Humanitaire et militaire: où est la frontière?

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Publié 29/07/2008 par Annik Chalifour

Les opérations humanitaires continuent d’être affectées par des incidents sécuritaires en Afghanistan, en Irak, au Soudan. La coordination entre les agences chargées de l’aide humanitaire et l’armée implique une approche de plus en plus intégrée des opérations qui suscite la controverse. Depuis 2005 l’Institut de Développement International du Collège Humber à Toronto offre annuellement une série d’ateliers de développement professionnel destinés au personnel civil et militaire engagé dans des opérations humanitaires.

Que ce soit lors de catastrophes naturelles telles que le tsunami de décembre 2004 ayant frappé plusieurs pays d’Asie du Sud-Est, ou de conflits aïgus tels que ceux sévissant actuellement au Darfour, en Irak, ou en Afghanistan, plusieurs Organisations non gouvernementales (ONG) par exemple CARE, Médecins sans Frontières, la Croix-Rouge, Save the Children, Vision Mondiale y jouent un rôle-clé à proximité de l’armée.

Cette proximité sur le terrain confond souvent les organisations humanitaires, les Forces Armées et les populations aidées quant au rôle respectif des uns et des autres. Par exemple la mission Licorne en Côte d’Ivoire, la mission de l’ONU en République Démocratique du Congo (MONUC), les alliances Kosovo Force (KFOR) et Force Internationale d’Assistance à la Sécurité en Afghanistan (FIAS).

Depuis les début des années 90, les relations militaires/humanitaires ont considérablement changées.

D’une part, les opérations militaires visant à observer un cessez-le-feu et contribuer au maintien de la paix interviennent de plus en plus dans des domaines où les agendas humanitaires et militaires s’entrecroisent.

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D’autre part, plusieurs ONG canadiennes historiquement engagées dans des projets de développement international ont dû élargir et renouveler leur mandat afin de gérer des programmes de secours dans des contextes politiques sensibles et de sécurité instable.

Au cours des quinze dernières années, plusieurs événements cruciaux ont marqué un tournant dans le rôle international des ONG. La crise du Golfe Persique, les guerres des Balkans et du Kosovo, le génocide du Rwanda, les conflits internes à tendance chronique dans plusieurs pays. En Afghanistan, Côte d’Ivoire, Corée du Nord, Haïti, Irak, République Démocratique du Congo, Somalie, au Soudan, pour n’en nommer que quelques’uns.

Du simple point de vue des opérations, les ONG et les militaires se rencontrent sur des territoires visés par des opérations de paix. Ils sont donc amenés à communiquer entre eux. Les humanitaires ont besoin d’entretenir des relations avec les militaires pour connaître les emplacements des points de contrôle et savoir les franchir afin de livrer l’aide aux populations.

Ils peuvent aussi bénéficier de renseignements dont disposent les militaires sur la sécurité leur permettant d’évaluer et de vérifier leurs propres informations afin de minimiser les risques dans les zones de conflit et post-conflit.

De leur côté, les militaires doivent, pour leur mandat de sécurisation des territoires dont ils sont responsables, connaître les différents acteurs qui opèrent dans leur zone. Les humanitaires peuvent fournir certains renseignements sur des populations, leur état sanitaire, les conditions humaines, les restrictions de mouvements, permettant aux militaires d’accroître leur connaissance de l’environnement.

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L’augmentation des relations militaires/humanitaires n’est pas sans soulever plusieurs difficultés. Un certain nombre d’ONG voient négativement l’implication de l’armée dans leur secteur d’activités. Au Kosovo, en Afghanistan, en Irak, l’implication des militaires a été perçue comme contrevenante aux principes humanitaires des ONG centrés sur l’idée de neutralité et d’impartialité de l’aide.

Depuis 2005 l’Institut de Développement International du Collège Humber offre une série de huit ateliers de formation par année touchant les dimensions essentielles de toute opération humanitaire internationale incluant la gestion de ressources humaines, des finances, de la logistique et de la sécurité, la supervision et l’évaluation des opérations.

Ces ateliers permettent aux participants provenant de différentes ONG et de l’armée de mieux connaître leur pratique interne mutuelle de gestion et d’acquérir des nouveaux outils stratégiques de gestion opérationnelle. Ceci dans le but ultime de favoriser une coordination plus efficace sur le terrain afin d’atteindre les objectifs d’aide humanitaire en faveur de populations en détresse.

Du 14 au 18 juillet 2008 se tenait l’atelier sur la gestion de personnel international des ONG opérationnelles, que L’Express a pu couvrir. Dix participants y assistaient dont cinq militaires. L’un d’eux précise «qu’ils (les militaires) sont ici pour mieux connaître les interlocuteurs (ONG) avec lesquels ils doivent travailler sur le terrain.» Il poursuit en ajoutant «qu’il est impératif de savoir comment les ONG gèrent leurs opérations et leur personnel. De plus en plus d’opérations impliquent une collaboration entre les civils et l’armée.»

Une participante, représentant une petite ONG oeuvrant présentement en Haïti, mentionne que «cet atelier me permettra de mieux guider l’ONG dans l’amélioration de ses politiques de ressources humaines vu le contexte de notre travail. Particulièrement en ce qui a trait à la sécurité».

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L’atelier couvre l’ensemble des activités relatives au cycle de la gestion du personnel expatrié et local embauché par les ONG. De la planification des opérations aux activités de marketing afin d’attirer les candidats qualifiés, du recrutement à la sélection, du jumelage des candidats aux postes ouverts à la formation et au déploiement, les contrats internationaux, les protocoles d’entente relatifs à la gestion des ressources humaines, le code d’éthique, la sécurité et la gestion d’incidents critiques, le debriefing post-mission, le développement de carrière.

Le concept de l’atelier permet une interaction constante entre les participants à travers des études de cas pratiques, des simulations et des scénarios tirés d’expériences sur le terrain.

D’autres ateliers de l’Institut permettent également aux personnes plutôt intéressées à développer une carrière en développement international d’acquérir les connaissances des principales notions de base relatives à la gestion de projets internationaux dont la gestion de projet axée sur les résultats prônée par l’Agence Canadienne de Développement International, la conception et la rédaction de propositions de projets, le renforcement des capacités.

Les participants ayant complété avec succès six ateliers du programme d’études proposé par l’Institut, soit dans le secteur de la gestion d’opérations humanitaires ou de projets de développement international, pourront détenir le «International Development Management Studies Certificate».

Pour obtenir plus de renseignements sur le programme d’études du Collège Humber, consultez le site Internet www.business.humber.ca

Auteur

  • Annik Chalifour

    Chroniqueuse et journaliste à l-express.ca depuis 2008. Plusieurs reportages réalisés en Haïti sur le tourisme solidaire en appui à l’économie locale durable. Plus de 20 ans d'œuvre humanitaire. Formation de juriste.

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