Genticorum, ou l’avenir de la tradition

Ils seront au Royal Conservatory of Music le 11 décembre

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Publié 09/12/2008 par Dominique Denis

Décembre est arrivé, le froid nous est tombé dessus, la neige ne va pas tarder à suivre, et un groupe traditionnel québécois arrive en ville. À coup sûr, on aura droit à une veillée du temps des fêtes, non?

Ce serait mal connaître Genticorum, trois gars souvent assis – mais pas toujours su’l sofa – qui se situent dans la mouvance néo-trad, terme aussi vaste que nébuleux qui désigne ces formations, le plus souvent jeunes, qui se sont imposés dans le sillage de la Bottine Souriante. Bien qu’ils soient parfaitement capables de faire swinger la compagnie sur le plancher de danse de toutes les salles paroissiales de Sudbury à Shawinigan, le flûtiste, bassiste et violoneux Alexandre de Grosbois-Garand, le guitariste et joueur de guimbarde Yann Falquet et le violoneux Pascal Gemme semblent déterminés à donner ses lettres de noblesse à une musique liée au peuple et à la fête. Il ne faut donc pas s’étonner de retrouver le trio, non dans un quelconque club folk, mais bien dans l’auguste enceinte du Royal Conservatory of Music.

«C’est normal que la musique traditionnelle soit associée aux rencontres familiales, au temps des Fêtes, à la Saint-Jean, au cycle des saisons», de souligner Alexandre de Grosbois-Garand, que L’Express a joint à son domicile montréalais. «Mais nous, notre musique est orientée vers l’écoute. Notre défi, c’était de monter un spectacle destiné aux salles de concert plutôt qu’aux festivals ou aux veillées. On veut créer une bulle avec le public, toute une mise en scène, pour que les gens voyagent avec la musique.»

Alexandre, qui baigne dans le folklore depuis l’enfance (son père est lui-même musicien), rappelle que les puristes parmi les musiciens traditionnels sont souvent de grands virtuoses, mais qu’ils apportent leur touche personnelle au patrimoine sans pour autant s’écarter de ses paramètres musicaux et de sa fonction sociale. Mais les jeunes musiciens, imprégnés de rock, de jazz et de classique, ressentent le besoin de fusionner ces divers courants pour créer un hybride que d’aucuns ont qualifié de néo-trad. «Dans les 20 dernières années, les jeunes artistes traditionnels ont poussé les arrangements et l’exécution au point où ça devient de la musique de chambre avec des instruments traditionnels», selon de Grosbois-Garand.

Bien que le trio admire les fusions technoïdes de groupes comme Swing, ce n’est pas demain qu’un DJ viendra partager la scène avec Genticorum «Pour les plus vieux, notre musique est tellement moderne, mais pour les jeunes, on est traditionnels. Parfois, on se retient volontairement pour garder un certain équilibre. Pour nous, ce qui est le plus important, c’est la mélodie du violon. L’accompagnement est au service de la mélodie, et pas l’inverse.» Le troisième CD du trio, La Bibournoise, sacré album traditionnel de l’année aux derniers prix de la musique folk canadienne, atteste éloquemment de cette quête d’équilibre: même les chansons composées par le groupe, comme Le moine blanc, s’inscrivent dans la veine intemporelle des chansons paillardes, du genre que poussaient nos mononcles – sous l’œil réprobateur de nos matantes! – quand le petit whisky blanc commençait à faire effet.

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Pour de Groisbois-Garand, un autre aspect qui a changé, c’est la dimension politique sous-jascente à la revendication du répertoire traditionnel. «Le premier “revival” de la musique traditionnelle au Québec, dans les années 70, était étroitement lié au mouvement souverainiste», rappelle-t-il. «Mais depuis les années 90, c’est plutôt lié à la mondialisation. C’est comme si, en réaction à la musique américaine qu’on entend partout, chaque culture dit “notre musique aussi est belle, jouons-en!”. Pour moi, c’est un phénomène “indie”: tout comme il y a des gens qui écoutent du punk ou du hip hop, il y a du monde qui écoute de la musique traditionnelle.»

En contraste avec les musiques précitées, qui véhiculent un message contestataire d’une grande actualité, on peut se demander quelle est la pertinence, en 2008, de chansons qui évoquent un cadre social qui n’existe plus, et dont les origines se perdent dans la nuit des temps. Un groupe comme Mes Aïeux a connu un immense succès en évoquant les préoccupations de sa génération avec un langage musical qui emprunte aux traditions de nos grands-parents. C’est une approche que Genticorum n’a pas encore adoptée.

«J’admire ce que font Mes Aïeux, et c’est une question qu’on se pose, la possibilité de parler de réalités plus actuelles», affirme de Grosbois-Garand, qui rappelle néanmoins que les histoires anciennes demeurent riches en leçons d’une pertinence insoupçonnée. «Une chanson traditionnelle parle peut-être de tisserands ou de meuniers, des métiers qui n’existent plus, mais elle présente des vérités éternelles. Je pense que les gens peuvent reconnaître des réalités actuelles dans un contexte plus ancien. Même si au départ ça peut sembler moins évident.»

Genticorum se produira au Royal Conservatory of Music (273, rue Bloor Ouest) le jeudi 11 décembre à 19h30. Billets (20 $, 10 $ pour les étudiants), au 416-408-2824, poste 321.

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