Ce n’est pas un pays, ce n’est pas l’hiver non plus

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C’est vraisemblablement au début de septembre que les Québécois iront aux urnes.

Le Parti libéral de Jean Charest a déjà choisi ses 125 candidats, qui sont passés chez le coiffeur et le photographe. Une véritable manne de nouvelles dépenses publiques tombe sur les régions. Plusieurs ministres – dont quelques grosses pointures comme Michelle Courchesne – ne se représentent pas, soit pour passer le flambeau à d’autres dans l’ordre naturel des choses, soit parce qu’ils sont certains d’être battus dans leur circonscription, soit par écoeurement face à la dégradation du débat politique depuis plusieurs mois.

Car le «printemps érable», avec ses carrés rouges et ses casseroles, ses «grèves» étudiantes improductives et son grabuge nihiliste, ne passera pas à l’histoire comme le soulèvement héroïque d’un peuple opprimé.

Récemment, une porte-parole de la CLASSE (Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante, qui veut imposer son mode de fonctionnement, la «démocratie directe», à l’ensemble de la société), a déclaré que son groupe, à l’origine des plus grandes manifestations des derniers mois à Montréal et ailleurs au Québec, n’allait pas nécessairement «reconnaître» le résultat des prochaines élections. «On verra», a-t-elle dit… comme si on était en Égypte, où l’armée contrôle encore la constitution, au Vénézuéla, où les médias d’opposition sont persécutés, ou peut-être en Corée du Nord, une dictature hermétique.

La chef du Parti québécois, Pauline Marois, devrait condamner de tels écarts de langage. Dans quelques mois, c’est peut-être elle qui fera face à ces pseudoRobespierre qui douteront de sa légitimité et qui se prétendront les vrais représentants de la jeunesse québécoise, sinon du mythique «99%» de la population.

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Les sondages semblent confirmer que le PQ est favorisé par le contexte général de mécontentement face à un gouvernement libéral usé, discrédité par sa gestion désastreuse de la crise étudiante – même si une majorité de Québécois partage la position du gouvernement – et, avant ça, par les scandales de corruption dans l’attribution des contrats d’infrastructures publiques, de gaspillage et d’endettement, et par l’abandon un peu trop rapide du grand projet de «réingénierie de l’État».

La nouvelle Coalition Avenir Québec, qui ralliait des majorités surréalistes dans les sondages quand elle n’existait pas, ne parvient pas à s’imposer comme une alternative crédible chez les francophones maintenant qu’elle a publié son programme, avalé l’ADQ et commencé à aligner ses candidats.

C’était censé représenter une droite nationaliste moderne qui aurait vidé le PQ de ses modérés et repoussé le PLQ dans ses derniers bastions anglophones. Mais pour réaliser un tel exploit, ça prendrait un chef charismatique; ce que François Legault, apparemment, n’est pas.

Mais qui sait ce qui peut se passer pendant une campagne électorale? Le volatile électorat québécois nous réserve (et se réserve) souvent des surprises, comme on l’a vu avec la vague orange du 2 mai 2011.

Le Québec a soif de changement, de progrès et d’intégrité. Jean Charest aura beau jouer la carte de la paix sociale et démoniser le carré rouge qu’a porté Pauline Marois à l’Assemblée nationale, on lui répondra: quelle paix sociale? Et surtout: comment se fait-il, après 9 ans au pouvoir, que ce soit là votre meilleur argument?

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Le premier ministre fera aussi valoir son plan de développement du Nord de la province. Mais que le PLQ fasse la promotion du développement des ressources naturelles n’est pas nouveau et ne frappe plus les imaginations. De plus, les Québécois ne semblent pas pâmés par le Plan Nord, dénoncés (injustement) dans certains milieux comme une invitation aux minières étrangères à venir piller le sous-sol du pays.

Les cégépiens et universitaires qui ont torpillé leur session d’hiver (le tiers de tous les étudiants) doivent la compléter au mois d’août, avant le début de la nouvelle session d’automne. C’est à ce moment que la loi spéciale encadrant les manifestations et interdisant l’obstruction des campus s’appliquera. Des affrontements violents profiteraient-ils aux Libéraux?

La CAQ prône elle aussi une hausse des frais de scolarité et a voté avec les Libéraux pour la loi spéciale temporaire (1 an) qui, contrairement à ce qu’on croierait si on ne lit que Le Devoir ou les pancartes des manifestants, est appréciée des commentateurs qui ont pris la peine de l’examiner, des juges à qui elle a été soumise, et probablement de la majorité de la population qui ne croit pas qu’empêcher les étudiants d’étudier constitue une liberté fondamentale.

(Seule note discordante: la Commission québécoise des droits de la personne, qui a déclaré que la loi spéciale brimait la Charte, et qui a confirmé ici son statut de tribunal bidon, que personne, malheureusement, n’ose abolir).

La CAQ serait bien placée pour profiter d’une éventuelle désintégration du vote libéral au cours d’une campagne qui exposerait tous les défauts du gouvernement. Mais ce ne serait sans doute pas suffisant pour dépasser le PQ, encore mieux placé pour profiter de la grogne générale et incarner un changement salutaire.

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