Bâtir l’avenir des étudiants francophones au postsecondaire

Vers de nouveaux établissements?

Le Dr Normand Labrie. Photo: CREFO

22 janvier 2013 à 9h42

Après le rapport du commissaire aux services en français François Boileau sur l’enseignement postsecondaire dans le Centre-Sud-Ouest de l’Ontario, voilà qu’un comité d’experts en la matière vient de déposer un rapport au gouvernement l’invitant à agir au plus vite pour permettre aux étudiants de notre région de poursuivre leurs études postsecondaires en français en plus grand nombre.

Composé de Raymond Théberge, de Jean-Luc Bernard, de Gisèle Chrétien, du Dr Stacy Churchill, de Chantal Côté, du Dr Normand Labrie et de David Ip Yam, le comité a travaillé ces deux dernières années à recenser le maximum de statistiques et de témoignages sur la problématique de l’éducation postsecondaire en français dans notre région.

Et tout comme le rapport de François Boileau, celui du comité d’experts intitulé Bâtir l’avenir n’est pas reluisant.

Alors que de plus en plus de jeunes francophones ou francophiles s’inscrivent dans nos écoles, et qu’elles se multiplient à l’élémentaire et au secondaire, l’offre au niveau postsecondaire est absolument négligée.

Un constat partagé

François Boileau s’est évidemment réjoui de voir que ses conclusions sur la question, développées dans Pas d’avenir sans accès publié en juin 2012, étaient partagées par le comité d’experts.

«Ce rapport consiste en un outil indéniable de plus pour le ministère de la Formation et des Collèges et Universités afin qu’il réponde aux besoins grandissants des francophones, francophiles et nouveaux arrivants du Centre-Sud-Ouest de l’Ontario en matière d’éducation postsecondaire en français. Je félicite tous les membres du Comité d’experts pour leur excellent travail et, naturellement, je demeure attentif aux réponses que le gouvernement fournira à leurs recommandations», a affirmé le commissaire.

«Considérant le poids démographique des francophones et francophiles dans le Centre-Sud-Ouest, les programmes d’études collégiales et universitaires offerts en français dans cette région représentent un maillon important de la pérennité de la langue française et de la culture francophone en Ontario. Assurément, ces programmes devraient contribuer à générer une juste part de main-d’œuvre bilingue compétente et polyvalente reflétant les besoins actuels du gouvernement et de la société, soit un capital humain qui consiste en une force pour tout l’Ontario», a ajouté le commissaire.

Des groupes focus

Le docteur Normand Labrie, qui a participé au travail du comité nous éclaire sur le travail qu’il a effectué avec les autres membres.

«On a été réunis au ministère et on a tout de suite demandé à avoir le maximum de données. On a lancé un appel aux institutions pour qu’elles nous rendent des mémoires sur le sujet et on a organisé des groupes focus pour que les étudiants nous donnent leurs avis. Il faut offrir des services à une population qui le mérite, et une population qui connaît une forte croissance. On est dans une situation paradoxale où on prépare les étudiants à faire des études en français à l’élémentaire et au secondaire, mais il n’y a pas de postsecondaire. Pourtant ce capital humain est très important, bilingue et international», avance le Dr Normand Labrie.

Une nécessité démographique

Le Centre-Sud-Ouest pourrait abriter la moitié des francophones de l’Ontario d’ici la prochaine décennie et le temps presse pour lui offrir une éducation postsecondaire en français dit le rapport.

«La demande soutenue d’éducation en langue française n’a pas été accompagnée d’une offre de programmes postsecondaires en langue française», est-il noté.

Le combat pour donner aux jeunes francophones la possibilité d’aller au collège ou à l’université en français est mené pour enrayer le flux d’étudiants qui se dirigent vers l’anglais, ne trouvant pas leur bonheur en français.

De plus, la distance est un élément clé selon le rapport et plusieurs études. Les étudiants préfèrent étudier dans un rayon de 80 km du domicile parental. Dans le Centre-Sud-Ouest, seuls Glendon et le Collège Boréal ont une offre active assez large en français.

Si création d’université ou de collège il y a, le Dr Normand Labrie assure que l’enseignement proposé doit être «un enseignement de qualité et dans des secteurs de pointe», avec pour idée d’attirer des francophones d’ailleurs.

Critiques du Collège Boréal

Le Collège Boréal a vivement réagi au rapport Bâtir l’avenir arguant qu’il omet de mentionner la réussite du Collège dans la région.

«Le Collège Boréal regrette que l’ensemble de sa croissance, ses contributions et les résultats tangibles en matière d’éducation soient passés sous silence dans le rapport publié par le Comité d’experts sur l’éducation postsecondaire en langue française du Centre-Sud-Ouest. De fait, les solutions préconisées ne tiennent pas compte des acquis et des ressources que le Collège Boréal met à la disposition des populations francophones de ces régions», a fait savoir la direction.

Au-delà du constat que le manque d’établissements francophones au postsecondaire dans notre région nuit au développement d’une francophonie forte et engagée, le comité appuie la création d’un «secrétariat aux études postsecondaires en langue française du Centre et du Sud-Ouest de l’Ontario, qui agirait dans le cadre des priorités du gouvernement de l’Ontario tout en jouissant d’un degré d’indépendance par rapport aux instances ministérielles. Cette structure serait le noyau d’un mécanisme de consultation et assurerait la coordination des programmes de langue française pour toute la région», dit le rapport.

De la compétition

«Ça sera au secrétariat de définir les besoins des francophones. On lui laisse le soin de faire l’analyse», indique le Dr Normand Labrie, concernant la nécessité de mettre en place soit un collège soit une université soit les deux.

Le collège Boréal a également critiqué la création d’un secrétariat indépendant du ministère.

«Ce nouveau Secrétariat aux études postsecondaires en langue française du Centre-Sud-Ouest s’ajouterait à l’Unité du continuum de l’apprentissage en langue française ainsi qu’aux structures déjà existantes au sein du ministère de la Formation et des Collèges et Universités (MFCU). Ce palier représenterait une lourdeur administrative pour les établissements d’enseignement francophone et constituerait une structure supplémentaire à financer dans le contexte de compressions budgétaires recommandées par le rapport Drummond.»

Selon Normand Labrie, l’idée même de la création d’un secrétariat est qu’il soit externe au ministère.

La création d’un collège ou d’une université francophone dans le Centre-Sud-Ouest doit se faire en priorité à Toronto, conclut le rapport, ce qui n’est pas sans soulever des tensions entre les institutions existantes, qui ont peur de perdre des «étudiants-clients».

«On sait qu’il y a de la compétition entre les établissements, mais les différentes institutions font toutes partie de la solution», argumente-t-il.

La mise en place d’un ou de plusieurs établissements postsecondaires en français pourrait «commencer» en 2015 espère Normand Labrie qui assure que le gouvernement à très conscience de «l’existence d’un problème».

«La situation n’est pas satisfaisante donc il faut bouger maintenant. On prépare l’avenir.»

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