Beit Zatoun, espace de vie

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Dans le Village Mirvish, à l’ouest de Bathurst et à quelques pas du Bloor Hot Docs Cinema, juste devant l’une des façades du fameux Honest Ed’s, se dresse au 612 Markham, une très jolie bastide ayant pour nom Beit Zatoun, la maison de l’olive…

Le fruit que donne l’olivier, cet arbre millénaire, est un symbole de vie, de sagesse et de paix, rappelle Robert Massoud, le fondateur de Beit Zatoun, pour qui l’olivier et son histoire se confondent avec celle des peuples et des grandes civilisations méditerranéennes.

«L’olivier est indestructible, capable de survivre à la sécheresse ou à un climat très aride, de renaître du feu ou du gel, de vivre des siècles, résistant comme la vie elle-même, on l’appelle d’ailleurs l’arbre de vie… il faut un bulldozer pour le tuer», précise-t-il en entrevue à L’Express.

Beit Zatoun est à l’image de cet arbre: un centre ayant pour racine la culture de la paix, de la justice sociale, de l’engagement et de la solidarité. Un lieu de rencontres et de découvertes où artistes et citoyens s’enrichissent mutuellement. Un espace où s’invitent littérature, projections de films, conférences, débats, expositions et arts de la scène dans un esprit de totale convivialité.

Mais pour comprendre Beit Zatoun, il faut un peu revenir en arrière et retourner à l’histoire.

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Huile d’olive équitable

Né à Jérusalem de parents palestiniens qui ont immigré à Montréal au début des années’60, Robert Massoud a grandi et étudié à Montréal, avant de compléter ses études à l’Université de Toronto. Il a longtemps travaillé en marketing avant de créer, sur le web Zatoun.com, un organisme à but non lucratif offrant aux internautes une huile d’olive organique de grande qualité provenant des terres de la Palestine. Chaque bouteille vendue, permettant ainsi aux agriculteurs de mieux vivre de leur terre.

L’huile d’olive de la Palestine constitue en effet à elle seule 17% du PIB, et représente une très importante source de revenus, pour près de 75 000 agriculteurs (25% de la population). C’est la colonne vertébrale de l’économie palestinienne. Il est donc essentiel de préserver cet arbre, qui représente pour le Palestinien, son histoire, son travail, ses racines et sa raison de vivre.

Toutefois, la construction par Israël d’un mur entre ses territoires et ceux de la Palestine, à partir de 2002, a déjà décimé 240 000 oliviers et d’ici cinq ans, lorsque le mur sera complété, 2 autres millions seront inaccessibles aux Palestiniens.

«Ce mur», explique Robert Massoud, «annexe des territoires à l’intérieur de la Ligne verte dessinée en 1967, sépare des villes palestiniennes, fragmente la géographie en enclaves isolées, en ghettos, empêchant la circulation libre de denrées et d’échanges commerciaux, ce qui entraîne misère et pauvreté.»

550 000 Palestiniens sont touchés et désavantagés par ce mur. «Il était donc urgent pour moi de créer Zatoun.com, pour améliorer le revenu des oléiculteurs en soutenant un marché d’exportation internationale.»

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Selon Robert Massoud, les efforts de plusieurs ONG, avec l’aide de l’Association palestinienne du commerce équitable, ont permis depuis 2004 aux fermiers palestiniens de vivre de leur terre. 930 agriculteurs ont franchi le pas et obtenu la certification bio et équitable, alors que 140 autres sont en pleine conversion de leurs terres, un processus qui prend de deux à trois ans.

Le succès de Zatoun.com a permis à son fondateur de créer en 2010 une deuxième branche appelée Beit Zatoun (la maison sur la rue Markham), et de donner force au caractère philanthropique et humanitaire de son organisme.

«Depuis 2005, raconte le philanthrope, Beit Zatoun a investi 200 000 $ (20 000 $ par an) afin que des oliviers soient plantés sur les sols palestiniens, pour assurer un soutien et une aide durable aux familles palestiniennes qui ont perdu leur terre et vu leurs oliviers détruits par les bulldozers.

Vocation humanitaire

Beit Zatoun appuie également le Projet Hope, une ONG canadienne créée en 2003 au moment d’une crise humanitaire en Palestine. «Elle offre aux enfants et aux jeunes Palestiniens – coupés de leurs droits fondamentaux à l’éducation, la santé et la sécurité – des programmes éducatifs couvrant les langues, les arts, la technologie et les sports afin qu’ils se construisent un avenir et accèdent à l’autonomie.»

Beit Zatoun, c’est aussi une plateforme qui soutient et encourage les initiatives à vocation humanitaire, de bienfaisance, de prévention éducative, sociale, culturelle ou environnementale provenant des diverses communautés culturelles de Toronto, qui cherchent à propager le respect des droits de l’homme, l’équité, la justice sociale, les valeurs de fraternité, de solidarité. Jusqu’ici la maison de l’olive a offert 800 évènements destinés à nous divertir, nous enrichir et nous informer sur les problématiques que vivent les peuples du monde.

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Ce sont des activités uniques, offertes à un prix très abordable (donation de 5$). Ainsi, ce jeudi 21 mai, à 19 heures, on retrouvera à Beit Zatoun, le journaliste d’enquête Andrew Mitrovica (CBC/Fifth Estate, CTV’s W5, CTV National News, The Walrus) qui explorera comment la guerre de Gaza de l’été 2014 a été couverte par des journalistes canadiens.

Mardi le 26 mai de 18h30 à 21h30, c’est l’événement mensuel Shab-e She’r, une soirée favorisant le dialogue poétique en réunissant les voix les plus diverses et distinctes, d’ici et d’ailleurs. En vedette ce soir-là, les poètes et musiciens torontois: Dagmar Morgan, et Osaze Dolabaille.

D’autres activités enrichissantes ont lieu tout au cours du mois et de l’année… et lorsque vous y serez, arrêtez-vous devant la toute petite boutique à l’entrée. Vous y trouverez de l’huile d’olive bio de la Palestine, du zahtar, un mélange d’herbes du Moyen-Orient (utilisé surtout pour tremper le pain pita avec de l’huile d’olive), du savon à l’huile d’olive, mais aussi le Keffieh noir et blanc classique (coiffe faite de tissu en coton) symbole des palestiniens, ainsi que de l’artisanat provenant de Gaza (sacs à main, étuis à lunettes, signets) et les livres sur la politique étrangère, l’histoire, la société civile de la Palestine, des calendriers, des livres de recettes, des DVD (documentaires) et des CD.

Dans moins de deux ans, en janvier 2017, Beit Zatoun devra se relocaliser puisqu’une partie du Village Mirvish, incluant Honest Ed’s – dorénavant propriété du développeur vancouverois Westbank Projects – sera détruite, emportant du même coup quelques commerces de la rue Markham situés au coin de Bloor, parmi eux, la maison de l’olive.

Mais Robert Massoud ne baisse pas les bras. Il est à la recherche d’un nouveau lieu et promet d’être encore présent dans le paysage culturel torontois avec Beit Zatoun, une maison invincible comme l’olivier!

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