Bonheur et bénévolat

À la recherche du temps perdu?

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Les journaux et magazines sont nombreux à consacrer des rubriques entières à la quête du bonheur, cette recherche, souvent élusive, de l’instant parfait où l’on est en harmonie avec soi-même et son prochain. De nombreuses études indiquent qu’on se sent plus heureux à donner de son temps et de son argent aux autres. La quête du bonheur passerait donc… par le bénévolat?

En ce temps des Fêtes, il est vrai que les occasions de tendre la main ne manquent pas.

Être bénévole, c’est peut-être faire ce don de soi, formidable, aux yeux de vos amis, mais, sur le terrain, la réalité est toute autre. Et la gratification n’est pas aussi immédiate qu’on peut le penser.

J’ai enfilé mon tablier de bénévole à plusieurs reprises cette année pour découvrir que le gain apparaissait quelque part, entre les lignes, de façon moins nette et tracée.

Mon travail de bénévole à la Mission St. John, un organisme à but non-lucratif aux coins des rues Queen et Broadview, consiste à servir des repas aux plus démunis et à laver les assiettes en cuisine. Les couverts défilent – plus d’une centaine certains jours – et j’ai du mal à suivre le rythme, surtout les premières fois.

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Alors, on fait du mieux qu’on peut. Il faut parfois ruser, déjouer les tours des clients qui essaient d’enfreindre les règles, faire attention à ce qu’on dit ou fait. Les gens sont fragiles, parce qu’ils n’ont pas eu une vie facile, et un rien peut parfois déclencher un accrochage.

Ancien combattant

Les sourires se croisent, les discussions se font et se défont. Les clients reviennent et on apprend à les connaître peu à peu.

Bill est un ancien combattant qui vous regarde avec de grands yeux clairs, mais ne vous reconnaît pas tout le temps. Il a traversé les périples de la Seconde Guerre mondiale, le Vietnam, et en parle avec la mémoire de celui qui a beaucoup vécu.

L’apprentissage se fait aussi en cuisine, avec les autres bénévoles. Le Père Roberto, un prêtre orthodoxe-chrétien, chapeaute la Mission St.John (voir L’Express du 28 octobre: La thérapie par le pain). Sa vision du bénévolat, il l’a voulu inclusive, à son image.

Certaines matinées, la salle à manger où se préparent les repas est plus animée.  Un travesti avec des cheveux roux en bataille se prend pour une nonne macédonienne. Il enfile son tablier de bénévole et entame des chansons dans une langue inconnue.

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Je ne sais pas comment réagir, alors mon attention se porte sur l’épluchage de carottes. Une retraitée aux cheveux poivre et sel me sourit en coupant des légumes en petits dés.  

C’est de ce chaos désorganisé et organique que naît la vie. Une vie différente de la vie codifiée du centre-ville, avec ses passants en costume cravate qui se pressent dans les hautes tours de bureau.

Compassion

Un jour, Maria Nador passait le long de la rue Broadview  quand elle a vu le mot «compassion» écrit sur la porte d’entrée de la mission. Attirée par cette promesse, elle a décidé de franchir le pas.  

Cette grande brune de 50 ans explique d’une voix déterminée qu’elle est bénévole  depuis plus d’un an. Il y a certes des difficultés, mais aussi des moments de grâce, des clients qui s’en sortent ou,encore, ceux qui s’endorment d’un sommeil paisible le matin contre un radiateur, le chat de la mission blotti contre eux.  

Chaque bénévole est alors, à sa façon, fier de leur offrir un moment de répit, même provisoire.

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J’ai longtemps cherché une cause: les animaux maltraités, distribuer des sandwichs aux jeunes sans-abri dans la rue, à bord d’une camionnette. Avec la mission, je peux dire que j’ai trouvé un sens, même si je ne m’en suis pas aperçu tout de suite.  

Sans trop savoir pourquoi, j’aime le Père Roberto. Avec son approche de la spiritualité, aérienne et éthérée, à chaque fois qu’il traverse à grands pas la salle à manger, j’ai l’impression qu’il plane au-dessus du commun des mortels, la tête dans les cieux, sa longue robe de prêtre et ses souliers de pèlerin balayant le sol. Il a fondé une boulangerie, une soupe pour sans-abri, une friperie et rêve à plus.

Harmonie

À la fin de mon quart de travail, je n’ai pas résolu les problèmes du monde industrialisé et les sans-abri dorment toujours aux coins des rues de la ville, emmitouflés dans leurs duvets. J’ai relâché mes cheveux qui sentaient les plats de la mission, mis un bonnet pour sortir prendre le tramway.

C’était l’une des premières neiges de novembre et je me suis sentie bien. Pas parce que j’avais gratuitement donné de mon temps, mais parce qu’à ce moment précis, j’ai eu ma place dans une communauté, celle de Maria, de Bill, de la religieuse macédonienne.

Dans le lent bercement du tramway qui me ramenait dans l’Ouest, je me suis sentie chez moi, en harmonie avec ma ville d’adoption.

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Marta Dolecki est recherchiste à la radio de Radio-Canada.

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