La Crise d’Octobre: une légende collective

Crise d’Octobre 1970: des soldats devant le parlement du Québec. Photo: Claude Robillard, Flickr
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Les légendes jouent un rôle important dans l’imaginaire collectif.

Par exemple, La chasse-galerie, cette histoire de bucherons qui font un pacte avec le diable pour pouvoir passer Noël avec leur famille, assurait le pouvoir de l’Église catholique au Québec en associant le diable au mal et à la mort.

Comme on a les légendes qu’on peut, voilà t’y pas que certains milieux québécois utilisent aujourd’hui l’anniversaire de la Crise d’Octobre 1970 pour en faire une légende.

Une autre façon pour les «séparatisses», comme le disait Jean Chrétien, de cimenter l’idée que le fédéral est le diable en personne.

Une boite de dépôt postal canadien (où les facteurs viennent ramasser leur courrier à livrer) au centre-ville de Montréal à l’été de 1971, affichant des graffitis à caractère séparatiste. Photo: Harryzilber, Wikimedia Commons

Vague de violence

Rappelons les évènements. D’abord le contexte: depuis 1963, le Québec est secoué par une vague de violence revendiquée par le Front de libération du Québec (FLQ), mouvement révolutionnaire d’allégeance socialiste-indépendantiste.

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Des bombes explosent, 40 personnes sont blessées, 10 sont tuées.

Le 5 octobre 1970, la crise éclate. Ce jour-là, des membres du FLQ kidnappent un diplomate britannique, James Cross.

Cinq jours plus tard, une autre cellule du FLQ kidnappe le ministre québécois du Travail, Pierre Laporte. On retrouvera son cadavre le 17 octobre dans le coffre d’une voiture abandonnée.

James Cross sera libéré le 3 décembre et les derniers kidnappeurs seront arrêtés le 28 décembre.

Une tache dans l’histoire

Les gouvernements n’y sont pas allés de main morte pour mater ce qu’ils voyaient comme une insurrection.

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Robert Bourassa

Le 16 octobre 1970, à la demande du premier ministre québécois, Robert Bourassa, et du maire de Montréal, Jean Drapeau, Ottawa impose la Loi sur les mesures de guerre.

Plus de 450 personnes suspectées de connivence avec le FLQ ou tout simplement sympathisants de l’indépendance du Québec sont incarcérées sans accusation pendant des jours, voire des semaines.

Cet épisode a entaché l’histoire du Québec et du Canada, mais 50 ans plus tard, certains tentent maintenant d’en faire un haut fait d’armes. Comme si c’était la «prise deux» de la fameuse rébellion des Patriotes de 1837.

Pierre Elliott Trudeau

Autrement dit, on utilise la Crise d’Octobre, et surtout la réponse du gouvernement fédéral, afin d’étayer la thèse que seule l’indépendance peut sauver le peuple québécois bafoué par le méchant Canada.

Des excuses à qui?

Pour faire monter la mayonnaise, certains réclament même des excuses d’Ottawa. Ils veulent que Trudeau le jeune s’excuse pour ces mesures de guerre décrétées par son père, Pierre Elliot Trudeau.

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On a même pu lire un chroniqueur de La Presse, pourtant pas reconnu comme un média indépendantiste, réclamer des excuses d’Ottawa… et de Québec. Voyons donc!

D’abord, des excuses à qui? Au peuple québécois? Rappelons que l’opinion publique québécoise de l’époque, tout en étant plus ou moins d’accord avec les revendications sociales du FLQ, répudiait les moyens violents utilisés par les kidnappeurs.

Est-il aussi nécessaire de rajouter qu’il y a eu morts d’hommes et de femmes, et que ce ne sont pas les gouvernements qui posaient des bombes ou tenaient le fusil? À ma connaissance, aucun felquiste ne s’est excusé.

Pour les 20 ans de la Crise d’Octobre: 300 manifestants devant chez Trudeau. Photo: André Querry, Flickr

Légitimer l’exceptionnalisme

Non, non, cette fascination pour la Crise d’Octobre et l’encre qu’elle fait couler ne proviennent en fait que de la propension des Québécois — et des Canadiens français en général — à se créer des légendes pour légitimer leur histoire courante et leurs valeurs.

Sur le plan politique, au Québec, l’opposition à Ottawa a toujours été une valeur sûre.

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De Henri Bourassa au Parti québécois, en passant par Maurice Duplessis, cette opposition politique a toujours conforté le peuple dans son exceptionnalisme. Quitte à être basée sur une légende. L’histoire se poursuit.

P.S. Dans toute cette révision de l’histoire, le récit le plus touchant que j’ai lu est ce texte de Marie-Ange Cossette-Trudel, la fille de deux des kidnappeurs felquistes, publié le 11 octobre 2020 sur La Presse.

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