la diversité culturelle. Sensibiliser les employeurs face aux pénalités qu’ils encoureront en violant les droits des candidats et candidates provenant des communautés d’immigrants».

Éric Cader, chargé de programmes au Secrétariat ontarien des services aux victimes, souligne «qu’il est très important pour les organismes de soumettre des recommandations d’activités de sensibilisation à long terme». Il ajoute «qu’une stratégie de diffusion en collaboration avec les différents médias devrait être mise en œuvre pour sensibiliser le public». Il mentionne que «vingt et un projets communautaires d’éducation aux crimes haineux sont présentement financés par le ministère du Procureur Général».

Le Forum se termine par l’émouvant témoignage d’une Rwandaise, victime de crimes haineux lors du génocide au Rwanda, à cause de son identité.

Jacques Yamdjie, directeur de CANORA, mentionne que « Le troisième et dernier Forum du projet est prévu en août 2008. Nous invitons le public à venir y assister en grand nombre».

Pour obtenir des renseignements supplémentaires, visitez le site Internet: www.canoraaa.com

Auteur

  • Annik Chalifour

    Chroniqueuse et journaliste à l-express.ca depuis 2008. Plusieurs reportages réalisés en Haïti sur le tourisme solidaire en appui à l’économie locale durable. Plus de 20 ans d'œuvre humanitaire. Formation de juriste.

Partagez
Tweetez
Envoyez
Publicité

Pour la meilleur expérience sur ce site, veuillez activer Javascript dans votre navigateur