Harper majoritaire? (Tome 2)

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Le gouvernement fédéral vient de présenter un «énoncé économique» – un ajout ou une correction au budget déposé le printemps dernier – faisant état d’une croissance plus forte que prévue de ses revenus.

Quand il était ministre des Finances, Paul Martin sous-estimait régulièrement la performance économique du pays et les revenus de l’État pour se retrouver à la fin de l’année avec un surplus avec lequel il pouvait jouer au Père Noël. C’est aussi grâce à cet artifice qu’il a pu ramener le déficit fédéral à zéro – l’une des deux grandes réalisations du régime Chrétien. C’est en fait une excellente pratique financière, déjà répandue au sein des entreprises et des ménages prudents.

L’actuel ministre des Finances, Jim Flaherty, vient donc d’annoncer:

• une nouvelle baisse de la TPS, de 6% à 5%, dès le 1er janvier 2008 au lieu du 1er juillet si on avait choisi d’inclure cette mesure dans le prochain budget;

• de nouvelles réductions d’impôts des particuliers et des entreprises, qui feront en sorte, précise-t-il, que le fardeau fiscal fédéral, mesuré par le total des revenus fédéraux en proportion de l’économie, baissera jusqu’à 15% en 2011-2012, soit le ratio le plus faible en près de 50 ans;

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• un remboursement plus rapide de la dette fédérale encourue au cours des années 70 et 80 (elle se situe aujourd’hui à 460 milliards $ et occasionne des frais d’intérêts de plus de 30 milliards $, ce qui n’est pas rien relativement aux dépenses de 200 milliards $ pour tous les programmes fédéraux), ramenant le ratio de la dette au PIB sous la barre des 25% vers 2011-2012, qui serait son niveau le plus bas depuis une trentaine d’années.

Bref, le gouvernement fédéral roule sur l’or et peut se permettre d’envoyer notre armée s’entraîner en Afghanistan, tandis que les grandes villes canadiennes et certains gouvernements provinciaux n’arrivent à boucler leur budget qu’en sabrant dans des services essentiels comme la réparation des routes et des ponts, l’entretien des piscines et des patinoires, pour ne rien dire de l’éducation et de la santé.

Il y a là un déséquilibre qui ne peut se régler que de deux façons: par la générosité ponctuelle du fédéral dans les domaines de compétence provinciale et municipale, ou par un réaménagement plus permanent du partage des juridictions et des champs de taxation entre nos trois niveaux de gouvernement.

Les politiciens qui oeuvrent sur la scène fédérale – surtout les Néo-Démocrates et les Libéraux, plus «centralisateurs» et amateurs de grands projets «nationaux» que les Conservateurs – préfèrent généralement la première option, qui maximise leur influence et leur visibilité. Les politiciens provinciaux et locaux préconisent – ou devraient préconiser – la seconde option, qui leur donne les coudées franches et permet d’agir plus rapidement.

Le gouvernement Harper navigue entre les deux. En réduisant la TPS et les impôts fédéraux, il permet aux provinces et aux municipalités d’augmenter leurs propres taxes et impôts.

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Toronto vient d’adopter de nouvelles taxes sur l’achat des maisons et l’immatriculation des véhicules. Mississauga vient de hausser sa taxe foncière de 5%. L’Ontario a imposé sa fameuse «prime» à la santé. Mais le fédéral a aussi mis en place un programme d’investissements dans les infrastructures («Chantiers Canada») auquel la Colombie-Britannique vient d’adhérer. Elle obtiendra une aide à long terme pour moderniser ses routes et ses ponts. Les autres provinces emboîteront le pas.

C’est toutefois la réduction de la TPS qui a suscité les débats les plus enflammés. C’est la mesure la plus «politique» et la moins «économique». Tous les experts, en effet, vous diront qu’une réduction de la TPS constitue un encouragement à la consommation alors que nous avons davantage besoin d’encouragement à l’épargne. De plus, comme ça prend le même nombre de fonctionnaires pour percevoir une TPS de 7%, de 6% ou de 5%, autant rentabiliser l’existence de cette bureaucratie… ou l’abolir complètement en éliminant la TPS.

C’est en réfléchissant tout haut à de telles considérations que le chef libéral Stéphane Dion a mentionné qu’on souhaiterait augmenter la TPS plutôt que la réduire! Cela venant du successeur de Jean Chrétien qui avait mené toute sa campagne de 1993 en promettant de «scrapper» la TPS créée par le gouvernement de Brian Mulroney en remplacement de la taxe invisible sur les produits manufacturés.

Non seulement Jean Chrétien était-il revenu sur cette promesse, incapable de renoncer à la manne produite par la TPS (15 milliards $ à son époque, 30 milliards $ aujourd’hui), mais on a démontré que les Libéraux n’avaient jamais eu l’intention de la tenir. «Scrapper» la TPS, c’était un mensonge concocté pour profiter de la colère des contribuables.

Aujourd’hui, ce sont les Conservateurs qui tiennent leur promesse de réduire la TPS et qui diffusent des publicités ridiculisant l’idée des Libéraux de l’augmenter. Pendant ce temps, le NPD dénonce «la coalition majoritaire Harper-Dion», en référence à l’aplaventrisme des Libéraux, apeurés par les sondages, face aux projets conservateurs au Parlement. Effectivement, le Premier ministre Stephen Harper gouverne aujourd’hui comme s’il était majoritaire… et pourquoi pas?

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