Festival du film de Toronto: guerres, terrorismes et cinéastes engagés

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Cette semaine les écrans de la ville de Toronto ont révélé l’engagement politique de nombreux artistes, reflétant ainsi la tendance cinématographique de cette année 2007 et le choix de la programmation du 32e Festival International du Film de Toronto.

Marquée par les événements du 11 septembre, l’engagement des États-Unis dans la guerre en Irak, les différents scandales socio-politiques et les conflits qui secouent le monde depuis ces quelques dernières années, l’industrie cinématographique se fait le porte-parole de nombreux cinéastes engagés.

Tantôt miroir de nos peurs et de notre colère, tantôt plaidoyer des penseurs et activistes de ce monde, le film force le spectateur à réfléchir sur le monde qui l’entoure et à se questionner sur sa (non) contribution à le faire évoluer.

Ennemi intime de Florent-Emilio Siri et Algérie, histoires à ne pas dire réalisé par Jean-Pierre Lledo, productions respectivement française et algérienne, se font l’écho de l’absurdité d’une guerre violente et déroutante qui marqua à jamais la jeunesse de deux pays, laissant des traumatismes irrémédiables sur deux peuples partageant un jour la même terre.

La force d’Ennemi Intime étant de ne pas prendre position pour un camp ou l’autre et de montrer dans toute sa fragilité et sa vilenie, l’homme, soldat ou rebelle, tantôt enfant candide, tantôt monstre vicieux dont la perfidie ne connaît aucune limite tant il est persuadé que sa cause justifie toute fin et tout moyen.

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La réalisatrice Marjane Satrapi, évoque avec talent, finesse et sensibilité dans son très beau premier film, Persepolis, la tragédie de l’exil ainsi que le malaise d’appartenir à un pays déchiré et tyrannisé qui a mauvaise presse à l’étranger.

L’Amérique, elle, règle ses comptes, comme elle l’a souvent fait auparavant (sur la guerre du Vietnam, le scandale du Watergate etc…) avec ses exactions politiques et environnementalistes: Rendition met en avant les failles d’un système de sécurité rendu barbare et hypocrite par une paranoïa croissante depuis les attentats du 11 septembre 2001.

Dans sa lutte contre le terrorisme, le gouvernement américain s’entête dans le film à pousser un citoyen américain d’origine égyptienne à avouer des crimes qu’il n’a pas commis. Un écho au film de Michael Winterbottom,  The road to Guantanamo (2005), qui avait déjà distillé un certain malaise dans les salles, longtemps après sa sortie.

Redacted, réalisé par Brian de Palma ou In the Valley of Elah, second long-métrage de Paul Haggis (Crash, 2004) révèle la frustration de nombreux américains face à la guerre en Irak et la réaction en chaîne désastreuse sur les soldats, les irakiens et les pays du monde entier qu’a entraîné le choix du président des États Unis, Monsieur George W. Bush, d’entrer en guerre en Irak.

Michael Clayton réalisé par Tony Gilroy, Battle in Seattle, premier long métrage de Stuart Townsent qui fait sa première mondiale au Festival International de Toronto, et Darfur Now, l’excellent documentaire de Theodore Braun prônent tous les trois la valeur de l’action individuelle qui opèrera, ne serait-ce qu’un peu, sur le chaos de notre planète.

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Le premier film met en relief le risque que prennent ceux qui décident de combattre la machine, mais parfois aussi leur succès, lorsqu’il s’agit d’attaquer une grosse corporation pour ses exactions auprès des consommateurs et partenaires.

Dans Battle in Seattle, le cinéaste informe le public des abus et manipulations des pays en voie de développement par les occidentaux avec leurs ratifications de la World Trade Organization, en relatant les événements sanglants qui secouèrent la ville lors du congrès de la WTO et de la grande marche de protestation qui se forma entre le 30 novembre et le 3 décembre 1999.

Dans son film, Darfur Now, Theodore Braun, invite à l’action pour enrayer un génocide monstrueux au Soudan. Six personnages, de culture et d’origine différentes, dispersés aux quatre coins de la planète, célèbres ou parfaits inconnus, six engagements qui permettent d’informer les masses, de forcer les autorités à prendre des positions fermes sur le sujet ou de faire pression sur le gouvernement soudanais pour que stoppe le massacre.

En ce sens, le point commun que ces films plaidoyers de ce 32e festival partagent, est l’angle d’approche. Raconter l’universel par l’intermédiaire de l’individu. Lors d’une conférence de presse, la cinéaste Marjane Satrapi (Persepolis) affirme que la démocratie commence avec l’individu.

Lorsque celui-ci agit et inscrit son histoire dans celle, plus globale, du monde, il construit la démocratie. Don Cheadle, dans Darfur Now, lorsqu’il est questionné lors de ses tournées en faveur de l’arrêt de la crise du Darfour, sur ce qui peut être fait, demande en retour à la personne ce qu’elle peut faire, ce qu’elle sait faire.

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Hejewa Adams, la soudanaise brisée du même film, choisit d’entrer dans l’armée rebelle et de combattre l’ennemi. Dr. Luis Moreno-Ocampo, quant à lui, procureur, s’attache à collecter toutes les preuves qui pourraient traîner en justice les hauts responsables politiques des massacres au Darfour.

Dénonciateurs, révélateurs, informateurs mais aussi fers de lance d’action et de réflexion, ces films et ces cinéastes nous ramènent à l’essentiel du cinéma et nous rappellent le pouvoir des images, la force de la pellicule: capter l’essentiel, toucher le public et l’amener à se positionner, à se redéfinir dans son environnement et à passer progressivement de l’état de spectateur à celui d’acteur. Ou de réalisateur.

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