Flagrant délit de sociologie

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Certains chroniqueurs, parmi les plus sympathiques au Parti libéral du Canada, ont aussi été parmi les plus sévères à l’endroit du nouveau chef Justin Trudeau pour son commentaire sur les «causes profondes» du terrorisme, en réaction aux attentats de Boston, même si ils sont d’accord avec lui.
 
C’est que cette gaffe, selon eux, a semblé donner raison aux publicités du Parti conservateur suggérant que Justin Trudeau n’est «pas à la hauteur». Ces mêmes chroniqueurs exhortaient d’ailleurs Trudeau à contre-attaquer, ce qu’il a fait promptement avec des publicités plus positives, probablement aussi efficaces que les moqueries conservatrices.

Ces débats mettent à mal l’idée que les citoyens ne s’intéresseraient à la politique qu’à l’approche des élections. En réalité, nos partis politiques resteraient pertinents dans une société où une myriade de petits et gros groupes d’intérêts canaliseraient toutes les énergies visant à guider nos administrations publiques. Les médias feraient encore oeuvre utile. Notre démocratie ne serait pas moribonde. Mais c’est là une tout autre discussion.
 
Dans l’entrevue en question, à CBC, qui portait sur plusieurs autres sujets, Trudeau avait tenté d’expliquer que, pour ramener la sécurité, il est important d’examiner la cause des attentats terroristes, de comprendre l’origine des tensions entre les terroristes et la société… 
 
De Londres, où il assistait aux funérailles de Margaret Thatcher, le premier ministre Stephen Harper avait déclaré aux médias canadiens que les attentats terroristes devraient d’abord donner lieu à des chasses à l’homme, pas à des réflexions sur leurs causes profondes. 
 
Cet échange est demeuré d’actualité suite aux arrestations au Canada de deux présumés comploteurs d’attaques contre des trains de Via Rail. (Un troisième complice serait détenu aux États-Unis.)
 
De retour en sol canadien, et sentant qu’il exploitait là un riche filon, M. Harper a réitéré que ce n’est pas encore le temps de «commettre de la sociologie» – formidable double insulte s’il en est une, à la fois contre Trudeau et contre la sociologie, considérée dans certains milieux comme une pseudo-science, refuge des économistes ou des historiens ratés.
 
Curieusement, cette même semaine, Stephen Harper s’est associé aux démarches visant à mieux comprendre et à prévenir le genre d’agression et d’intimidation dont a été victime la jeune Rehtaeh Parsons, dont le suicide à Halifax a choqué tout le pays. Or ici, on mise davantage sur la sociologie que sur la répression.

Immédiatement après un attentat à la bombe, certainement, on doit dénoncer le crime, traquer les responsables et réconforter les victimes. Mais rien n’empêche d’aller plus loin et de commencer à s’interroger sur les sentiments et les motivations des terroristes, et à rechercher des moyens d’empêcher les conflits internationaux ou interreligieux de s’envenimer.

Cela ne cautionne en rien l’idéologie des terroristes et cela ne limite pas les moyens qu’on peut déployer pour y faire face.

Quand on a de l’eau dans la cave, il faut éponger et nettoyer, mais il n’est pas moins utile de rechercher l’origine de la fuite afin de la colmater pour de bon.

Surtout qu’ici, l’idéologie d’al-Qaïda et des autres djihadistes est bien connue. C’est une religion politique totalitaire rétrograde déguisée en mouvement de libération nationale contre les interventions militaires américaines ou occidentales, actuelles ou passées. Ces interventions ont parfois été injustifiées (pas toutes). Un retrait des armées et des flottes américaines de certains points chauds de la planète permettrait peut-être de calmer le jeu (pas partout). Ça se discute.

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On ne demanderait pas mieux – ça nous coûterait beaucoup moins cher en appareils policiers et militaires – que chaque nation devienne pleinement responsable de sa sécurité et de ses politiques publiques, pour le meilleur et pour le pire, si ça l’empêchait de blâmer ses voisins ou l’Occident pour tous ses problèmes.

On comprend moins bien, jusqu’à maintenant, les frustrations de certains immigrants ou fils d’immigrants originaires des sociétés les plus arriérées. Généralement, les immigrants ne quittent pas une société misérable pour venir la reproduire chez nous.

Récemment, c’est grâce à d’autres dirigeants communautaires ou religieux, mieux intégrés chez nous et qui souffrent chaque fois qu’un des leurs commet une atrocité, que nos forces policières ont été alertées des dangers que posaient ces djihadistes radicalisés par internet ou à la faveur de retour aux sources dans le pays de leurs ancêtres. C’est un développement salutaire.

Les mêmes ressorts psychologiques ou sociologiques expliqueraient les meurtres, par un père ou un frère, de femme ou de fille jugée trop émancipée ou occidentalisée. Les Canadiens «pure laine» commettent d’autres crimes, bien sûr, mais on a tous intérêt à ce que la liste soit moins longue, moins exotique.

Aux États-Unis, aux prises avec un niveau d’homicides beaucoup trop élevé en raison de la prolifération des armes à feu, on a encore moins besoin de cette nouvelle criminalité d’inspiration politique ou religieuse. Mais pour l’éradiquer, on a besoin de mieux la comprendre et d’en discuter ouvertement, au risque de froisser les sensibilités des uns et des autres.

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