«Après 35 ans à Toronto, on commence à s’habituer»

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Conférence de François Bergeron, rédacteur en chef du journal L’Express de Toronto, le 26 février 2014 à l’Alliance française de Toronto, sous l’égide de la Société d’Histoire de Toronto.

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Quand la présidente de la Société d’Histoire, Rollande Smith, m’a téléphoné au printemps 2013 pour me proposer cette conférence en février 2014, elle m’a dit: «Ça fait longtemps que vous êtes à Toronto et à L’Express, vous devez bien avoir quelque chose à dire…»

J’avais envie de lui répondre: «Je suis déjà heureux que vous me lisiez chaque semaine». Mais finalement j’ai réalisé qu’en février 2014, ça fait exactement 35 ans que je suis établi à Toronto.

Le titre «Après 35 ans à Toronto, on commence à s’habituer», c’est une réponse que je fais souvent aux gens qui remarquent que j’ai encore un accent et qui me demande si j’aime Toronto. «I’m starting to get used to it», que je leur réponds.

Et même si ça se veut un peu smart-ass, c’est assez vrai.

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Je fais partie de ces rares francophones de Toronto qui travaillent en français, qui vivent en français à la maison et souvent même à l’extérieur avec des amis francophones. C’est ce qui fait que je n’ai pas perdu mon accent et qu’évidemment l’anglais de mes enfants nés ici est meilleur que le mien.

Cela dit, ce n’est pas une obsession chez moi, c’est simplement un fait. Je suis né à Montréal dans un milieu francophone, comme d’autres sont nés ailleurs et ont une autre langue maternelle. Il n’y a pas de quoi en être «fier» ou «malheureux», c’est simplement comme ça. Au micro de CHOQ-FM, un intervieweur m’a déjà demandé d’où me venait cette «passion» pour le français: il n’y a pas de passion ici, c’est simplement une pratique quotidienne, dans ma vie personnelle et ma vie professionnelle, qui se trouve à être rare à Toronto.

Cela fait que je peux souvent me sentir, encore aujourd’hui, après avoir passé une plus grande partie de ma vie en Ontario, autant québécois qu’ontarien. En effet, les 20 premières années de notre vie, heureusement ou malheureusement, sont souvent plus formatrices que les 20 ou 30 suivantes.

Cependant, comme tout le monde ici, je suis souvent déconnecté de la culture ou de l’actualité québécoise. Je ne comprends pas toutes les blagues au Bye Bye de Radio-Canada à la fin de l’année.

Par contre, avec des amis québécois, je suis celui qui leur explique ce qui se passe au Canada anglais.

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Et avec des amis ontariens ou canadiens-anglais de souche, je vois que, même après 35 ans ici, je ne possède pas encore toutes leurs références culturelles. Ça paraît que leurs racines ici sont plus profondes que les miennes.

Mais ce n’est pas un problème. Mes racines sont plus horizontales que verticales peut-être. C’est ça qui fait la beauté de la diversité des expériences qu’on retrouve ici.

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Donc, en février 1979, j’avais 22 ans, je débarquais à Toronto pour travailler comme journaliste à L’Express, l’hebdomadaire francophone, dont j’avais déjà vu quelques copies à la Bibliothèque de Montréal.

Je travaillais pour l’agence La Presse canadienne depuis la fin de mes études à l’Université Laval (science-po et journalisme), c’est-à-dire depuis six mois.

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J’étais venu visiter Toronto pour la première fois à l’automne et j’avais rencontré l’éditeur de L’Express, Jean Mazaré, un Roumain qui avait lancé le journal en 1976 pour remplacer un autre journal, Courrier-Sud, qui venait de faire faillite après quelques années.

Jean Mazaré était graphiste à Courrier-Sud et il s’était retrouvé avec un peu d’équipement et des tables de mise en page… Et là justement, trois ans plus tard, son journaliste principal venait de partir et il cherchait quelqu’un. Après quelques semaines de discussions au téléphone, j’ai quitté Montréal pour l’aventure torontoise.

Je me disais que j’allais travailler à Toronto deux ou trois ans avant de revenir au Québec… J’ai découvert par la suite que ça, c’est l’histoire d’un grand nombre de Québécois, venus à Toronto pour travailler ou étudier deux ou trois ans, et qui s’aperçoivent au bout de dix ou quinze ans qu’ils sont encore ici.

En tant que journaliste et, assez rapidement, rédacteur en chef de L’Express (c’était et c’est encore une petite équipe), j’ai non seulement couvert de près, mais, j’espère, souvent participé aux progrès de la francophonie torontoise et ontarienne… dont je ne connaissais au départ absolument rien, comme la très grande majorité des Québécois à l’époque et encore aujourd’hui.

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Parlons d’abord d’un choc culturel (pas si dramatique que ça, mais quand même) à la découverte de la situation et de la mentalité de minoritaire des Franco-Ontariens, qui en plus n’ont pas vraiment connu de Révolution tranquille comme les Québécois.

Déménagement d’un lieu à l’autre, mais aussi, semble-t-il, d’une époque à une autre…

(Quand je dis qu’il n’y a pas eu de Révolution tranquille ici, une Franco-Ontarienne de mes amies me corrige en disant que les Franco-Ontariens «n’ont pas eu besoin» de Révolution tranquille…)

J’arrivais d’une société francophone majoritaire, qui venait, trois ans seulement auparavant, de provoquer un choc au Canada en élisant un gouvernement séparatiste avec René Lévesque, qui était considéré comme l’Antéchrist ici.

Sans être séparatiste (la première fois que j’ai voté, en 1968, c’était pour Trudeau), je faisais quand même partie de la majorité francophone du Québec qui, en quelques années, consciemment ou non, a reconquis sa province, et qui en était assez fier.

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Quand j’étais étudiant à la fin du secondaire et au cégep, je travaillais les fins de semaine à la manutention chez Simpsons (devenu La Baie) aux Galeries d’Anjou, dans l’est de Montréal. Quand il fallait appeler au gros magasin du centre-ville, il fallait s’exprimer en anglais… Or, le 16 novembre 1976, le lendemain de la victoire électorale du PQ, au Simpson du centre-ville ça répondait en français! Ils venaient de comprendre ce qui se passait…

Donc j’arrive à Toronto un an avant le premier référendum québécois.

Je vous assure que la francophonie, les griefs des francophones au pays, What Does Quebec Want?, c’était d’actualité, et que le gouvernement fédéral, a fortiori les gouvernements des provinces comme l’Ontario, réalisaient qu’ils étaient peut-être un peu coupables de négligence de ce côté-là, et qu’ils avaient du rattrapage à faire pour calmer les francophones qui, au Québec, risquaient de voter OUI au référendum.

Déjà en 1969, Pierre-Elliot Trudeau avait fait adopter la Loi sur les langues officielles, en disant que «le Canada sera bilingue où il ne sera pas»… (c’est la citation que j’ai utilisée en une de L’Express quand Trudeau est mort en 2000) et, quelques années avant ça, la commission Laurendeau-Dunton avait parti le bal en identifiant qu’on avait un problème d’unité nationale au Canada.

Mais en Ontario, quand je suis arrivé, on commençait seulement à bilinguiser le système judiciaire pour avoir le droit à un procès en français. C’était le conservateur Bill Davis qui était premier ministre et Roy McMurtry ministre de la Justice.

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Il y avait des écoles françaises, mais pas encore de Conseils scolaires de langue française, encore moins de ministre des Affaires francophones ou de commissaire aux services en français.

Le propriétaire de la Librairie Champlain, feu Charles Arsenault, l’une des premières personnes que j’ai interviewées à Toronto pour L’Express (à qui j’ai d’ailleurs vendu de la publicité dans le journal par la même occasion), était aussi un élu local au Conseil scolaire catholique anglophone… qui achetait justement ses livres de classe chez Champlain.

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Je vois que les Centres d’Accueil Héritage organisent au mois d’avril leur gala du 35e anniversaire, et je me souviens effectivement d’avoir constaté en arrivant, en me présentant comme journaliste de L’Express ici et là, qu’il y avait une maison pour les aînés francophones, mais je ne réalisais pas à quel point c’était récent.

Surtout que, souvent, en couvrant des anniversaires, je me rendais compte qu’on n’avait pas attendu que j’arrive pour commencer à développer la francophonie ici.

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Pour m’aider à mettre de l’ordre dans mes souvenirs, j’ai consulté les archives de L’Express qui remontent au tout début (alors que dans le site web, nos archives remontent seulement à 2005. Il faudrait trouver le moyen de numériser les vieux journaux et de les ajouter aux archives).

En feuilletant le journal, j’ai vu qu’en 79, on a mentionné le 10e anniversaire de la Loi sur les langues officielles avec le titre prophétique: «Pierre angulaire ou rocher de Sisyphe?» Je connaissais la Loi sur les langues officielles, mais c’était plus dérangeant au Canada anglais qu’au Québec, et ça générait pas mal de commentaires ici, entre autres de gens qui avaient peur du «bilingual today, French tomorrow».

En 80, c’était déjà le 10e anniversaire de la Chasse Galerie, ce qui m’a fait réaliser que je n’étais pas allé là souvent (je vais vous en reparler).

En 82, la 15e saison du Théâtre du Ptit Bonheur; ce n’est pas rien.

En 84, les 15 ans des coordonnateurs provinciaux des services en français, qui avaient donc été créés en même temps que la Loi sur les langues officielles au fédéral. On n’était pas au courant de ça au Québec.

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En 85, les 10 ans du CAFO, le Conseil des affaires franco-ontariennes d’Omer Deslauriers, un comité consultatif du gouvernement qui est l’ancêtre des Offices et autres Commissariats aux services en français.

En 90, CJBC célébrait déjà ses 25 ans; cette année ce sera leur 50e!

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Une autre institution francophone assez récente à Toronto à l’époque, créé en 1976 la même année que L’Express, c’était le Centre francophone, dans la petite maison du 20 Lower Spadina, un édifice fourni par Harbourfront qui était alors une agence fédérale, donc tenue d’offrir des services en français.

Mais ce qu’on appelait le Centre francophone, dirigé par Mme Anne-Marie Couffin, c’était surtout le COFTM, Conseil des organismes francophones du Toronto métropolitain, qui rassemblait au début une quinzaine d’organismes et éventuellement une quarantaine, et qui n’a été dissous qu’une vingtaine d’années plus tard, victime de toutes sortes de chicanes internes… Mais aussi victime de son succès, puisque plusieurs organismes membres du COFTM sont devenus assez solides pour voler de leurs propres ailes, trouver leur propre financement, se représenter sur la place publique, etc.

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Et, de toute façon, le Centre francophone du COFTM est devenu lui-même une agence importante.

Ça m’a fait rire, récemment, dans une assemblée pour discuter de la renaissance du Comité français de l’Hôtel de Ville, quand quelqu’un a dit: «Ça nous prendrait un organisme parapluie pour représenter tous les organismes francophones de Toronto»…

C’était exactement ça le COFTM; il a joué son rôle dans le développement de la francophonie torontoise, mais je pense qu’on a bien fait de le dissoudre:

– d’abord parce que le COFTM avait éclipsé l’ACFO-Toronto comme lobby politique, ce qui a été une anomalie et qui a donné lieu à d’autres chicanes;

– ensuite parce que la francophonie parle plus fort, à mon avis, quand elle parle de plusieurs voix spécialisées ou expertes dans leur secteur, comme celles de l’ACFO-Toronto pour la politique, du Centre francophone pour les services sociaux, de nos deux Conseils scolaires pour l’éducation, du Théâtre français pour la scène, de l’Alliance française pour ses activités, du Club canadien, d’Oasis Centre des femmes, des Centres Héritage, de Franco-Queer, etc.

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Et bien sûr par la voix de L’Express, qui est un journal qui se permet de parler de tout, pas au nom de la francophonie – on n’est pas élu, seulement lu – mais certainement en tant que voix francophone intéressée.

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Quand je suis arrivé à Toronto en 1979, j’ai aussi trouvé une francophonie déjà assez diversifiée, mais aussi assez divisée, entre:

– des Franco-Ontariens venus du Nord et des autres régions de la province,
– des Québécois en transit, qui ne savaient pas encore qu’ils étaient là pour rester,
– des Acadiens qui se rassemblaient entre autres à la paroisse du Sacré-Coeur,
– des «Français de France» autour, entre autres, de l’Alliance française.

Et tout ce monde-là ne se parlait pas beaucoup et entretenait toutes sortes de préjugés les uns envers les autres. (Il y avait encore assez peu d’Africains, quelques Haïtiens certainement.)

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Et d’ailleurs, il y avait deux centres francophones, qui se disputaient les mêmes subventions publiques: celui du COFTM de Mme Couffin à Harbourfront, qui avait un volet culturel, mais qui développait déjà beaucoup ses services sociaux; et la Chasse-Galerie de Micheline Saint-Cyr, dans l’Annex, qui tripait surtout sur le culturel avec toutes sortes de cours et d’activités assez haute-gamme.

C’est le COFTM qui a gagné et, après quelques années – mais quand même plus de 10 ans – la Chasse-Galerie n’a pas pu continuer.

Pour la petite histoire, Micheline Saint-Cyr était l’épouse du directeur de CJBC Radio-Canada à Toronto, Jean-Raymond Saint-Cyr. Ils sont les parents, entre autres, de Renaud Saint-Cyr, qui est encore le directeur d’Alpha-Toronto, et de Chantal Hébert, la chroniqueuse de politique nationale du Toronto Star et souvent de Radio-Canada, l’une des meilleures au pays.

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Donc la francophonie était divisée, sauf que, pour L’Express, évidemment, il fallait tous les rencontrer, les faire parler, couvrir leurs activités, etc. Plusieurs servaient de point de distribution du journal, qui a eu aussi pendant plusieurs années une trentaine de boîtes distributrices dans les rues de la ville.

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L’Express a d’abord eu ses bureaux et ses équipements au sous-sol de l’Alliance française, sur la rue Charles près de Bloor et Yonge. C’était donc assez central: la Librairie Champlain était à Church et Richmond. Il y a eu une autre librairie, Garneau, sur Bay au nord de Bloor, qui a fermé en 82. Et plus tard une succursale de Renaud-Bray, en face de la bibliothèque de référence sur Yonge, qui a duré encore moins longtemps et qui a d’ailleurs fermé dans des circonstances tragiques avec le suicide d’un des gérants.

Et finalement, comme on le sait, la Librairie Champlain, qui avait été fondée en 1960 par la famille Arsenault, a fermé ses portes en 2009. C’est, à ce jour, l’événement qui a suscité le plus de réactions dans L’Express, avec raison à mon avis.

Mais dans les années 80, les autres pôles francophones étaient assez éparpillés:

– le COFTM à Harbourfront, le Centre médico-social au 22 rue Collège, qui ont fini par se fusionner pour créer le Centre francophone actuel (qui déménage bientôt au 555 Richmond ouest);

– TFO (La Chaîne) était à Eglinton et Yonge;

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– Radio-Canada a été au 100 rue Carlton, dans l’édifice qui est aujourd’hui celui du Collège français;

– Collège français, lui, qui a d’abord été un «module» francophone du Jarvis Collegiate Institute, à l’époque du CEFCUT, le Conseil des écoles françaises de la communauté urbaine de Toronto, le précurseur du Conseil scolaire Viamonde… où on retrouvait encore Mme Anne-Marie Couffin, qui a eu une deuxième carrière comme conseillère scolaire.

Car, dans tout ça, il y avait aussi depuis longtemps des écoles françaises: Sacré-Coeur, Gabrielle-Roy, Georges-Étienne Cartier, Étienne-Brûlé, et quelques autres, jusqu’à la création des 12 conseils scolaires franco-ontariens il y a 15 ans, dont Viamonde et le CSDCCS qui gèrent aujourd’hui presque une centaine d’écoles dans le centre-sud de la province, de Peterborough à Niagara et à Penetang, en passant évidemment par Toronto.

On doit d’ailleurs souligner que ce sont nos écoles françaises, aujourd’hui comme dans le passé, qui forment le noyau dur, s’il en est un, de la communauté francophone de Toronto. Les gens qui envoient leurs enfants dans une école française sont les plus «motivés»; ils reçoivent automatiquement L’Express; ils sont exposés à d’autres activités francophones dans la ville: c’est le point de départ de l’intégration à la francophonie torontoise.

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Je répète que j’ai épluché récemment les archives de L’Express. J’ai constaté que certaines choses ont beaucoup évolué… d’autres pas mal moins.

Mais d’abord j’ai été frappé, et même un peu scandalisé, par une relative médiocrité de la mise en page du journal par rapport à celle d’aujourd’hui, alors que L’Express était pourtant alors très avant-gardiste dans ce domaine-là, certainement par rapport au reste de la presse francophone hors Québec, et souvent même par rapport aux journaux anglophones de l’époque. C’est comme si le papier vieillit mal.

Du point de vue du contenu, aussi, L’Express était des années-lumière en avance sur les autres médias communautaires, en osant traiter d’autres sujets que les seules affaires francophones… justement parce que, pour nous, le français servait à discuter de tout: les arts, les sciences, ce qui se passe dans le reste du pays et dans le monde…

Rappelons que dans les années 70 et 80, c’était la guerre froide, le séparatisme québécois, le SIDA qui dominaient l’actualité, et donc qui se retrouvaient aussi dans nos pages.

J’ai dit que Bill Davis était premier ministre de l’Ontario. John Sewell était maire de Toronto. À Ottawa c’était Pierre Elliott Trudeau. À Québec c’était René Lévesque, qui est d’ailleurs venu à Toronto en mars 1979 et a fait la première page de L’Express – mon premier vrai reportage à Toronto. René Levesque avait même autographié une copie du journal et y avait inscrit quelques mots d’encouragement.

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Leonid Brejnev régnait encore sur l’URSS. Margaret Thatcher venait d’être élue en Angleterre. Ronald Reagan l’année suivante aux États-Unis. Giscard en France peu après…

Vous trouvez peut-être que c’est un peu loin des préoccupations des francophones de Toronto? Mais il n’est pas normal – et surtout ça devient plate rapidement – que la langue ne serve qu’à discuter du sort de la langue… Les journalistes (francophones ou anglophones) ne sont pas allés à l’université pour couvrir des pique-niques d’école élémentaire. Ne couvrir que les affaires francophones pour un journal francophone hors Québec, c’est la meilleure façon d’inciter les jeunes à se détourner de la francophonie! Je le répète: le français sert à discuter de tout.

Dans les archives de L’Express, on trouve des articles signés de noms qui sont très réputés aujourd’hui: Dominique Arnoldi (reporter à Radio-Canada), Jean-François Poirier (analyste sportif pendant les Jeux de Sotchi), Mylène Moisan (chroniqueuse au Soleil de Québec). Plusieurs profs à Glendon et U of T, de Pierre Karch à Alain Vercollier en passant par Pierre Léon, ont été chroniqueurs de cinéma, théâtre, livres, voyages… Suzanne Dansereau (à l’époque à La Presse canadienne et aujourd’hui au journal Les Affaires) et trois autres cinéphiles ont couru les festivals pour L’Express sous le nom de «La bande des quatre». L’historien et romancier Paul-François Sylvestre écrit régulièrement dans L’Express depuis le début des années 1980.

Nathalie Prézeau a tenu une chronique «Profession: parent» qui a mené à la publication de son guide Toronto Fun Places en 1999. Ses «Sorties de métro» ont donné un avant-goût de ses guides Toronto Urban Strolls for Girlfriends. Elle collabore encore régulièrement au journal, entre autres par une chronique «Passions: 100 façons». (OK, c’est mon épouse, mais ses articles sont excellents, je vous jure!)

Le pire, c’est que ceux qui nous disaient qu’on ne devrait couvrir que les affaires francophones, c’étaient les mêmes qui s’énervaient quand on remarquait des choses qui n’allaient pas dans la francophonie: là, on nous suggérait de ne pas «laver notre linge sale sur la place publique»… Comme quoi, dans ce métier-là, on peut rarement plaire à tout le monde en même temps.

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En passant à travers nos vieux journaux, on peut suivre une évolution assez édifiante de la francophonie torontoise et ontarienne.

Une évolution marquée de bons coups comme la multiplication des écoles françaises et des services gouvernementaux en français, et aussi les successions de FrancoFêtes, de Coups de coeur, de Francophonies en Fête et d’autres grands événements culturels, des spectacles mémorables au TfT, des Salons du livre avec des grandes vedettes.

J’avais oublié aussi à quel point ça fait longtemps qu’on discute de l’avenir du collège universitaire Glendon et d’une université franco-ontarienne.

L’Alliance française et le Centre francophone n’ont jamais cessé de se développer, malgré parfois des crises de personnalités. Mais il y a eu des défaites comme la fermeture de la librairie Champlain.

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En 90, Radio-Canada avait fermé son poste de télé à Toronto, CBLFT, pour le rouvrir plusieurs années plus tard. C’est d’ailleurs presque comique de constater qu’on déplore des coupures à Radio-Canada dans les pages du journal presque chaque année depuis le début des années 80…

Il y a eu des hauts et des bas dans le développement de certaines institutions:

– Peu de temps après que le Théâtre du P’tit Bonheur soit devenu le Théâtre français de Toronto, il a failli disparaître.
– De temps en temps aussi, la FrancoFête est en difficulté, puis ça rebondit.
– Le Comité français de l’Hôtel de Ville aussi a eu une histoire compliquée: il y a eu une belle époque de services en français à l’hôtel de ville, qui est révolue. En 1995, la Société d’Histoire a donné un prix Jean-Baptiste Rousseau bien mérité au maire Art Eggleton, qui était très francophile.
– En 35 ans, L’Express a toujours fait de 12 à 16 pages par semaine et atteint entre 20 000 et 30 000 lecteurs, même si on a maintenant autant de lecteurs sur le web (www.lexpress.to) que pour le papier, et que le modèle économique des médias d’information évolue rapidement. Prendre un abonnement à L’Express (électronique ou papier) reste la meilleure façon de commencer à vivre en français à Toronto.

On sait que la francophonie torontoise est l’une de plus mobiles au pays, les gens vont et viennent et repartent. L’immigration africaine a beaucoup influencé les organismes de services comme le Centre francophone et Oasis Centre des femmes, et en a emmené d’autres comme La Passerelle.

Ça ne s’est pas sans tiraillements ici et là, et on remarque dans la francophonie que l’immigration est soit très présente dans certaines activités, soit très absente. Mais comme les nouveaux arrivants ont des jeunes dans nos écoles, ça devrait se régler ça aussi.

Conclusion? Je ne sais pas vraiment comment conclure, puisqu’il n’y aura jamais de fin à l’histoire de la francophonie torontoise.

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