Francophonie en fête: Corneille chantera en français à Toronto pour la première fois

Le 27 septembre à 20h30

Corneille lors du lancement de son dernier album à Montréal. Photo: Marie-Lyne Allard
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Le chanteur-auteur-compositeur-interprète Corneille se présente avec un concert en français, pour la première fois devant le public torontois, à l’occasion de la 14e édition du festival Francophonie en fête.

La Franco-Torontoise Julie Kim assurera la première partie du spectacle au théâtre Isabel Bader, le vendredi 27 septembre à 20h30.

Un artiste, une histoire, une carrière

Corneille est né en Allemagne, il passe son enfance au Rwanda puis immigre au Québec en 1977. En 1993, il intègre un groupe de RnB qui remporte le concours Découverte 1993 à la télévision rwandaise, et il commence à composer.

À 17 ans, l’artiste perd sa famille dans le génocide rwandais. En juillet 1997, il quitte l’Allemagne et poursuit ses études de communication à Montréal. Il rencontre alors Pierre Gage et Gardy Martin avec lesquels il forme le groupe RnB O.N.E.

En 2001, il sort son premier album solo Parce qu’on vient de loin, certifié disque d’argent en trois semaines. S’en suivront sept autres albums, des collaborations, des apparitions à la télévision canadienne et française.

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Son dernier album Parce qu’on aime, écrit avec sa femme Sofia de Medeiros, est sorti le 15 février. Ce sont des chansons originales en français où l’artiste aborde l’amour, la peur du temps qui passe, la confiance et la vulnérabilité. Il répond ici aux questions de L’Express:

Qu’est ce que vous apporte la musique? Vous voyez quel changement dans votre façon d’écrire depuis le début de votre carrière?

La musique, pour moi comme pour beaucoup d’artistes, c’est un espace d’évasion, ça a été une façon de m’exprimer, spécifiquement par rapport au premier album qui a été une sorte de thérapie.

Maintenant, dans ma musique, il y a de plus en plus de «nous» et de moins en moins de «je». En fait, j’avais l’impression que je parlais que de moi dans mes débuts. Aujourd’hui, je me dis que je suis comme tout le monde, j’ai eu des échecs, des tentatives de m’en sortir, etc.

L’autre grande différence dans mon écriture, par rapport à mes débuts, c’est que j’écris avec mon épouse et ça m’a permis d’élargir mes horizons comme auteur et d’ouvrir mon style, d’aborder d’autres sujets, d’enrichir mon écriture.

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Pochette du dernier album de Corneille, paru en février 2019: Parce qu’on aime

Parce qu’on aime est un album dans lequel vous vous confiez beaucoup sur votre vie privée. Comment gérer la vie d’artiste, de père, de mari?

C’est un grand défi pour moi, comme pour tous les pères en général aujourd’hui surtout les papas de ma génération. On est de plus en plus conscients de la présence qu’on a dans le développement de nos enfants, donc on ne peut pas se contenter d’aller bosser et ne pas s’occuper d’eux.

C’est évident aujourd’hui que le père doit faire équipe avec sa conjointe. Le rôle de papa me tient plus à cœur plus qu’artiste, et c’est tout nouveau pour moi. Ce changement n’est pas acquis, ce n’est pas forcément compatible.

J’ai toujours pensé que les vrais artistes étaient ceux qui se mettaient en danger pour les autres. C’est ce que j’ai fait pour mon premier album, mais aujourd’hui je n’ai plus ces besoins-là.

Les six albums de Corneille avant Parce qu’on aime, dont deux en anglais.

Votre nouvel album parle beaucoup d’amour. Vous avez peur de ne pas être à la hauteur? Vous pensez qu’il y a des critères que la société impose au couple pour être heureux?

Je pense que ce sont les mêmes critères que la société impose à tout, au bonheur, au couple, au succès, à la réussite professionnelle, à la beauté… On vit dans une société qui exige trop de nous, souvent des choses irréalistes.

Dans cette société, on est impuissant à régler nos maux intérieurs donc on est obligés de projeter une image parfaite de nous sur les autres et on attend beaucoup des autres en général. C’est un gros mensonge auquel on contribue tous, ce n’est pas ça la vraie vie.

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La vraie vie, c’est que dans un couple, on s’engage. C’est un contrat pas évident à mener et à respecter. Il faut du travail pour soi, ensemble, etc. Il faut célébrer ça, la beauté qu’il y a dans l’amour difficile à atteindre.

Tout le monde est concerné, donc parler de l’amour de cette façon me tenait à cœur. Tout le monde espère que l’amour dure toujours, mais ce qui se passe pour que ça dure, on en parle très peu.

Le temps est une notion qui revient également dans vos chansons. Est-ce que le futur vous fait peur?

Le futur ne me fait pas peur. Mais le temps qui passe me donne le vertige, surtout avec les enfants. Je pense toujours au temps en fonction de l’âge de mes enfants et de ma femme. À 50 ans (dans 9 ans), je pourrais encore profiter de la vie, mais j’ai peur à quand je serai grand-père par exemple. Mais je n’ai pas peur du futur.

Vous vous rappelez de votre premier festival? Celui où vous avez préféré performer?

C’était les Francofolies de La Rochelle. J’étais inconnu au bataillon. Le premier album n’était pas sorti. J’avais juste 20 minutes de concert. C’était ma première représentation devant un public français. C’est un super souvenir. C’était il y a 17-18 ans, mais c’était ma naissance sur scène, vraiment.

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Corneille lors du lancement de son dernier album à Montréal. Photo: Marie-Lyne Allard

Est-ce symbolique pour vous de jouer à Toronto?

C’est symbolique, oui, car je suis fasciné de voir des communautés francophones partout au Canada en dehors du Québec, et c’est d’autant plus touchant quand je ne suis pas dans ma ville francophone.

C’est touchant d’être devant un public accueillant, bienveillant , qui accepte de recevoir des chansons que je chante depuis plus de 15 ans.

Chanter en français à Toronto relève quasiment du pèlerinage dans le sens où je sais que la francophonie n’est pas en majorité, et je n’ai pas eu souvent l’occasion de rencontrer ce public.

Corneille sur scène. Photo: Claude Dufresne

Il y aura-t-il des morceaux de vos anciens albums à Francophonie en fête?

Oui forcément, plus de la moitié du concert est issu du premier album.

Vous ressentez une différence d’approche entre le public français et canadien?

Pas vraiment… Généralement, ça fait des années qu’on ne m’a pas vu, donc on pourrait penser que quand je joue au Canada ou en France on a moins d’attente, mais ce n’est pas le cas. Par exemple, quand j’ai joué à Dakar, l’accueil était spécial, car on ne m’avait pas vu depuis longtemps ou alors jamais.

Mais en France ou au Canada, c’est le même genre d’amour, de communion. Mais j’appréhende un peu Toronto: c’est la première fois que j’y chanterai en français.

La chanteuse franco-torontoise Julie Kim sera en première partie du spectacle de Corneille le 27 septembre.

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