Iran: un pays pris en otage par son régime

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Le nucléaire en Iran est enjeu à la fois stratégique et politique. Avec l’Irak et l’Afghanistan occupés militairement, l’Iran se sent avec raison particulièrement menacé.

Si l’on sait pourquoi les Américains ont envahi l’Afghanistan, pour y démanteler le foyer du terrorisme, on ignore les vraies raisons qui les ont motivés à occuper militairement l’Irak. L’hypothèse de la présence des armes de destruction massive dans ce pays s’est avérée infondée.

La plupart des experts confirment que l’Iran est loin de pouvoir fabriquer une bombe atomique et encore moins capable de la lancer avec précision sur Israël ou toute autre cible ennemie. Par contre, brandir cette éventualité lui permet de faire réfléchir ses agresseurs potentiels et de leur faire croire que l’Iran ne se laisserait pas attaquer sans conséquences tragiques pour ceux qui tiennent à la stabilité de cette région sensible.

Un peu comme Saddam Hussein qui faisait planer le doute sur ses capacités d’attaque nucléaire alors qu’il n’en avait aucune.

Menaces réelle

Les menaces qui pèsent sur l’Iran sont réelles. Elles sont liées à l’importance stratégique du Golfe persique qui recèle presque deux tiers des ressources prouvées mondiales de pétrole et au rôle que cette région joue dans l’équilibre énergétique mondial. Une région qui a depuis longtemps été l’objet de convoitise des puissances externes. Le pétrole restera pour encore longtemps une ressource rare et irremplaçable et il est hors de question que son contrôle tombe entre les mains des gens dont le comportement est imprévisible. Après tout Saddam était d’abord un allié important des pays occidentaux avant de tomber dans la disgrâce et de devenir un ennemi à abattre.

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Il faut ajouter que le rôle de l’Iran dans cette région est encore plus déterminant en raison de son contrôle direct du détroit d’Hormuz d’où transitent chaque jour 20 millions de barils de brut, soit le quart de l’approvisionnement mondial en pétrole.

Régime répressi

Le nucléaire en Iran est également un enjeu politique interne dont dépend la survie du régime des mollahs. Celui-ci est dépourvu d’une véritable légitimité aux yeux de sa population et n’a réussi à s’imposer au fil des années que grâce à la répression.

En 1979, au lendemain du renversement du régime monarchique du Chah soutenu par les Américains et la CIA, un débat intense se déroule sur l’avenir politique de l’Iran, auquel participent toutes les forces laïques ou religieuses qui avaient participé à la révolution.

Rien ne prédestinait Khomeiny et les leaders religieux à confisquer le pouvoir politique et à imposer une république islamique. Cependant, le clergé fondamentaliste a réussi à écarter tous les opposants qui ne partageaient pas ses options politiques ou son interprétation de l’islam.

Ce qui a surtout aidé les mollahs à usurper le pouvoir, c’était leur politique bien méditée de créer des foyers de tension dans le but d’étendre leur influence et d’étouffer les voix d’opposition.

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Il en a par exemple été ainsi lors de la prise d’otages à l’ambassade américaine à Téhéran en novembre 1979. Désormais, tous ceux qui ne suivaient pas «la ligne de l’imam» étaient dénoncés comme pro-américains ou pro-occidentaux.

Guerre Irak-Ira

Ensuite, c’était surtout la guerre avec l’Irak. Il est vrai que c’est Saddam Hussein qui a commencé la guerre en réponse aux provocations verbales du clergé fondamentaliste en Iran dirigées vers la communauté majoritaire shiite victime de l’oppression en Irak, avec l’appui et l’encouragement des puissances occidentales et en profitant de l’état de désarroi et de désorganisation en vigueur en Iran après la victoire de la révolution.

La résistance contre l’ennemi envahisseur est devenue un grand point de ralliement et les mollahs en ont bien profité pour imposer leur volonté. Au nom de l’impératif de sauver le pays, les forces dissidentes ont été les unes après les autres écartées, emprisonnées, exécutées ou forcées de quitter le pays. La guerre est devenue un puissant levier de l’ascension et de l’ancrage du clergé fondamentaliste au pouvoir politique.

Le nucléaire: une diversio

Cependant, ce régime est hanté par la même angoisse: la crainte de se voir balayé un jour par un mouvement de contestation et de rébellion de grande envergure en raison de la grave crise économique et sociale qui sévit dans ce pays depuis 30 ans.

L’option nucléaire de l’Iran est une autre diversion qui consiste à créer un nouveau foyer de tension pour détourner l’attention publique de ce qui préoccupe réellement les Iraniens: leur misère quotidienne, l’absence des libertés individuelles et collectives fondamentales, la mainmise des mollahs sur les richesses pétrolières du pays pour façonner la société selon leur volonté et leurs intérêts, etc.

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Les mollahs sont tout à fait conscients des sentiments patriotiques de leurs concitoyens et de l’attachement profond de ces derniers à l’indépendance et à la culture de leur pays. Ils savent très bien qu’en cas d’agression, leurs compatriotes oublieront leurs différends et se rallieront encore une fois autour de leur État, aussi détesté, honni et impopulaire qu’il soit.

L’Iran c’est tout un pays pris en otage par son régime.

Mécontentement populair

Avec le scandale des élections présidentielles en juin dernier et le soulèvement populaire qui s’en est suivi, les mollahs ont pris la mesure de leur fragilité et de leur impopularité. Ils cherchent désespérément un autre moyen pour assurer la survie de leur régime.

Rien ne peut mieux servir leurs intérêts dans les circonstances présentes que la perspective de l’imminence d’une autre attaque extérieure, ce qui les conforterait dans leur prétention d’être le porte-étendard de la lutte contre l’oppression et l’arrogance mondiales.

En l’absence d’indices crédibles qui permettent de confirmer que l’Iran possède ou va posséder une bombe atomique dans un proche avenir, hypothèse formellement démentie par Mohamed Elbaradei, le chef de l’Agence internationale de l’énergie atomique, faire monter la tension au sujet du programme nucléaire de l’Iran, c’est plutôt jouer le jeu de la République islamique et tomber dans le piège qu’elle a tendu.

Au total, le nucléaire en Iran est un dossier entouré de secrets et de non-dit difficiles à percer. La volonté de mieux contrôler cette région, à une époque où avec la soif de consommation de nouvelles puissances industrielles comme la Chine et l’inde, l’or noir est devenu un enjeu intercontinental plus important que par le passé, y joue un rôle aussi déterminant que l’instinct de survie des mollahs à qui il ne manque pas de ruses pour pallier à leur manque de légitimité.

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