Abolition de la bourse pour étudier en français: de proactif à réactif

Le commissaire François Boileau.

15 octobre 2013 à 10h04

Depuis le printemps dernier, les étudiants francophones de l’Ontario ne bénéficient plus d’une bourse qui leur permettait de recevoir 1500 $ afin de poursuivre leurs études postsecondaires en français.

Après une levée de boucliers de plusieurs organismes, dont le Regroupement des étudiants franco-ontariens (RÉFO), et le dépôt d’une pétition à l’Assemblée législative pour le rétablissement de la bourse, le gouvernement a accepté de revoir les critères d’admissibilité d’autres subventions, ce qui permettra d’aider plus d’étudiants francophones à poursuivre des études en français.

Le Commissariat aux services en français s’est penché sur la question et livre son analyse dans un rapport publié mercredi dernier et intitulé Abolition de la bourse pour étudier en français – L’importance de bien faire ses devoirs.

Oui, constate François Boileau, «les étudiants admissibles aux bourses du Régime d’aide financière aux étudiants de l’Ontario (RAFÉO) sont plus avantagés qu’avant grâce à l’élargissement des critères d’admissibilité à ces bourses», mais ce qu’ils ont perdu, «c’est le caractère incitatif pour étudier en français».

Si les étudiants, de manière globale sont mieux lotis qu’avant depuis la création du programme de réduction de 30% des frais de scolarité, l’incitatif d’étudier en français est désormais «caché dans les subventions au transport», regrette le commissaire Boileau.

Le rapport montre bien qu’il n’y a pas mort d’homme suite à l’abolition de la bourse, simplement que la spécificité francophone n’a pas été prise en compte.

Un mal pour un bien?

«Le montant total octroyé à un étudiant, par le biais de la réduction de 30% des frais de scolarité en Ontario durant l’ensemble de son programme d’éducation postsecondaire, surpasse donc celui qui était autrefois offert par l’entremise de la Bourse pour étudier en français», note le commissaire dans son rapport.

Qu’est-ce qui change? Et bien, depuis 37 ans, tous les étudiants francophones qui remplissaient les critères académiques avaient accès à la bourse pour étudier en français. Désormais, les étudiants francophones ont accès à la réduction des frais de scolarité de 30% et aux subventions de navettage et de déménagement uniquement s’ils sont admissibles au RAFÉO, c’est-à-dire en fonction de leurs moyens financiers.

Ce que regrette François Boileau, c’est que dans sa volonté de simplifier l’octroi et l’admissibilité aux bourses, le gouvernement de l’Ontario a privilégié une solution globale.

La spécificité francophone

«Il n’y a aucune mauvaise foi dans leur action. Le gouvernement a pris la décision de réduire les frais de scolarité au postsecondaire de 30% et il fallait trouver cet argent. Ils ont regardé quelques bourses et en ont éliminé six. C’est là qu’ils n’ont pas pris en considération la situation des francophones», indique-t-il en entrevue téléphonique.

Constat appuyé par l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), qui a rapidement réagi mercredi à la publication du rapport. «Le gouvernement a négligé l’impact positif de la bourse pour étudier en français comme incitatif à poursuivre des études postsecondaires en français. L’AFO rappelle pourtant que le développement de l’éducation postsecondaire en français est essentiel pour assurer la vitalité de la communauté franco-ontarienne, et ainsi offrir à l’Ontario l’avantage économique d’une main-d’œuvre bilingue et qualifiée.»

Bryan Cayouette, second coprésident du RÉFO, préfère lui aussi «des mesures positives spécifiques aux francophones (…) afin d’assurer une égalité réelle des chances entre les étudiants de la majorité et de la minorité linguistique».

François Boileau a posé plusieurs questions au ministère de la Formation et des Collèges et Universités de l’Ontario, à propos des objectifs de la bourse pour étudier en français. La réponse du ministère est édifiante: «En éliminant ce programme, le ministère n’a pas conduit d’étude formelle afin de déterminer si les buts et les objectifs initiaux de la bourse pour étudier en français avaient été atteints.»

Pas comparable

Les chiffres avancés par le gouvernement, concernant le nombre de bénéficiaires francophones de la réduction de 30% des frais de scolarité en Ontario (lancée en janvier 2012), poussent pourtant à l’optimisme puisque 2700 étudiants francophones et francophiles y ont eu accès, comparativement aux 779 étudiants qui avaient eu accès à la bourse pour étudier en français en 2011-2012.

Mais pour François Boileau la comparaison ne tient pas. «Il importe de se ramener aux fondements de chacune de ces deux initiatives, afin de ne pas se trouver à comparer, d’une certaine façon, ‘des pommes à des oranges’.»

La raison d’être de la bourse pour étudier en français était d’inciter les étudiants francophones et francophiles à poursuivre une éducation postsecondaire en Ontario en français. Alors que la raison d’être de la réduction de 30% des frais de scolarité en Ontario est d’inciter les étudiants, peu importe leur langue, à poursuivre leurs études postsecondaires malgré un revenu familial plus faible.

L’amertume vient du fait que le gouvernement n’a pas pris en compte l’impact de la suppression de la bourse pour étudier en français en amont de la décision finale. «On doit faire davantage d’analyses d’impact et on ne l’a pas fait», lance le commissaire aux services en français.

Madeleine Meilleur, ministre déléguée à la francophonie, rétorque que «c’est la responsabilité des étudiants de parler et d’étudier en français». «On peut encourager, mais au primaire et au secondaire, il n’y a pas de bourses et les écoles sont pleines. Il y a une grande part de responsabilité personnelle», argumente-t-elle, précisant que plus d’étudiants francophones bénéficient de la réduction de 30% des frais de scolarité en Ontario que de l’ancienne bourse pour étudier en français.

Les étudiants ont tout de même perdu un incitatif de les poursuivre en français, ces fameuses études.

Le rapport

* * *
À LIRE AUSSI: Postsecondaire: le plan est prêt

Inscrivez-vous à nos infolettres gratuitement:

Récemment

Restez à jour dans votre propre fil d'actualité

Employé a la vente au detail – MEPHISTO

MEPHISTO
La boutique de chaussures « MEPHISTO confort de France » recherche un collaborateur à la vente au 1177  Yonge St à Toronto (centre ville), au Nord de Bloor St Summerhill station...
En lire plus...

Il y en a pour tous les goûts: les concerts gratuits des 23 et 24 septembre

Francophonie en fete
Un véritable tour du monde de la musique francophone
En lire plus...

21 septembre 2017 à 9h11

Les Voix du cœur recherchent de nouveaux talents

Une scène du spectacle des Voix du Coeur au théâtre Bluma Appel en mai 2016.
Le spectacle du printemps portera sur les cinq sens...
En lire plus...

20 septembre 2017 à 16h57

Didier Leclair se dit «écrivain de la marge»

Didier Leclair à la bibliothèque de Toronto le 18 septembre.
Écrire en français hors Québec: tout un défi
En lire plus...

20 septembre 2017 à 16h03

Six Franco-Ontariens à la rencontre d’une Première Nation

Les Franco-Ontariens participent à une cérémonie autochtone.
Au pays des Wahgoshigs
En lire plus...

20 septembre 2017 à 13h31

Nouveau conseil d’administration pour le CFT

Le nouveau conseil d'administration du Centre francophone de Toronto. À gauche: le président Jean-Luc Bernard.
Le CFT a reçu le titre d’«organisation phare» de la part de Centraide/United Way
En lire plus...

19 septembre 2017 à 17h35

Des wraps pour les adeptes de l’alimentation crue

WrapItUpRAW-taco-web-79f4912ff1dacc222fd91b2b6532550aacd9e3fb
La production exige beaucoup de travail, mais la commercialisation se fait en un tour de main.
En lire plus...

19 septembre 2017 à 15h21

Les finalistes du prix Christine-Dumitriu-van-Saanen

Paul-François Sylvestre, Gabriel Osson, Claude Guilmain
Tous Torontois
En lire plus...

19 septembre 2017 à 11h22

Rentrée télé: des champions… et un point de saturation

La série de six épisodes Comment devenir adulte, de Wookie Films (Winnipeg), est diffusée cet automne sur la chaîne Unis. Dans la photo, Rémi, Vanessa, Simon et Bréanne préparent la rentrée au Collège Louis-Riel. (Photo: Wookie Films)
L’offre télévisuelle de l’automne est lancée dans l’inquiétude. Les producteurs se mobilisent pour défendre la clause d’exception culturelle attaquée par Washington dans les pourparlers...
En lire plus...

18 septembre 2017 à 16h01

Des Gémeaux pour l’Ontario

L’émission Cochon Dingue, réalisée par le Franco-Ontarien Mathieu Pichette (à gauche), a remporté plusieurs prix dimanche  au gala des Gémeaux. Mathieu Pichet, Stéfany Brulier, Julie Lavalée, Sébastien Hurtubise, Carlos Soldevila, Micheline Sylvestre, Pascal Morissette, Pascal Barriault, Marie-Lou Morin. (Photo: Paul Ducharme)
Des producteurs et des artisans franco-ontariens se sont illustrés au gala de la télévision et des médias numériques.
En lire plus...

18 septembre 2017 à 14h45

Pour la meilleur expérience sur ce site, veuillez activer Javascript dans votre navigateur