La course de traîneau à chiens Yukon Ouest

L’appel du Grand Nord

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Il fait encore nuit et la température est bien au-dessous de zéro. La ville de Whitehorse se prépare néanmoins à une grande aventure. Celle qui draine chaque année des centaines d’athlètes, d’inconditionnels et de touristes dans la capitale du Yukon. La Yukon Quest. Une course en chiens de traîneau qui se poursuit sur dix jours de Whitehorse, Yukon, à Fairbank, Alaska.

Tout est encore calme, alors que j’arpente ce terrain gelé à l’aube du grand départ de la course. Puis des camions arrivent, un par un, silencieux. Des hommes en descendent et déchargent leur traîneau, leur équipement. Finalement, leur équipage. Une quinzaine de chiens environ.

Alors, tandis que l’ombre cède peu à peu la place à la lumière, l’agitation se répand, fébrile. Les chiens sortis de leur cage déchirent le silence de leurs aboiements.

Tandis que les hommes s’activent silencieusement, les bêtes prennent la parole. Et l’espace. Excités à l’idée de courir, les chiens ne tiennent plus en place. Bientôt, les journalistes envahissent le terrain et les habitants sortent. Encore quelques heures et la course sera lancée.

Vingt-cinq coureurs au total – des mushers – participeront à la course. Ils viennent du Canada et des États-Unis. Parmi eux, des vétérans et des nouveaux venus.

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À onze heures, le samedi 5 février, la course est lancée. Acclamés par une foule nombreuse, les mushers et leur équipage s’élancent dans cette fabuleuse aventure du Grand Nord. Un voyage auquel ils se sont préparés toute une année. Une course durant laquelle, l’homme est confronté à lui-même et aux éléments d’un paysage plus grand que nature.

Un décor paradisiaque et fou

Je les les suis un moment sur la rivière Takini, complètement gelée, qui poudroie sous le soleil étincelant, puis les laisse à leur défi pour quelques jours avant d’aller les rejoindre à Dawson, la ville qui jouxte la frontière avec l’Alaska.

Le temps pour moi d’aller rencontrer quelques vétérans et «retraités» de cette fameuse course et de les découvrir parmi leurs chiens, dans leur environnement, au milieu des bois.

Pour les mushers du Yukon, cette course représente un défi certes, mais aussi, l’opportunité de courir avec leurs chiens dans un décor à la fois paradisiaque et fou. Le mariage tant convoité d’adrénaline et de plaisir.

Parler avec un musher, c’est parler de chiens. Et parler de chiens, c’est parler de leur vie. De ce qu’il y a de plus noble et de plus précieux. Attentifs à leurs besoins, subjugués par leur endurance et leur inconditionnelle affection, les mushers s’insurgent lorsque je leur mentionne le sinistre carnage de chiens de traineau qui est survenu à Vancouver au mois d’avril 2010.

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«Chacun a son Charles Manson», me répond Franck Turner. «Mais vous verrez, il n’y a pas un musher capable de faire une chose pareille à ce auquel il tient le plus.»

Franck Turner, qui a couru 24 fois la Yukon Quest, est un exemple vibrant de ces passionnés de chiens et de grands espaces. Une célébrité ici qui prend soin de ces 140 chiens et qui n’en abandonnerait un pour rien au monde.

Un paysage plus grand que nature

Au Yukon, la nature est reine et il est difficile de ne pas succomber à sa beauté. Malgré les -30 degrés Celsius, je me risque à passer la nuit dehors, à traquer les aurores boréales.

Discrètes cette nuit-là, au bout d’une forêt et par-dessus un lac glacé, elles n’en restent pas moins animées. D’un vert électrique, elles bâtissent tantôt un pont entre chaque rive de la rivière, ou montent en spirales dans un ciel éclaboussé d’étoiles. Spectacle émouvant que mon appareil photo, trop sensible au froid, n’a pu capturer.

En attendant que les mushers et leurs chiens se rapprochent de Dawson, je pousse l’exploration jusqu’au Kluane National Park. Pour cela, j’emprunte la seule route qui coupe en deux un paysage d’une immensité incroyable: l’Alaska Highway.

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À l’exception de rares camions qui transportaient du bois, la solitude m’a accompagnée tout le long du chemin. L’Alaska Higway est une immense route rectiligne qui va de Dawson Creek, BC à Fairbank, Alaska et qui semble vouloir disparaître dans une chaîne de montagnes.

Arrivée à la Haynes Junction, je me suis embarquée à bord d’un tout petit avion pour survoler le Kluane National Park. Une expérience d’une beauté à couper le souffle! Survoler ainsi ces glaciers et voir le soleil faire étinceler les pics, apercevoir au loin le Pacifique, revenir en basse altitude au-dessus de rivières gelées pour traquer les traces d’animaux jusqu’à repérer des troupeaux de caribous m’a émue. Profondément. Il y a, je trouve, une certaine sérénité à laisser le gigantisme de la nature s’imposer à nous et nous reléguer à notre – petite – place d’humain.

Dernier souvenir que j’ai emporté avec moi ce soir-là en rentrant sur Whitehorse: un majestueux élan quittant l’Alaska Highway pour s’enfoncer dans la forêt. Le soir teintait déjà la neige de bleu. Il s’est arrêté et a tourné sa tête surmontée de bois incroyables. Il m’a regardée un moment, puis très lentement s’est détourné et a poursuivi son chemin. L’obscurité l’a emporté et moi je suis restée songeuse tout le restant du trajet jusqu’à Whitehorse, la ville où l’on dit qu’il y a deux morses par habitant et un ours pour deux habitants.

La ville de Jack London

À Dawson, dernière grosse ville du Yukon avant l’Alaska, je retrouve certains des coureurs du Yukon Quest. Les premiers sont arrivés avant moi, d’autres ont quitté en cours et d’autres encore sont attendus. Les conditions météorologiques et l’état des pistes sont bons cette année et ils ne devraient pas rencontrer de difficultés majeures sur leur parcours en Alaska.

Une courte halte bienvenue et obligatoire dans cette ville minière, où a vécu l’écrivain Jack London, et les voilà repartis, déterminés, enivrés, les chiens toujours partants.

Je les suis un moment à bord d’un petit avion. Spectacle inoubliable de ces hommes et de leurs chiens, minuscules pointillés sur papier glacé. Des hommes happés par l’appel du Grand Nord qui disparaissent dans l’immensité enneigée.
www.travelyukon.com
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