La confiance: précieuse commodité

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Les deux premiers ministres albertains qui avaient précédé Jim Prentice, Alison Redford et Ed Stelmach, avaient causé la surprise en se faisant élire chef du Parti progressiste-conservateur contre des favoris plus traditionnels. C’était un premier signe que tout ne tournait pas rond au pays du pétrole et des cowboys.

Même si elle avait réussi à conserver une majorité face à un assaut impressionnant du parti Wildrose de Danielle Smith en 2012, Redford a démissionné deux ans plus tard suite à des petits scandales de dépenses personnelles et des accrochages avec d’autres personnalités de son parti.

Avec l’ancien ministre fédéral Jim Prentice, respecté de tous et considéré comme un candidat potentiel à la succession de Stephen Harper, on ne prenait pas de risques, la dynastie conservatrice albertaine était entre bonnes mains.

Encore avant Noël, Jim Prentice paraissait si bien en selle que Danielle Smith (la chef de l’opposition!) et huit autres députés Wildrose ont rejoint les rangs du parti au pouvoir. Du jamais vu. Soi-disant pour mieux affronter les difficultés découlant de la baisse mondiale des prix du pétrole. Au diable les principes, les promesses, la démocratie…

Puis, un budget déficitaire, avec des hausses de taxes et un plafonnement des dépenses… Suivi du déclenchement d’élections prématurées…

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Mardi, les électeurs albertains ont répudié ces machinations et retiré leur confiance à Jim Prentice, jetant leur dévolu sur le Nouveau Parti démocratique de Rachel Notley, la fille d’un ancien chef du parti, une avocate télégénique apparemment intelligente et sympathique.

La nouvelle première ministre et sa jeune équipe sont majoritaires avec 53 élus et plus de 40% des suffrages. En 2012, le NPD n’avait récolté que 10% des voix et 4 sièges à l’Assemblée législative de l’Alberta! C’est un séisme politique encore plus déterminant que la vague orange qui a balayé le Bloc québécois aux élections fédérales de 2011, encore plus surprenant que l’élection de Bob Rae en Ontario en 1990.

Le Wildrose, qu’on disait fini et qui n’a choisi son nouveau chef Brian Jean que le 28 mars dernier, est confirmé dans son rôle d’opposition officielle avec 21 élus, plus que la dernière fois mais avec moins de suffrages: 24% contre 34%.

Les Conservateurs passent de 44% à 27% d’appuis et glissent en troisième place avec seulement 10 députés (9, en fait, puisque Jim Prentice a aussitôt démissionné de son siège, comme bien sûr du leadership de son parti). Mardi soir, certains commentateurs prédisaient déjà la disparition du Parti PC, dont le seul ciment était le pouvoir, selon eux.

Ce n’est pas impossible. Le Québec n’a pas de parti conservateur provincial. La Colombie-Britannique non plus. Dans ces deux provinces, les Libéraux au pouvoir attirent ces électeurs et sont plus à «droite» que les Libéraux ontariens, par exemple.

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Les Libéraux albertains n’ont plus qu’un siège, celui du chef David Swann (ils en avaient 4) et 4% du vote (10% en 2012), tandis que le Parti de l’Alberta (d’anciens créditistes et autonomistes) réussit à faire élire son chef Greg Clark et à faire mieux que la dernière fois avec 2% des suffrages à travers la province.

Danielle Smith avait déjà tout perdu, n’ayant même pas réussi à remporter l’investiture PC dans sa circonscription. Si elle n’avait pas flanché cet automne, c’est peut-être elle qui serait première ministre aujourd’hui! La plupart des autres transfuges du Wildrose ont été battus.

Par ailleurs, cette victoire retentissante du NPD ne peut que réjouir le chef fédéral Thomas Mulcair, compliquer la vie de Justin Trudeau et déconcerter Stephen Harper. À la lumière de cette révolte des Albertains contre l’arrogance de leurs dirigeants politiques, les Conservateurs fédéraux ne devraient rien tenir pour acquis et redécouvrir les vertus de la modestie, du respect de leurs adversaires et du dialogue avec les citoyens.

La confiance de la population est une commodité plus précieuse que le pétrole.

Francophone

Selon le conseiller en communications André Nadeau, basé à Ottawa, l’élection de Rachel Notley est de bon augure pour les Franco-Albertains, sa circonscription d’Edmonton-Strathcona comprenant le quartier de Bonnie Doon, «où l’on retrouve la Faculté St-Jean, la Cité francophone avec toutes ses associations et organisations, et un bon nombre des leaders franco-albertains».

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Pour André Nadeau (lu sur Facebook), les Franco-Albertains seraient donc «au bon endroit au bon moment».

Le chroniqueur juridique de L’Express, Gérard Lévesque, avocat qui partage son temps entre l’Ontario et l’Alberta, écrivait récemment dans le journal albertain Le Franco que «les chefs des principaux partis, préoccupés à juste raison par la situation économique, n’ont pas indiqué leurs intentions vis-à-vis les préoccupations de la minorité de langue officielle».

Mais il souhaite que le prochain ministre de la Justice comprenne que «la dualité linguistique est un élément fondamental du pays».

En vertu de la Constitution canadienne, de la législation fédérale et albertaine, rappelle-t-il, les citoyens ont droit à l’utilisation de l’une et l’autre des deux langues officielles, mais le français y est souvent traité comme une «langue étrangère».

«Il nous faut des élus qui s’engagent notamment à favoriser l’accès à la justice dans les deux langues officielles», indique Gérard Lévesque. «En 2015, il est inacceptable d’avoir à quémander le droit d’employer la langue française devant les tribunaux de l’Alberta.»

«Et, à l’instar des autres provinces, il nous faut une politique sur les services en français comme avait promis de le faire le premier ministre Ed Stelmach (il n’avait pas pu mettre en œuvre sa promesse en raison de l’opposition d’un membre de son cabinet… la ministre Alison Redford).»

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