Bush n’est pas encore battu

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Depuis la fin de l’été, l’écart se creusait entre George W. Bush et John Kerry dans les sondages d’intentions de vote.

L’occupation de l’Irak va de plus en plus mal. La «guerre au terrorisme» n’a réussi qu’à stimuler le recrutement de combattants ennemis. L’économie américaine est ralentie par l’ampleur des déficits. La constitution et les libertés sont malmenées au nom de la sécurité. Le président des États-Unis ne peut plus prétendre au titre de «leader du monde libre». Washington a perdu beaucoup de crédibilité et inspire davantage la crainte que le respect.

L’écart aurait donc dû se creuser au profit de Kerry, mais non: jusqu’au premier débat télévisé des deux candidats, où Kerry est apparu présidentiel et articulé face à Bush obtus et grincheux, la moitié des Américains souhaitaient encore la réélection du président, contre moins de 45% et parfois seulement 40% qui se disaient prêts à voter pour le candidat Démocrate.

Le débat télévisé a remis la campagne de Kerry sur les rails, mais son élection est encore loin d’être assurée. Surtout que, contrairement à ce que prédisaient plusieurs commentateurs, le second débat sur les politiques économiques et sociales n’a pas permis à Kerry de porter le coup fatal: les Américains jugent plus sévèrement un candidat qui menace d’augmenter leurs taxes et de gonfler la bureaucratie qu’un président qui s’est mal conduit sur la scène internationale.

Déceptio

On peut expliquer le résultat de l’élection de 2000 comme une erreur ou une aberration. Ou une cruelle déception, puisque les Républicains prônaient alors le désengagement des États-Unis de plusieurs conflits, notamment au Moyen-Orient!

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On peut soutenir que la politique étrangère américaine, malgré la première guerre du Golfe et le soutien aveugle à Israël, ne justifiait pas les attentats du 11 septembre 2001. Mais comment interprèterait-on une victoire électorale de l’équipe actuelle après le fiasco irakien?

Comment une telle décision, consciente cette fois, n’exacerberait-elle pas le désespoir des peuples opprimés, n’entraînerait-elle pas les reculs les plus dramatiques de la démocratie et du libéralisme, ne légitimeraitelle pas les pires représailles contre les Américains?

Bush aurait dû traîner de l’arrière dans les sondages depuis plusieurs mois déjà. Ce n’est pas le cas, et le blâme incombe en grande partie à Kerry et au Parti Démocrate. Comme la totalité des Républicains et la majorité des Démocrates au Congrès, Kerry a voté en octobre 2002 pour l’invasion de l’Irak, sachant déjà comme tout le monde que le régime de Saddam Hussein ne représentait plus aucun danger et n’avait aucune responsabilité dans les attentats attribués à al-Qaïda.

Comme tout le monde… sauf comme la majorité des Américains «ordinaires» ciblés par l’efficace désinformation de la Maison-Blanche. Des adversaires politiques plus courageux auraient choisi de contrer cette propagande.

Pas d’alternativ

Plus tard, Kerry a voté contre les milliards de dollars supplémentaires demandés par l’administration, alors qu’il promet aujourd’hui de dépenser encore davantage pour «gagner» la guerre en Irak!

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Cet été encore, Kerry affirmait qu’il ne regrettait pas avoir voté pour l’invasion, expliquant que le président était surtout coupable de ne pas avoir su embarquer les alliés européens et canadiens dans cette aventure, de ne pas avoir épuisé tous les recours avant d’entrer en guerre, ou d’avoir sous-évalué les coûts de l’opération pour les États-Unis.

Il n’a radicalisé son discours que tout récemment, critiquant désormais les «erreurs» (pas encore les «mensonges») de la politique étrangère de Bush… à laquelle il n’oppose aucune alternative: pas de plan de sortie d’Irak, pas de pression sur Israël, pas de fermeture de la prison de Guantanamo, juste une vague promesse de consulter les alliés…

Or, ces alliés – le Canada, la France, l’Allemagne, la Russie, même la Grande-Bretagne – ne se bousculeront pas pour envoyer des renforts en Irak sans que des mesures soient d’abord prises pour régler le conflit israélo-palestinien, source de la colère des Arabes et des Musulmans, et l’un des plus puissants arguments de recrutement des terroristes dans le monde entier.

Sur Israël, la position de Kerry est identique à celle de Bush. Kerry promet d’ailleurs de consacrer encore plus de ressources que Bush à la «sécurité» du territoire américain et à la «vraie» guerre au terrorisme, notamment à la recherche d’Oussama ben Laden. (Si cet argument s’avérait efficace, la Maison Blanche pourrait alors décider de «capturer» ben Laden dix jours avant le scrutin. Pas besoin d’être paranoïaque pour imaginer que les services secrets américains savent peut-être exactement où se cache ben Laden, s’il ne l’ont pas déjà neutralisé, mais que pour l’instant un tel ennemi mythique soit jugé plus utile au large…)

Pari risqu?

Kerry n’a peut-être pas aidé sa cause en vantant ses prouesses (?) au Viet-Nam plutôt que son militantisme, mieux documenté, pour mettre fin à cette guerre au début des années 70. Il fait le pari, risqué, qu’il peut rassurer les «patriotes» inconditionnels (électeurs naturels de Bush) sans démobiliser les pacifistes (dont le vote lui est acquis).

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Or, il y a deux façons de faire de la politique. On peut s’efforcer de convaincre une majorité des électeurs de la valeur d’idées et de projets qui ne sont pas toujours populaires. Ou on peut improviser un programme qui tente de répondre aux besoins immédiats du plus grand nombre d’électeurs.

Dans le premier cas (rare), le candidat ne doit pas avoir peur de la controverse et doit être en mesure de défendre ses prises de position quelle que soit la conjoncture, au risque de passer un bout de temps dans l’opposition, dans le but d’éduquer et, éventuellement, de faire évoluer l’opinion publique.

Dans le second cas, les sondages dictent au candidat ses prises de position et ses priorités. Il doit tout de même tâcher d’en réconcilier les contradictions et minimiser les incohérences. Et il doit être prêt à modifier son programme pour s’adapter à un changement important de l’opinion publique, au risque d’avoir l’air d’une girouette.

C’est ce qui arrive à Kerry, qui pourrait devenir un excellent gestionnaire mais ne retirerait aucune gloire d’avoir surfé sur les courants dominants. Entre un suiveux vertueux et un leader tordu, les Américains pourraient choisir le leader.

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