Fermeture de la Maison de la Presse à Yorkville

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La Maison de la Presse du quartier Yorkville, qui offrait des livres et magazines en français, a fermé ses portes en début de semaine. Établi depuis une trentaine d’années dans ce secteur touristique, le commerce n’est plus rentable depuis longtemps, selon ce qu’a indiqué à Radio-Canada la libraire Sara Vladusic la semaine dernière.

«Depuis 10 ans, on n’a pas eu une année qui a été profitable», a confirmé le président de la chaîne LS Travel Retail, Gérald Savaria.

Toujours à Radio-Canada, le président sortant de l’Association des auteurs de l’Ontario français, Gilles Levasseur, a dit craindre les conséquences de cette fermeture pour les écrivains. «D’ici 15 ans, Toronto va être la place où il va y avoir le plus de francophones en Ontario. Par conséquent, il faut aller chercher ce marché maintenant pour être capable de continuer de vendre à ce marché-là.»

Le Centre-Sud de l’Ontario, qui inclut Toronto, est en effet la région où la francophonie ontarienne est en plus forte croissance, notamment grâce à l’immigration.

Le président du Salon du livre de Toronto, Valéry Vlad, souligne lui aussi le paradoxe: «La fermeture de cette dernière librairie francophone torontoise arrive à un moment où l’intérêt pour le français – il suffit de regarder le nombre d’inscriptions dans les écoles françaises et d’immersion – n’a jamais été aussi grand. Et aussi, à un moment où la production littéraire en français en Ontario est tellement prospère… Dommage.»

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M. Vlad salue «le courage et la persévérance de tous ceux et celles qui ont gardé la Maison en vie ces dernières années, malgré la difficulté d’une telle entreprise».

Champlain

La fermeture de la librairie Champlain en 2009 avait été l’un des événements les plus traumatisants pour la francophonie torontoise. C’est, à ce jour, la nouvelle qui a suscité le plus de réactions de lecteurs dans L’Express. Gérée par la famille Arsenault depuis 1960, la librairie de la rue Church/Richmond, puis Queen/Parliament, avait perdu plusieurs acheteurs institutionnels, comme les bibliothèques et les conseils scolaires, qui avaient commencé à se fournir directement auprès des éditeurs.

Une librairie Garneau a eu pignon sur rue dans le quartier Bay/Bloor dans les années 1980, et, plus tard, une succursale de Renaud-Bray, sur Yonge au nord de Bloor, dont la faillite avait d’ailleurs menacé toute la chaîne québécoise.

Le World’s Biggest Bookstore, appartenant à Indigo, qui offrait un demi-étage de livres en français, a lui aussi fermé cette année, mais surtout en raison des chambardements immobiliers dans ce secteur.

Comme la Maison de la Presse, le World’s Biggest Bookstore comptait surtout sur les passants de leur quartier achalandé, annonçant rarement leurs services à l’ensemble de la francophonie torontoise.

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C’est toute l’industrie du livre, comme celle de la musique et de la vidéo – pour les francophones comme pour les anglophones – qui est bouleversée par l’Internet et ses librairies en ligne Amazon, Archambault, Renaud-Bray, Québec Loisirs et, en Ontario français, la librairie du CFORP, de même que les systèmes de téléchargement de livres, parfois directement des éditeurs, sur les tablettes électroniques.

Journaux et magazines en papier sont également de moins en moins achetés.

Deux salons

Contrairement aux librairies québécoises, les librairies francophones à Toronto ont aussi toujours fait face au problème des ouvrages traduits de l’anglais au français, dont les Franco-Ontariens n’ont pas besoin puisqu’ils lisent aussi bien en anglais qu’en français. Dans la plupart des grandes librairies québécoises, les traductions comptent souvent pour la moitié de l’offre et parfois davantage.

Les amateurs franco-torontois de littérature peuvent toujours trouver un grand nombre d’ouvrages dans le réseau des bibliothèques publiques, de même qu’au Salon du livre de Toronto, une foire commerciale et un festival des auteurs qui a lieu en décembre à la Bibliothèque de référence, rue Yonge au nord de Bloor.

Cette année, on trouvera même une section francophone au nouveau salon du livre anglophone Inspire! à la mi-novembre au Palais des congrès, rue Front.

Cependant, «la disparition d’une librairie est toujours un coup de massue au développement culturel d’une communauté, qu’elle soit majoritaire ou minoritaire», de commenter l’écrivain et chroniqueur torontois Paul-François Sylvestre. «Quand il s’agit de la seule librairie francophone dans une ville comme Toronto, c’est encore plus assommant. Il ne nous reste que les salons du livre et quelques succursales de la Bibliothèque publique de Toronto pour étancher notre soif littéraire. C’est trop peu.»

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