Démocratie hypocrite?

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Guerre en Syrie, chaos en Libye et en Somalie, attentats presque quotidiens en Irak et en Afghanistan, et maintenant coup d’État militaire en Égypte… Ça va mal dans le monde musulman.

Non pas que la chrétienté n’ait pas elle aussi son lot de problèmes: endettement périlleux, chômage des jeunes, Rob Ford…

Mais on peut continuer de planifier des vacances à Paris ou Lisbonne en «crise», alors que pour Le Caire ou Damas, on conseille vivement d’attendre que ça se calme. Même pour plusieurs pays qui ne sont pas à feu et à sang – Pakistan, Iran, Arabie Saoudite, Turquie, Liban, Tunisie, Algérie – une très grande prudence est de mise.

Les réactions sont partagées face à la (re)prise du pouvoir par les militaires en Égypte la semaine dernière, à la faveur d’une contestation grandissante du président islamiste Mohammed Morsi, qui avait pourtant remporté des élections libres – les premières dans ce pays – il y a à peine un an.

La démocratie serait une importation occidentale hypocrite: les Égyptiens ne votent pas du «bon bord», donc on recommence…

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On a vu ça aussi en Palestine, où l’élection indéniable du Hamas radical à Gaza (le Fatah plus modéré a gagné en Cisjordanie) a entraîné une vague de représailles d’Israël et de ses alliés. Le Hezbollah, sur la liste noire des pays occidentaux, jouit aussi d’un appui populaire important au Liban.

En Irak, après le renversement de Saddam Hussein qui était issu de la minorité sunnite, les élections démocratiques ont naturellement porté au pouvoir les représentants de la majorité chiite traditionaliste, proche de l’Iran.

En Syrie, où c’est le président Assad qui est soutenu par l’Iran (et par la Russie), les rebelles paraissent provenir surtout de milices islamistes sunnites qui ne promettent pas que des lendemains qui chantent.

On oublie qu’en démocratie, on a les gouvernements qu’on mérite. L’alternative est pire, comme disait Churchill, mais c’est parfois difficile à croire. La dictature d’une minorité éclairée paraît parfois – temporairement – préférable à une administration représentative incompétente. Le Chili, qui déclinait sous Allende, a prospéré sous Pinochet.

Mais ça ne peut pas durer. Le renversement par les militaires d’un gouvernement élu ne peut servir qu’à paver la voie à un nouveau (meilleur) gouvernement élu. C’est ce que promet la junte égyptienne. On verra bien, mais ça commence mal: la police tirent sur les manifestants, les médias sont bâillonnés.

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En Égypte – le plus gros pays arabe avec bientôt 90 millions d’habitants – on a moins affaire à des rivalités interreligieuses (quoi qu’en disent les coptes) qu’à une querelle d’anciens et de modernes, doublée de tiraillements traditionnels sur le prix du pain et les perspectives d’emploi des jeunes.

La présidence et le parlement, dominés par les Frères musulmans, avaient commencé à gouverner avec toute la compétence et la générosité dont sont capables des religieux rétrogrades.

Or, les milliers de jeunes qui avaient défié le régime Moubarak à la place Tahrir – comme sans doute les jeunes Tunisiens qui avaient inauguré ce Printemps arabe à la fin de 2010 – ont toutes les raisons d’être déçus de la tournure des événements, qui vient directement du résultat des élections.

Les Frères musulmans étaient mieux organisés, se plaignent-ils. Il n’y a pas 36 solutions pour les libéraux: organisez-vous aussi.

Chez nous, si on n’aime pas Stephen Harper ou Kathleen Wynne, on attend le prochain scrutin. On a l’habitude de l’alternance entre la droite et la gauche – jamais très loin du centre de toute façon – et, sauf pour quelques casseurs Black Bloc ou Occupy, on y croit.

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Cette habitude vient avec la pratique. En Égypte et dans plusieurs pays, apparemment, la pratique de la démocratie est encore trop récente.

Mohammed Morsi – pourtant l’un des plus modérés des islamistes – a été victime de la géo-stratégie américano-israélienne, qui décide un jour qu’on envahit l’Irak, le lendemain qu’on serre la vis à l’Iran, le surlendemain qu’on arme les rebelles syriens.

Ici, les militaires associés à l’ancien régime égyptien de Sadat et Moubarak, directement soutenus et armés par Washington, ont décidé de reprendre le contrôle des événements, en attendant que la «démocratie» soit remise sur des rails orientés dans la bonne direction…

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À lire aussi: d’autres reportages et éditoriaux sur le coup d’État en Égypte.

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