Gagner la bataille, perdre la guerre

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S’il faut en croire la plupart des sondages qui se sont intéressés aux élections ontariennes de ce jeudi 12 juin, les progressistes-conservateurs de Tim Hudak ont connu les meilleurs moments, mais les libéraux de Kathleen Wynne pourraient être réélus.

Dès le début, Tim Hudak a imposé la création d’emplois comme thème unique de ce scrutin. Même la rationalisation des dépenses publiques, le retour à l’équilibre budgétaire, les réductions de taxes et de tarifs d’électricité, qui sont normalement des enjeux distincts, sont devenus autant de moyens de relancer l’économie.

Les questions de sécurité, d’environnement, d’aide sociale – même de santé et d’éducation, les deux dossiers prioritaires de tout gouvernement provincial, accaparant les deux tiers du budget – personne n’en a parlé, tout le monde semblant accepter qu’elles soient subordonnées à la performance de l’économie.

C’est déjà une victoire (morale) pour les conservateurs.

Deuxième victoire, admise même par ses adversaires, celle de Tim Hudak au débat télévisé de mardi dernier. Disparu le politicien abrasif qui avait le don d’indisposer un grand nombre d’Ontariens. On a eu droit à un chef conservateur calme, exposant succinctement et clairement ses idées, sans cacher qu’elles représentent une médecine de cheval… À nous, citoyens responsables, de décider si elle est nécessaire.

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Il faut cependant prendre avec un grain de sel l’engagement solennel de Tim Hudak de ne pas se représenter s’il n’atteint pas son objectif d’un million d’emplois: à ce moment-là, il serait déjà premier ministre depuis huit ans! En effet, sa promesse phare est comptabilisée sur deux mandats. La fameuse attrition de 100 000 postes de fonctionnaires aussi.

Évidemment, Tim Hudak a gagné le débat télévisé comparé à la prestation décevante de la première ministre Kathleen Wynne, empêtrée dans ses excuses pour les scandales de gaspillage, et décidément plus mécanique que dans les autres arrêts de sa campagne et dans ses publicités, presque toujours dynamiques et efficaces. Surtout, elle n’a convaincu personne que le programme conservateur allait plonger l’Ontario en récession.

De là à croire que cette sous-performance servait secrètement à instiller chez des électeurs jusque-là indifférents la peur d’un balayage conservateur, il n’y a qu’un pas…

C’est d’ailleurs une tradition de fin de campagne, pour les libéraux, que de brandir l’épouvantail conservateur pour convaincre des néo-démocrates de voter «stratégique». Ici, toutefois, cet appel libéral aux néo-démocrates et aux «progressistes» de tout acabit est lancé depuis le premier jour de la campagne, le parti d’Andrea Horwath étant accusé – parfois par ses propres sympathisants – d’avoir rejeté un bon budget et précipité ces élections périlleuses.

Et, selon les sondages, ça marche. La progression des libéraux dépendrait directement de l’affaissement du vote néo-démocrate. Le débat télévisé n’a pas permis à Andrea Horwath de renverser la vapeur. Au contraire, elle y a confirmé son statut d’amateure dans cette ligue professionnelle.

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Plusieurs électeurs sont agréablement surpris de voir le NPD dénoncer le gaspillage des fonds publics et promettre lui aussi l’équilibre budgétaire. Malheureusement, ces électeurs votent déjà conservateur, et les rares libéraux qui auraient été indisposés par ces dérapages vont rentrer dans le rang ou passer la semaine au chalet.

Personnellement, entendre le NPD vanter la parcimonie, ça me fait la même chose que de voir le nouveau site bilingue du Parti progressiste-conservateur: c’est un obstacle de moins, un retour à la normale, mais pas encore un coup de coeur.

La grande majorité des observateurs ont qualifié d’ennuyeuse cette campagne électorale ontarienne. Plusieurs candidats confirment l’apathie, la confusion ou le cynisme qu’ils rencontrent aux portes, prédisant une participation au scrutin encore plus faible que la dernière fois (49%). Les sondages mesurent les intentions de vote, mais pas toujours les intentions de voter. Que les plus motivés gagnent!

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