Harper majoritaire?

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Que ferait Stephen Harper d’un gouvernement majoritaire? Voilà la question qu’il faudra lui poser, ainsi qu’à ses candidats, au cours de la prochaine campagne électorale fédérale qui pourrait être déclenchée d’ici quelques semaines. Les sondages, qui annoncent un autre Parlement-pizza et qui permettent au Premier ministre de se montrer modeste, sont trompeurs: les Conservateurs n’ont jamais été aussi bien placés pour remporter la victoire.

Harper aimerait sans doute s’affranchir de son statut minoritaire actuel, mais il se débrouille déjà très bien depuis un an en demi face à une opposition divisée et relativement désorganisée.

Il réussit à faire passer ses réductions de TPS et ses allocations familiales, à maintenir l’engagement de nos soldats en Afghanistan et à nous éloigner du Protocole de Kyoto. Il vient de relancer une offensive contre la drogue. Il arrive même à faire voter une reconnaissance officielle de la «nation» québécoise et à imposer aux provinces une nouvelle formule de péréquation.

Que ferait-il de plus avec une majorité de députés au Parlement?

Un an après l’élection de Stéphane Dion à la direction du Parti Libéral, on ne détecte encore aucun enthousiasme pour sa personnalité ou son programme, notamment au Québec où plusieurs comtés du Bloc – ceux de l’ADQ de Mario Dumont au provincial – pourraient passer aux Conservateurs, et où l’ex-château-fort libéral d’Outremont vient de passer au NPD!

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Ce n’est pas la première fois qu’un nouveau chef connaît des difficultés. Il n’y a pas si longtemps, peu de gens imaginaient Harper Premier ministre. Et face à Ignatieff, Rae et Kennedy qui avaient d’autres défauts, le choix de Dion paraissait inspiré l’an dernier au congrès du Parti libéral.

Mais on pouvait souhaiter qu’il améliore son anglais, qu’il nuance son discours juvénile sur l’environnement, qu’il cesse de brandir l’épouvantail de la «droite» américaine, et surtout qu’il commence à se réconcilier avec le Canada français en remplaçant ses Plans B humiliants de lutte contre le séparatisme par des Plans A de modernisation de nos institutions susceptibles de nous instiller enfin un sentiment de fierté envers ce pays. Seulement un francophone sur dix, au Québec, voterait libéral aux prochaines élections!

Les Libéraux pourront sans doute conserver plusieurs sièges au Canada anglais, surtout que Harper s’est disputé avec les premiers ministres de Terre-Neuve, de Nouvelle-Écosse et de Saskatchewan sur le calcul des ressources naturelles dans la péréquation. Dans ces provinces, les Conservateurs auront des explications à fournir.

Le NPD de Jack Layton ne semble pas en perte de vitesse malgré (ou à cause de?) la collusion entre Stéphane Dion et Elizabeth May, la chef du Parti vert. Là où la lutte sera serrée, une bonne performance du NPD affaiblira le candidat libéral qui pourra être distancé par le Conservateur. Le NPD pourrait jouer le même rôle à quelques endroits au Québec, cette fois au dépend du Bloc mais toujours au profit des Conservateurs.

Les planètes sont donc alignées pour donner une majorité à Stephen Harper.

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Cela lui permettrait-il de prolonger la mission militaire en Afghanistan au-delà de 2009? De participer à la future guerre contre l’Iran fomentée par les États-Unis, Israël et la France? De restaurer les dispositions les plus liberticides de nos lois anti-terrorisme? D’abandonner officiellement le Protocole de Kyoto? D’éliminer la TPS? De sabrer dans les dépenses sociales pour effacer la dette? De circonscrire le pouvoir fédéral de dépenser dans les secteurs de juridiction provinciale? De revenir à la définition hétérosexuelle du mariage? De stopper l’immigration du tiers-monde? D’abolir le statut spécial des Autochtones et leurs réserves? De revaloriser la monarchie britannique? De limiter la portée du bilinguisme officiel?

Toutes ces idées controversées circulent dans les milieux conservateurs. Certaines méritent un débat intelligent; d’autres ne trouveront aucun champion sérieux sur la place publique.

Quelques anciens amis de Harper, dans l’Ouest, se plaignent des «compromis» et des «accommodements» consentis par le gouvernement pour continuer de gouverner face à une opposition majoritaire et pour gagner des sièges au Québec.

Mais si le recentrage du Parti conservateur lui permet enfin de faire élire une majorité de députés au Parlement cette année, on l’imagine mal s’empresser de gouverner à «droite» pour perdre le pouvoir – voire l’unité canadienne – au bout de quatre ans.

Stephen Harper a démontré qu’il place les intérêts de son équipe au-dessus de ses propres préférences. Et bien malin qui connaît vraiment son «idéologie» aujourd’hui, car on sait qu’il peut et qu’il a évolué sur plusieurs questions au contact des citoyens de toutes les régions du pays.

Il est passé par le sectarisme et les divisions qui ont longtemps relégué les Conservateurs dans l’opposition. C’est maintenant au tour des chefs de «gauche» – Dion, Duceppe, May et Layton – à apprendre à reconquérir le centre de l’échiquier politique.

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