Écrivains d’ici et d’ailleurs: mêmes défis

21e Salon du livre de Toronto

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Qu’ils soient Franco-Ontariens de souche ou immigrés d’Afrique, les écrivains francophones de la province font face aux mêmes défis: écrire tout en travaillant pour subvenir à leurs besoins, cogner aux portes des maisons d’édition pour les persuader de publier leur premier roman, décrocher une subvention du Conseil des arts de l’Ontario (CAO).

Et pour tous, blancs, noirs, arabes ou asiatiques, gagner un prix comme le Trillium, le Christine-Dumitriu-van-Saanen ou celui de la Ville d’Ottawa s’avère toujours un bon tremplin pour vendre le livre et pour faire publier le prochain.

C’est ce qu’on a pu constater lors d’une rencontre d’écrivains «de la diversité culturelle franco-ontarienne» organisée vendredi dans le cadre du Salon du livre de Toronto sous l’égide du CAO.

Nouveaux thèmes

Jean Fahmy, qui animait cette discussion à la salle Beaton de la Bibliothèque de référence de Toronto, indique que la principale différence entre les écrivains d’ici et ceux d’ailleurs serait surtout apparente dans les thèmes de leurs écrits: l’identité (francophone) et l’espace (le territoire ontarien) pour les auteurs de «souche», l’expérience de l’immigration et des lieux plus exotiques pour ceux «de la diversité».

Musulmans en Ontario

Encore y a-t-il des exceptions: Monia Mazigh a d’abord écrit sur une expérience douloureuse très «canadienne»: son combat pour faire libérer son mari Maher Arar de Syrie, où l’avaient envoyé des agents américains avec la bénédiction de nos services de sécurité. Son prochain ouvrage sera un roman… sur une femme musulmane en Ontario.

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Parmi les panellistes, qui comprenaient aussi Aristote Kavungu, Melchior Mbonipa et Angèle Bassolé, Monia Mazigh est celle qui a le plus insisté sur l’importance de trouver du support moral et du mentorat pour encaisser les échecs et finir par s’y retrouver dans les méandres du monde de l’édition.

À ce sujet, Aristote Kavungu, qui compte publier bientôt un troisième et un quatrième romans, a dit avoir beaucoup profité d’un stage avec Jeannette Bertrand.

Autonomie financière

C’est toutefois son histoire d’une autre de ses rencontres qui a frappé les imaginations: une femme dont M. Kavungu n’a pas révélé le nom, croisée dans un événement littéraire, lui a offert un chèque de 10 000 $ pour qu’il puisse écrire sans penser à ses difficultés financières. Il a refusé, trouvant la démarche trop bizarre et étrangère à son code moral. La femme est décédée deux jours plus tard.

D’autres collègues auraient sans doute accepté, estimant que les subventions du CAO et d’autres agences sont souvent une planche de salut pour un écrivain.

Seul Melchior Mbonipa, professeur à l’Université laurentienne à Sudbury, ne demande jamais de subventions afin qu’elles profitent à d’autres qui en ont plus besoin que lui.

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Francophonie invisible?

Par ailleurs, M. Mbonipa attribue à sa rencontre fortuite avec le poète Robert Dickson la publication de ses romans chez Prise de Parole, à Sudbury. «J’habitais Sudbury depuis 10 ans, mais je ne connaissais pas Prise de Parole: je soumettais mes écrits à d’autres maisons d’édition, qui les refusaient.»

M. Mbonipa se dit heureux d’appartenir maintenant à deux groupes considérés comme «lunatiques»: les profs d’université et les romanciers.

Angèle Bassolé a indiqué que c’est le Canada qui l’a vu naître comme écrivaine, ce qui est aussi le cas des autres panellistes de cet atelier.

Dans un pays où l’on se trouve en «compétition» avec des milliers d’écrivains, en plus des vedettes de télé ou autres chefs cuisiniers qui écrivent, Jean Fahmy conseille surtout aux auteurs «persévérer» – un conseil qui, encore là, s’applique autant aux auteurs «de la diversité» qu’aux auteurs «de souche».

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