Des fonctionnaires mieux payés pour fournir moins de services?

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Publié 22/07/2011 par François Bergeron

L’administration municipale de Toronto pourrait bientôt couper 500 postes de policiers, dans le cadre de ses efforts visant à équilibrer son budget. Pourtant, il y a à peine deux mois, cette même administration a accepté d’accorder à ses 5600 policiers (et 2100 fonctionnaires civils de la police) une augmentation de salaire de 11.5 % étalée sur les quatre prochaines années. Trouvez l’erreur…

En 2009, suite à la grève des employés municipaux qui a écoeuré les Torontois, découragé le maire David Miller de se représenter, et favorisé l’année suivante l’élection d’un Rob Ford décidé à privatiser la collecte des ordures (bravo!) et à couper une foule de services publics plus ou moins utiles, les fonctionnaires ont également obtenu des augmentations de salaire. Aujourd’hui, dans le cadre des discussions visant à équilibrer le budget municipal, on parle d’éliminer le plus tôt possible environ 3000 postes.

Cela ne peut se faire que par «attrition» et sur la base de départs volontaires, puisque le contrat des syndiqués de la ville stipule qu’aucun employé permanent ne peut être remercié avant un employé saisonnier ou à temps partiel (non syndiqué). Il y a une certaine marge de manoeuvre ici, car ce ne sont pas tous les 16 000 postes temporaires qui trouveraient preneur chez les 16 000 travailleurs permanents et les 4000 cadres.

Il reste que couper dans les services aux citoyens paraît beaucoup plus facile que rationaliser la fonction publique de façon à continuer d’offrir des services décents avec moins ou d’autres fonctionnaires.

Le budget de la police de Toronto frôle le milliard de dollars (10 % du budget total de la ville). Dans la plupart des administrations publiques, les salaires et les avantages sociaux des fonctionnaires, déjà supérieurs à ceux du secteur privé, comptent pour environ la moitié des dépenses. À la police de Toronto, c’est 88 %.

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On parle donc ici d’une augmentation d’environ 20 millions $ pour chacune des quatre prochaines années: 80 millions $, alors que le maire a demandé au chef de police de réduire son prochain budget de… 80 millions $.

Dans le cas de la police, on aurait certainement pu limiter les augmentations de salaire ET éliminer quelques centaines de policiers. Contrairement aux déclarations des représentants syndicaux, selon qui une telle réduction de personnel aurait des conséquences catastrophiques sur la sécurité publique, une ville comme Toronto reste très sécuritaire avec 5000 policiers… sauf, apparemment, quand des voyous décident d’incendier un de leurs véhicules.

Les représentants des pompiers et des ambulanciers condamnent également en termes apocalyptiques les recommandations de fusion des deux services et la nécessaire rationalisation du service d’urgence 911.

Désolé, mais à force de crier au loup et de toujours bloquer les efforts (déjà peu convaincants) des gouvernements locaux, provinciaux et fédéral visant à assainir leurs finances, les divers syndicats de la fonction publique ont perdu toute crédibilité.

Il suffit de jeter un coup d’oeil sur l’actualité pour comprendre que l’endettement monstre des États occidentaux doit être résorbé avant le prochain ralentissement économique, s’ils veulent en atténuer les conséquences. En effet, la crise financière de 2008-2009 a pris au dépourvu nos gouvernements qui, au lieu de constituer des réserves, réalisaient des déficits en période de relative prospérité, les forçant à s’endetter davantage pendant cette récession.

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On retrouve au Conseil municipal de Toronto (et ailleurs), à bien plus petite échelle évidemment, un débat comparable à celui sur le plafond de la dette fédérale de 14 trillions $ qui secoue présentement le Congrès américain et la Maison Blanche: faut-il réduire le déficit en sabrant dans les dépenses publiques, en haussant les taxes ou avec une combinaison des deux?

Rappelons que le gouvernement américain collecte actuellement 3 trillions $ par année mais en dépense 4, un bilan pire que celui de la Grèce même s’il ne semble pas encore inspirer les mêmes craintes.

Particuliers, entreprises et gouvernements doivent s’adapter dès maintenant à une période de croissance minimale, rembourser leurs dettes et cesser de vivre à crédit, pour justement libérer le crédit pour les investissements réellement profitables et les projets porteurs, pas pour les dépenses courantes.

Même si plusieurs recommandations des consultants de la ville font sursauter (limiter le déneigement! éliminer les autobus de nuit!! cesser de fluoriser l’eau!!!) et que tout le monde n’a pas les mêmes priorités (la réorganisation du transport en commun à Toronto, notamment, suscite de vifs débats et de sérieuses inquiétudes), personne ne devrait contester la nécessité, pour le Conseil municipal comme pour tous nos niveaux de gouvernement, de retrouver l’équilibre budgétaire.

Auteur

  • François Bergeron

    Rédacteur en chef de l-express.ca. Plus de 40 ans d'expérience en journalisme et en édition de médias papier et web, en français et en anglais. Formation en sciences-politiques. Intéressé à toute l'actualité et aux grands enjeux modernes.

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