La modernité a bousculé les traditions dans l’Iran du 19e siècle

À découvrir à l'Aga Khan jusqu'au 10 février

Prince Abu'l Fath Mirza Salar al-Dawla
Portrait du Prince Abu'l Fath Mirza Salar al-Dawla d'Antoine Sevruguin, 1900-30 (photo: Galerie Arthur M. Sackler).
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Deux souverains iraniens du 19e siècle, Fath ‘Ali Shah, roi de 1797 et 1834, et Nasir al-Din Shah, de 1848 à 1896, ont joué un rôle décisif dans l’importation de la modernité occidentale en Iran.

C’est Fath ‘Ali Shah qui a commencé à envoyer des étudiants iraniens dans les pays européens. Et c’est à Nasir al-Din Shah que le pays doit l’arrivée d’innovations comme la photographie.

C’est ce qu’on apprend dans la nouvelle exposition du Musée de l’Aga Khan à Toronto, Les traditions en transformation, ouverte au public depuis cette semaine, jusqu’au 10 février.

Contenu thématique

Le musée prend le parti de ne pas proposer un contenu chronologique qui s’intéresserait à la dynastie des Qadjares qui régnait à l’époque, mais plutôt thématique, en se focalisant sur les arts, la vie quotidienne de l’élite ou la religion.

Musée
L’Aga Khan, dont le musée torontois d’art islamique porte le nom. (Photo: Wikipedia)

Les nombreuses œuvres présentées sont issues des collections personnelles de l’Aga Khan IV (l’homme d’affaires britannique reconnu comme l’imam de 10 à 15 millions d’Ismaélites), mais également du Louvre, du Musée des Beaux-Arts de Houston, du Musée Royal de l’Ontario et d’autres musées canadiens.

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Par son jeu de mots évident, le titre de l’exposition suggère le tandem qui existait alors entre la culture ancestrale iranienne et les inspirations occidentales qui ont bouleversé ces traditions.

Fath ‘Ali Shah, le précurseur

Les étudiants iraniens encouragés à étudier en Europe par Fath ‘Ali Shah revenaient dans leur pays pour développer l’enseignement de nouvelles disciplines, ou la technologie militaire française.

Dans la façon qu’il a de se représenter, on peut observer que Fath ‘Ali Shah est lui-même influencé par l’Occident.

Sur le tableau du peintre Mihr ‘Ali envoyé comme cadeau à Napoléon Ier, on peut voir que le roi se tient de trois quarts sur son trône, à l’image des dirigeants européens.

Toutefois, il tient un sabre à la main, élément traditionnel que l’on peut retrouver sur de très anciennes peintures de dirigeants perses.

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Le Shah Fath ‘Ali
Le Shah Fath ‘Ali intronisé, peinture attribuée à Mihr ‘Ali, 1800-06 (photo: RMN-Grand Palais/Art Resource, NY).

L’impact de l’Occident dans les arts

Cette tension entre éléments traditionnels et modernité est très présente dans les arts. Le musée possède de nombreuses pièces qui mettent en images des histoires issues de la culture perse via des techniques occidentales.

Le manuscrit Les merveilles de la création et les bizarreries de l’existence, qui date de la fin des années 1860, en est un exemple.

Issu du travail d’un encyclopédiste perse du 13e siècle, ce manuscrit a été illustré avec des détails issus du 19e siècle, comme un bateau à vapeur, et a été produit avec une technologie nouvelle, la lithographie.

De la même manière, la musique a également été impactée par l’Occident. Les musiciens jouent dorénavant à la cour du roi, chose qui ne se faisait pas précédemment.

Manuscrit
Manuscrit « Les merveilles de la création et les bizarreries de l’existence », Iran, Téhéran, 1866-67 (photo: collection lithographique de Mohamad Tavakoli).

Nasir al-Din Shah et la photographie

Nasir al-Din Shah poursuit sur cette lancée moderniste, créant notamment un système scolaire calqué sur le style occidental avec des enseignements militaires, artistiques et culturels.

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Il est aussi le premier monarque iranien a avoir écrit ses mémoires.

Fasciné par la photographie, il engage le Téhéranais Antoine Sevruguin qui le photographie dans son palais.

Sur le cliché Nasir al-Din Shah à son bureau dans la galerie des miroirs, on peut voir le Shah à son bureau tandis que tous ses conseillers sont debout autour de lui, ce qui reflète à nouveau un schéma très occidental.

De la même manière, les rideaux sont tirés et de gros chandeliers pendent du plafond, comme en Europe.

La photographie change d’ailleurs la manière qu’ont les artistes de peindre. Au lieu de représenter leurs sujets en pied, ils les coupent dorénavant au niveau de la taille.

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Le Shah Nasir Al-Din
Photographie « Le Shah Nasir Al-Din à son bureau dans la galerie des miroirs », d’Antoin Sevruguin, 1880-1930 (photo: la collection Myron Bement Smith).

 

Hiérarchie et décorations militaires

De nombreux hommes ont des médailles militaires sur les photos. Celles-ci sont très inspirées des médailles européennes, même si elles intègrent toujours des références perses.

Ainsi, sur la médaille de 1840 nommée «L’Ordre du lion et du soleil», on peut observer la forme d’étoile issue du design français et britannique, mais également la présence du lion et du soleil, symboles royaux de l’Iran qui remontent à l’époque pré-islamique.

médaille
Ordre du lion et du soleil (photo : Musée Aga Khan).

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