La bande-son de Noël

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Un des avantages de ce métier de critique musical est de pouvoir se bâtir, au fil des ans, une discographie permettant d’agrémenter à peu près toutes les occasions. Et parmi les occasions en question, peu imposent leurs propres attentes – et leur propre musique – avec autant de force que cette saison des Fêtes.

Ce qu’il y a d’intéressant, dans les disques de Noël, c’est ce tiraillement auquel ils semblent soumis: tout en répondant aux attentes dictées par nos souvenirs (ce qui comprend l’attente d’instaurer au plus profond de nous ce sentiment de plénitude, de bonheur, que les plus chanceux d’entre nous associent à l’enfance), ils doivent s’en éloigner assez pour offrir quelque chose de nouveau et ainsi justifier leur présence sur un marché déjà saturé.

En d’autres mots: donnez-nous aujourd’hui notre musique de Noël, mais donnez-nous aussi une raison d’acheter votre disque…

L’ange Gabriel troque sa trompette pour un piano

Il y a quelques semaines, je vous disais tout le bien qu’il fallait penser de la Rhapsody In Blue pour piano solo que nous offrait Matt Herkowitz. L’an dernier, le pianiste new-yorkais qui réside maintenant à Montréal en avait surpris plus d’un avec L’Ange Gabriel – Suite de Noël pour piano (Disques Tout Crin/Fusion III), un disque dont le vieux Dave Brubeck, qui s’y connaît en la matière, avait dit qu’il était «sans failles sur le plan technique, et à des années-lumière d’avance sur le plan harmonique».

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Si les thèmes nous sont pour la plupart familiers – Frosty The Snowman, Greensleeves, Le P’tit renne au nez rouge, The Christmas Song – l’intérêt de cette suite, vous l’aurez deviné, réside dans les transformations que Herkowitz impose à son matériel, s’évertuant à trouver les harmonies les plus improbables, flirtant avec la dissonnance et s’adonnant à des envolées d’arpèges qui rappellent Keith Jarrett à son plus volubile.

On pourrait craindre le crime de lèse-patrimoine, mais le pianiste a l’habitude de ce genre de numéro d’équilibriste, et quiconque cherche un Noël pianistique qui s’éloigne des sentiers battus trouvera en L’Ange Gabriel de quoi épancher sa curiosité.

Les couleurs châtoyantes de la saison

S’il est une artiste québécoise qui était destinée à se livrer à l’exercice de l’album de Noël, c’est bien Claire Pelletier. Ses précédents disques conjuguaient avec brio passé et présent, puisant dans le patrimoine sans se limiter à une approche strictement folklorisante.

On ne s’étonnera pas que Le premier Noël (Disques Ouïe-dire/Sélect) trouve l’équilibre entre le plaisir de la surprise et le frisson de la familiarité.

Des recherches musicologiques en sol français et québécois ont permis à Pelletier et son complice Pierre Duchesne (le réalisateur de l’album et son conjoint dans la vraie vie) de redonner vie à quelques touchantes mélodies qui dormaient dans des manuscrits (Noël nouvelet, Silence ciel, silence Terre, Célébrons tous d’une voix), tout en habillant de couleurs châtoyantes celles qui nous sont plus familières (Ça bergers et Falalalalala, vieille adaptation française de Deck The Halls).

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Mais au-delà du choix de répertoire, Le premier Noël nous acquiert à sa cause par la richesse de sa palette instrumentale, tandis que la présence de l’oud (joué par Rick Haworth) rappelle que la terre sainte se trouve au Moyen-Orient, et le recours aux cuivres évoque à s’y méprendre l’univers de June Tabor, la grande dame du folk anglais.

S’il faut vous en tenir à un nouvel album de Noël cette année, faites en sorte que ce soit celui-là.

Noël en toute simplicité

Ce Noëls, réédition d’un CD originellement paru en 1996 sur étiquette Atma, est une petite merveille de simplicité. Simplicité au niveau de l’instrumentation, d’abord, puisque l’ensemble montréalais Les Boréades, que rejoint ici le flûtiste à bec Francis Colpron, s’en tient au minimum: violon baroque, viole de gambe, orgue et clavecin.

C’est à peine si quelques percussions et une chabrette (dont la sonorité est proche de la cornemuse) viennent nous rappeler qu’il s’agit ici de musique festive et populaire, dans le sens où ces mélodies puisent dans le patrimoine séculaire des différentes régions de la France, ayant été adaptées aux besoins de la Nativité à partir du XVe siècle.

Quelques-unes nous sont familières – Où s’en vont ces gays bergers a traversé l’Atlantique pour devenir Ça bergers assemblons-nous – mais la plupart appartiennent strictement au répertoire des ensembles de musique ancienne. Livrées ici en versions instrumentales (une tendance apparue au XVIIe siècle), ces mélodies nous touchent pas leur humilité, et les musiciens des Boréades diversifient suffisamment l’orchestration pour maintenir notre intérêt tout au long de ce voyage dans le temps.

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Une Gretsch pour Noël

S’il nous amène aussi en voyage, Noël avec Robert Lavoie et le Cat Scat Band (Rebel Musique) ne remonte pas au Moyen Âge, mais plutôt à l’âge d’or du rock and roll.

L’homme au pompadour blond platine et aux rutilantes guitares Gretsch (le choix de Duane Eddy, George Harrison, Chet Atkins et Scottie Moore, le premier guitariste d’Elvis) recrée ici la bande-son délibérément kitsch de ces Noëls arrosés de Labbatt 50 et de Kik Cola.

Chanteur au registre restreint (sur le plan vocal, il est plus près de Pierre Lalonde que de Little Richard), Lavoie est à son meilleur quand il laisse parler sa guitare, comme en témoigne le réjouissant Promenade en traineau, croisement entre le twang de Duane Eddy et le «space-age bachelor pad music» de Juan Garcia Esquivel.

Si tout l’album avait été de ce calibre, on aurait tenu là un classique.

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