Anne Leis, l’engagement dans la peau

La participation citoyenne, essentielle à la démocratie et au progrès

Anne Leis
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Née à Strasbourg, dans l’est de la France, Anne Leis est désormais canadienne de longue date. Pleinement investie pour le pays qui l’a accueilli, elle donne énormément de son temps pour faire avancer les choses auxquelles elle croit, que ce soit dans la francophonie, l’éducation ou la santé.

«Pourquoi je me suis tant engagée pour la francophonie? Parce que si on ne s’engage pas, on ne peut pas vivre en français. Je suis une personne très engagée qui croit au développement communautaire. C’est ça la participation citoyenne.»

Isolement

Jeune, à l’Université en France, elle a particulièrement étudié le fait que les personnes en situation d’isolement ont beaucoup plus de chances de mourir jeunes. Des recherches qui ont guidé sa vie.

Après avoir déménagé avec son mari et ses quatre enfants au Canada en 1986, puis à Saskatoon en 1990, elle travaille pour le département de Santé communautaire et épidémiologique de l’Université de la Saskatchewan. Elle est aujourd’hui la directrice de ce département.

Elle se souvient de l’affaire de l’hôpital Montfort en 1997. «Le gouvernement voulait fermer cet hôpital francophone en Ontario. Il y a eu une vraie levée de boucliers. Les gens ont vivement manifesté pour pouvoir continuer à se faire soigner en français». À l’époque, les Franco-Ontariens obtiennent gain de cause par la justice.

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Davantage préoccupé par les enjeux communautaires après cette décision, le ministère fédéral de la Santé crée un comité consultatif sur la santé en français en 2001. Anne Leis y siège de ses débuts à 2007.

«Il faut que le patient fasse partie des décisions sur les soins»

 

Lors de ces années, Anne Leis participe à la création de deux organismes: le Consortium national de formation en santé (CNFS) et la Société de santé en français — qu’elle préside aujourd’hui.

Mais surtout, elle soutient la mise en place du modèle «Vers l’unité pour la santé». Ce programme de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) vise une plus grande consultation des patients dans les soins.

«Pour avoir les meilleurs soins possible, il faut que le patient fasse partie des décisions sur les soins. Les médecins font alors moins d’erreurs et un patient qui se sent écouter va s’épanouir et guérir plus facilement», affirme-t-elle.

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D’autant plus dans la francophonie. «Être dans un milieu minoritaire et ne pas pouvoir être servi en français augmente les risques de ne pas avoir des soins sécuritaires et de qualité. Nos réseaux francophones ont été structurés là-dessus.»

Éducation

La santé francophone ne fut pas la seule facette des engagements d’Anne Leis. Elle a beaucoup travaillé pour l’éducation en français.

Après quelques années à Saskatoon, elle devient la présidente de l’école de langue française où ses enfants sont scolarisés. Élue en 1993, peu avant l’adoption de la loi sur la gestion scolaire, elle s’engage fortement pour la cause.

Elle a aidé au développement de tous les règlements qui ont construit le système scolaire fransaskois. «À une époque, avec toutes mes activités bénévoles ou non, je travaillais près de 16 heures par jour», lance-t-elle avec fierté, sans prétention.

* * *

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Que pensez-vous du programme «Vers l’unité pour la santé» que vous avez contribué à mettre en place?

«C’est quelque chose de plus horizontal. Oui on a des professionnels de la santé qui sont des spécialistes ou des experts, mais il faut écouter les patients et la famille pour s’assurer d’avoir les meilleurs résultats possible. C’est un grand mouvement qui est poussé par les instituts de recherche en français.»

«Le problème c’est que parfois le système est un peu pervers et le médecin ou les infirmières sont payés à l’acte. Ils n’ont alors pas tellement le temps voulu. Aujourd’hui, de plus en plus de jeunes médecins sont intéressés pour trouver des postes qui permettent ce genre de pratique.»

L’engagement pour une cause est une valeur forte de la démocratie?

«L’engagement est fondamental si l’on veut changer les choses. Moi je n’ai jamais toléré que l’on se plaigne et que l’on ne fasse rien. Ce que j’ai fait, c’est parce que j’ai vu qu’il y avait des choses qui n’allaient pas bien. Donc je me suis engagée.»

«J’ai fait des alliances, j’ai créé des communautés. Il faut y croire, il faut avoir une vision. Je pense que ça a été un exemple pour mes enfants. Je crois beaucoup au changement des systèmes à partir de petites choses qui vont avoir des impacts assez grands.»

À l’approche des élections fédérales, êtes-vous inquiète par une chose ou l’autre?

«Pour les élections fédérales, on verra ce qui se passera. Je pense qu’il faut avant tout défendre des idées. Que les partis soient rouges, bleus, blancs, oranges, il y a des dossiers qui sont extrêmement importants. Moi je vais continuer à défendre la santé en français.»

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«Et aussi défendre la petite enfance. J’ai fait un projet de neuf ans sur la petite enfance, financé par l’Agence de santé publique. Au Canada, nous n’avons pas encore de stratégie nationale dans ce domaine. C’est grave. Le développement de l’enfant avant ses 6 ans est un enjeu majeur de la santé. Un bon départ dans la vie trace le chemin pour la suite.

La série Penseurs originaux est le fruit d’un partenariat médiatique entre Francopresse et le Projet démocratie de CPAC. 

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