Géant du théâtre et de l’action sociale: Daniel Marcelin


26 janvier 2016 à 9h03

Il y a de ces hommes à l’esprit sans frontières, plus grands que nature, extravagants, qui respirent et inspirent la frénésie, la démesure, la liberté d’expression à l’état pur, mais aussi l’engagement citoyen absolu, l’activisme culturel, la profonde persévérance dans l’adversité. Voici le personnage fascinant qu’est Daniel Marcelin. Cet article dépeint une journée dans sa vie d’acteur social sans limites, début décembre 2015.

Œuvre engagée

Mercredi 2 décembre, 11 h 45. Je viens tout juste d’apercevoir Daniel dans les studios de Radio Métropole, radio haïtienne francophone réputée à Port-au-Prince. Il m’explique aussitôt ses nombreuses vies: chroniqueur à Radio Métropole depuis 30 ans, conseiller pédagogique, professeur de théâtre, marié et père de famille. Son slogan «Restons curieux!» témoigne sa vivacité.

Le dramaturge et comédien résume sa passion succinctement: «Le théâtre comme outil de conscientisation sociale.» D’emblée on part à la rencontre d’un groupe d’étudiants universitaires qui feront partie de son nouveau méga projet d’animation culturelle en collaboration avec le ministère de l’Éducation nationale.

Gouverneurs de la rosée

Le projet consiste à mettre en scène le célèbre roman Gouverneurs de la rosée de l’écrivain haïtien Jacques Roumain, grand classique de la littérature haïtienne moderne, sous la forme d’une comédie musicale qui fera la tournée des lycées en août 2016.

«Porter l’œuvre de Roumain sur scène signifie entrer dans son livre miraculeux de poésie jouant dans les thèmes de l’amour et l’engagement politique; analyser le texte; l’intégrer dans sa tête, son cœur, son corps, sa raison», cite Daniel.

A titre d’animateurs culturels dans les écoles, les étudiants seront chargés de sélectionner les élèves-acteurs, d’assumer la mise en scène, les décors et la régie sous la supervision de Marcelin. Le dramaturge rédigera un dossier pédagogique permettant de découvrir les thèmes de l’œuvre grandiose, porteuse de la culture haïtienne.

La couleur de l’aube

«Il y a une raison derrière tout sentiment, une historicité des gestes, rien n’est gratuit», rappelle Daniel Marcelin à la jeune comédienne Gaëlle Bien-Aimé – une ancienne du Petit Conservatoire – qu’il dirige dans son rôle d’Angélique, personnage central dans La couleur de l’aube, œuvre de l’auteure haïtienne Yanick Lahens, lauréate de l’édition 2014 du prix Femina.

L’action se passe en plein air sur une scène improvisée à l’arrière d’une maison de Port-au-Prince servant de salle de répétition en cet après-midi chaud de décembre. Gaëlle répète sous l’infatigable soleil, en vue de la présentation de la pièce à l’occasion de la Foire internationale du livre (11-12 décembre 2015 à Port-au-Prince).

Éternelle complicité

Daniel, ferme et patient à la fois, observe le jeu intense de la jeune femme. Une confiance infinie règne entre le metteur en scène et la comédienne. Une atmosphère de grand respect envahit les lieux. Gaëlle redit le texte, refait les gestes, recommence et recommence sans aucune ombre d’impatience. Les deux complices aspirent à la perfection en tandem.

L’influence de Daniel contamine la scène. Le rôle s’est emparé de Gaëlle. La comédienne se révèle éblouissante dans son interprétation d’Angélique, femme haïtienne de 30 ans criant sa révolte et sa grande volonté de vivre malgré l’horreur de la misère selon le poignant récit de Yanick Lahens.

Le Petit Conservatoire

Daniel a fondé l’école de théâtre Le Petit Conservatoire d’art dramatique de Port-au-Prince en 1999. Malgré la fermeture obligée de l’école l’an dernier, faute de moyens, Marcelin anime Le Petit Conservatoire bénévolement par conviction inébranlable que «le théâtre est source de savoirs culturels».

Mercredi 2 décembre au crépuscule, on assiste à la répétition d’une pièce monologue interprétée par un finissant du Petit Conservatoire. Le jeune homme personnifie le célèbre Toussaint L’Ouverture sur la scène d’une école privée de Port-au-Prince ayant prêté ses locaux pour la noble cause.

Sans électricité ni climatisation, l’étudiant performe avec assurance et résilience dans l’obscurité presque totale, sous l’éclairage de quelques lanternes et le survol des moustiques. Une interprétation à la fois troublante et touchante, qui bouscule les émotions.

Pérennité culturelle

Des centaines de jeunes Haïtiens, artistes de la scène, sont devenus vecteurs de la culture haïtienne en Haïti et à l’étranger grâce à l’acharnement immuable de Daniel Marcelin depuis ces 15 dernières années. «Le théâtre est la voix de la culture, il permet de tout déclarer, de tout comprendre», estime le dramaturge visiblement imprégné de sa foi dans la jeunesse haïtienne.

En rencontrant Daniel Marcelin, on comprend d’un seul coup son rôle de passeur culturel. Le dramaturge érige le pont entre sa culture haïtienne et la relève de son pays, à la sueur de son immense implication sociale et artistique sans bornes.

Né en 1958, un an après la prise de pouvoir de Papa Doc (22 octobre 1957), Daniel Marcelin a reçu une formation aux arts de la scène en Haïti et en France; il a animé des ateliers de théâtre et joué des pièces aux Antilles, en Afrique et en Europe.

* * *
Cette chronique est alimentée au gré des explorations d’Annik Chalifour en terre haïtienne. La journaliste revient d’un 4e séjour en Haïti – décembre 2015 – et planifie d’y retourner en 2016. Décoration d’intérieur, arts de la scène, création de mode et artisanat, chant et danse vaudou, ethnologie, photographie, tourisme patrimoine et alternatif sont au rendez-vous.

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