Destituez Rob Ford

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Il est normal, en démocratie, qu’il soit difficile de destituer un maire ou un député élu directement par la population.

Des accusations criminelles justifient au minimum une suspension temporaire, qui devient permanente après une condamnation par un tribunal.

Généralement, il suffit qu’on apprenne qu’un politicien soit visé par une enquête, ou même que plusieurs voix s’élèvent pour en réclamer une, pour que le suspect démissionne, pour le bien de sa ville ou de sa circonscription. En effet, de telles affaires accaparent indûment les énergies de l’élu et des citoyens.

Il arrive que des allégations ou des rumeurs soient rapidement démenties, ou que le principal intéressé réussisse à persuader ses collègues ou ses électeurs de continuer de lui faire confiance. Le candidat et la démocratie elle-même peuvent en sortir grandis.

Aucune loi, cependant, ne couvre les manquements à la moralité, tant il allait de soi qu’un politicien dont on exposait la turpitude ne pouvait que démissionner et disparaître. Le maire de Toronto, Rob Ford, nous force à innover dans ce domaine.

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Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, a quitté son poste quand la Commission Charbonneau a exposé le système de collusion qui paraissait régner entre un cartel d’entrepreneurs en construction, la mafia, des hauts fonctionnaires de la ville et des organisateurs politiques. À ce jour, M. Tremblay affirme n’avoir été au courant de rien (le pire, c’est que c’est possible) et aucune accusation n’a été portée contre lui.

Son successeur Michael Applebaum a immédiatement démissionné quand la police l’a arrêté en rapport à une transaction immobilière dans son arrondissement. Il continue de proclamer son innocence.

Le maire de Laval, Gilles Vaillancourt, accusé entre autres de «gangstérisme» et d’avoir dirigé personnellement un système de ristournes auquel participait tous les élus de son parti au Conseil de ville, a lâché prise avant que la province n’intervienne.

Car les municipalités, et par ricochet leurs élus, sont des créatures du gouvernement provincial, lui-même mandaté par l’Assemblée législative (en théorie par la Couronne).

La province a le pouvoir de mettre une ville en tutelle. Ici, comme le lui demandent certains conseillers municipaux et un grand nombre de Torontois, elle pourrait destituer le maire et demander au Conseil de Ville d’en choisir un autre pour compléter l’année qui reste avant les élections d’octobre 2014.

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Ce sont des mesures exceptionnelles, mais qui sont justifiées par la conduite indigne du maire Rob Ford depuis plusieurs mois: multiples apparitions en public en état d’ébriété; propos grossiers au micro de sa chronique radiophonique (heureusement terminée) et à l’endroit de collègues, de journalistes et de simples citoyens; mensonges et refus de répondre à des questions légitimes; fréquentation de criminels notoires et aveu d’activités illégales; absentéisme et travail de plus en plus inefficace à l’Hôtel de Ville…

La première ministre libérale Kathleen Wynne, à la tête d’un gouvernement minoritaire, fait preuve jusqu’ici d’une extrême prudence. Elle chercherait sans doute à obtenir l’appui des partis d’opposition avant de s’attaquer de front au maire de Toronto.

Cette unanimité est souhaitable. Ce sont d’ailleurs les Progressistes-Conservateurs de Tim Hudak – les Conservateurs fédéraux de Stephen Harper aussi – qui ont le plus grand intérêt à se débarrasser de Rob Ford. Tant qu’on permet à ce maire moralement corrompu de continuer de sévir à l’Hôtel de Ville de Toronto, les partis conservateurs risquent de pâtir de ses prochaines frasques ou des prochaines révélations des médias ou de la police.

Les deux principales candidates à l’élection fédérale partielle de Toronto-Centre constatent avec désarroi que les tribulations du maire Ford suscitent bien plus de questions et de commentaires, chez les électeurs qu’elles rencontrent, que tout autre enjeu national.

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Ironiquement, l’actuelle première ministre de l’Ontario (comme d’ailleurs Pauline Marois au Québec) serait plus «facile» à congédier, au moyen d’un vote de confiance à l’Assemblée législative, que Rob Ford, qui a été élu directement par les Torontois et non par ses collègues du Conseil municipal.

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Stephen Harper est majoritaire à Ottawa, mais il n’est pas à l’abri, lui non plus, d’une révolte de ses députés, inquiets pour leur réélection suite à un scandale ou même seulement à la détérioration de son image. En Angleterre comme en Australie, des premiers ministres ont perdu leur poste suite à de telles machinations parfaitement démocratiques.

L’ancien chef libéral Michael Ignatieff, dans son plus récent ouvrage, reconnaît aujourd’hui qu’il aurait dû se liguer avec les Néo-Démocrates et les Bloquistes, en décembre 2008, pour renverser le gouvernement conservateur minoritaire. Rien ne dit que les Canadiens ne se seraient pas habitués à cette pratique européenne et n’auraient pas reporté les Libéraux au pouvoir aux élections suivantes.

Ce n’est donc pas parce qu’on est en territoire politique inconnu qu’on doit s’abstenir d’agir. On pouvait avoir raison d’élire Rob Ford en 2010, pour le «respect» des contribuables. On est justifié de le destituer en 2013, pour le «respect» de tous les citoyens.

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LES SITES INTERNET DES CANDIDATS À LA MAIRIE DE TORONTO:
Olivia Chow www.oliviachow.ca
Rob Ford www.robfordformayor.ca
David Soknacki www.soknacki2014.com
Karen Stintz www.karen2014.ca
John Tory www.johntory.ca

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