Gilles Duceppe derechef

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Publié 13/06/2015 par François Bergeron

Ça s’est décidé aux funérailles de Jacques Parizeau.

Face à des sondages annonçant l’élimination du Bloc québécois aux prochaines élections fédérales, le chef Mario Beaulieu a demandé à son prédécesseur Gilles Duceppe de reprendre la barre du parti souverainiste fédéral. Quelques coups de téléphone plus tard, c’était officiel. Alertez le livre Guinness: il y a certainement là un record à homologuer!

Duceppe conserve l’estime de nombreux membres et électeurs. Si quelqu’un peut convaincre des candidats et des militants de s’engager, tirer son épingle du jeu dans les débats des chefs, et regagner quelques sièges perdus au NPD en 2011 (à commencer par le sien), c’est bien lui. Il s’ennuyait (et il nous ennuyait) comme chroniqueur dans les journaux de Québecor.

Le vrai chef des souverainistes, PKP, qui a déjà dit qu’il ne croyait plus au Bloc, lui donne une dernière chance avec Duceppe.

Il y a des précédents: d’autres grands politiciens, chez nous comme aux États-Unis, en France et en Angleterre, ont subi d’amères défaites pour mieux effectuer un retour triomphal après quelques années d’exil.

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Incidemment, «la fin des exils», c’est le thème très remarqué du discours de Jean-Martin Aussant aux funérailles de Jacques Parizeau. Aussant, qui vit maintenant à Londres, est ce dissident du Parti québécois qui a fondé le petit parti Option nationale parce qu’il trouvait que Pauline Marois tardait à promouvoir la souveraineté ou à y travailler sérieusement. Il avait reçu l’appui de Parizeau qui qualifiait alors le PQ de «champ de ruines».

Pourquoi n’est-ce pas à Aussant qu’on a demandé de revenir? On dit qu’il est populaire chez les jeunes, qui ont déserté le PQ, peut-être même toute la politique québécoise. On lui a peut-être demandé et il a dit non, attendant plutôt de revenir dans l’équipe de PKP.

Toujours est-il que la prémisse sous-tendant le retour de Duceppe est inattaquable: le tiers des Québécois sont encore et seront peut-être toujours souverainistes, il n’y a pas de raison qu’ils ne soient représentés à Ottawa que par des partis fédéralistes.

Mais ça ne sera pas suffisant. Duceppe lui-même l’a expliqué sans le comprendre: «En 2011, les Québécois ont voté pour le parti de Jack Layton en pensant se débarrasser de Stephen Harper, mais ce n’est pas ce qui s’est produit.»

Justement, en 2015, le NPD de Thomas Mulcair a le vent dans les voiles. La nouvelle du renversement des Conservateurs albertains par Rachel Notley s’est rendue jusqu’au Québec. Mulcair est encore plus québécois que Layton (né à Montréal), et encore plus centriste et pragmatique. Ses «poteaux», qui ont eu la surprise d’être élus la dernière fois, ont passé les quatre dernières années à se faire connaître dans leur comté (et, dans certains cas, à connaître leur comté…).

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Pour ceux, nombreux, qui tiennent mordicus à renverser les Conservateurs, le NPD apparaît pour la première fois comme le mieux placé pour gagner. C’est lui, pas le Bloc ni le Parti libéral de Justin Trudeau, qui récoltera les votes «stratégiques». Même certains électeurs conservateurs désabusés, ou qui pensent que c’est le temps de changer d’air, voteraient plus facilement pour Mulcair que pour Trudeau.

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Auteur

  • François Bergeron

    Rédacteur en chef de l-express.ca. Plus de 40 ans d'expérience en journalisme et en édition de médias papier et web, en français et en anglais. Formation en sciences-politiques. Intéressé à toute l'actualité et aux grands enjeux modernes.

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