Justin Trudeau, un politicien «atypique»

Huguette Young n’a pas pu interviewer le futur premier ministre pour son livre

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La journaliste Huguette Young a passé deux ans à interviewer 120 proches de Justin Trudeau – mais pas le futur premier ministre lui-même, qui a refusé – pour écrire sa «biographie non autorisée» du vainqueur du scrutin du 19 octobre 2015, qui demeure encore une énigme pour un grand nombre de Canadiens.

De passage, samedi, au Salon du livre de Toronto pour y présenter son essai Justin Trudeau: l’héritier, cette Acadienne, qui a été correspondante de l’agence La Presse canadienne à Ottawa, ne savait pas si le chef libéral allait gagner son pari électoral au moment où elle apportait la touche finale à son ouvrage cet été.

«Mais je savais qu’il avait l’avenir devant lui», dit-elle. «Après tout, on oublie qu’il a été élu chef du parti il y a deux ans et demi seulement» (avril 2013).

Peu de commentateurs politiques se risquaient alors à prédire l’élection prochaine d’un gouvernement libéral majoritaire. La dernière phrase du livre témoigne d’ailleurs de cette prudence: «Justin Trudeau sait séduire. Pourra-t-il convaincre?»

Avec quelques modifications pour tenir compte de la suite des événements, le livre sera bientôt traduit en anglais. «Il s’agit, après tout, de la seule biographie indépendante du nouveau premier ministre», fait valoir Huguette Young.

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Justin Trudeau lui-même a publié une autobiographie, Terrain d’entente,, servant aussi de manifeste politique (comme le chef du NPD Thomas Mulcair avec Le courage de ses convictions). Huguette Young pense d’ailleurs que c’est pour ne pas concurrencer son autobiographie que Justin Trudeau (en fait, ses conseillers) n’a pas collaboré avec elle.

«Il se peut aussi qu’on craignait qu’il me dise quelque chose de compromettant», dit-elle, «ce qu’il avait tendance à faire: on se souviendra de son commentaire malheureux sur son admiration pour la dictature chinoise.»

L’une des raisons qui ont amené les Conservateurs de Stephen Harper à déclencher des élections plus de deux mois avant la date du scrutin (un record) et de participer à pas moins de cinq débats des chefs était de donner à Trudeau de la corde pour se pendre, «ce qui ne s’est pas produit, au contraire», indique Huguette Young. «Trudeau, qui partait en troisième place, a bien paru dans les débats; de nombreux Canadiens qui ne le connaissaient pas en ont eu une bonne impression.»

Il n’y a pas vraiment de «scoops» dans Justin Trudeau:L’héritier (héritier du Parti libéral évidemment), mais on y découvre un politicien «atypique», pressenti depuis longtemps pour poursuivre un jour l’oeuvre de son père, mais qui a d’abord résisté aux chants des sirènes, préférant voyager.

Personnalité plus proche de celle de sa mère Margaret que de son père Pierre, selon l’essayiste, «il est tout de même très ambitieux et, quand il s’est lancé, il a travaillé d’arrache-pied, d’abord pour gagner son comté de Papineau, puis pour se faire élire chef du parti. Il savait qu’il avait une longueur d’avance à cause de son nom, mais il voulait mériter sa victoire.»

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Il a aussi été sous-estimé par ses adversaires à cause de sa jeunesse et de ses cheveux, ce qui l’a finalement beaucoup aidé, croit Huguette Young, parce qu’il a pu oeuvrer efficacement «sous le radar» et monter une organisation politique formidable.

«C’est vrai que ce n’est pas un intellectuel comme son père, mais il possède un bon instinct politique, une énergie inépuisable, une mémoire des noms impressionnante et c’est un homme de terrain qui aime le contact avec les gens et les bains de foule.»

Question impertinente: «parfaitement bilingue, Justin Trudeau est-il d’abord francophone ou anglophone?» Huguette Young répond qu’il pense en anglais ou en français selon à qui il parle, ce qui expliquerait quelques bizarreries linguistiques chez lui à la fois en anglais et en français. «À la maison, avec son épouse et ses enfants, ça se passe en français», croit-elle.

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