À chacun son Kool-Aid

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Qu’est-ce que le gouvernement de l’Ontario fait avec 131 milliards $ qu’il ne pourrait pas faire avec 118? C’est la question qu’on peut se poser chaque fois qu’on nous annonce un déficit: 12,5 milliards $ cette année, en hausse par rapport à l’année dernière, mais censé être ramené à zéro dans deux ou trois ans.

Vous-même, ne sauriez-vous pas rééquilibrer des projets et obligations de dépenses totalisant 131 000 $ pour les douze prochains mois, sachant que vos revenus ne dépasseront pas 118 000 $?

Le débat sur le budget déposé le 1er mai par le ministre Charles Sousa n’a duré que quelques heures, supplanté le lendemain par le déclenchement de la campagne électorale en vue du scrutin du 12 juin. Le budget sert maintenant de plateforme électorale aux libéraux de Kathleen Wynne.

Andrea Horwath doit justifier pourquoi elle a voté contre un tel budget, lardé de nouvelles dépenses et d’interventions comme on les aime à «gauche». Si on se fie aux commentaires publics et privés de ses propres sympathisants, c’est mal parti pour elle.

Dans une première publicité sur le web, les libéraux ciblent le NPD en énumérant divers aspects du budget que le parti de Mme Horwath a rejetés: augmentation des dépenses sociales, nouveau régime de pensions, mégaprojets d’infrastructures de transport, fonds pour encourager les entreprises à investir en Ontario…

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C’est plus qu’un appel à voter «stratégique» pour battre les conservateurs, c’est un appel à abandonner définitivement le NPD!

Car, déjà, la campagne est dominée par l’offensive audacieuse/risquée/calamiteuse (au choix) de Tim Hudak.

Normalement, les candidats détestent les promesses trop précises, surtout quand elles touchent la rationalisation des dépenses publiques. Tout le monde préfère dépenser – et s’en vanter, comme on montre la voiture ou la télé qu’on vient d’acheter – plutôt que de se serrer la ceinture.

Le chef conservateur, qui a confirmé que la cure d’amaigrissement qu’il imposerait à la fonction publique ontarienne ferait disparaître environ 100 000 postes de fonctionnaires (provinciaux, municipaux et dans le secteur de l’éducation), dit qu’il ne fait pas ça de gaieté de coeur. Considérant les coups qu’il encaissera sur cette seule question, on le croit facilement.

Kathleen Wynne a aussitôt répliqué que Tim Hudak ne peut pas prétendre vouloir créer «1 million d’emplois» (le slogan et pratiquement l’unique cheval de bataille des conservateurs) en commençant par en détruire 100 000. Dans une bataille de petites phrases de moins de 10 secondes ou 140 caractères, c’est un cadeau.

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À la question qu’on se posait au début sur les dépenses publiques, les conservateurs ajoutent donc: qu’est-ce qu’on fait avec 1,3 million de fonctionnaires qu’on ne peut pas faire avec 1,2?

Tim Hudak assure que sa réingénierie de l’État ontarien – qui comprend aussi des réductions de taxes et de tarifs d’électricité, l’élimination d’obstacles bureaucratiques à l’entreprenariat et de la formation des travailleurs dans divers métiers – relancerait une croissance économique qui, en retour, générerait les revenus qui aideront aussi à éponger les dettes de la province. Mais ce n’est pas une petite phrase à tweeter.

En voici une: le régime provincial de pensions proposé par les libéraux équivaut à une nouvelle taxe qui détruira 100 000 emplois. Bel échange en perspective au débat des chefs.

Pas plus tard que l’an dernier, Charles Sousa était accusé d’avoir «bu le Kool-Aid de la droite» (Thomas Walkom dans le Toronto Star) en affirmant, comme son prédécesseur Dwight Duncan, que «l’élimination du déficit est, à elle seule, la décision la plus importante que le gouvernement puisse prendre pour assurer la prospérité de l’Ontario».

On a raison de dire qu’en politique, quelques mois peuvent représenter une éternité. Le nouveau budget et la campagne libérale qu’il inspire marquent une rupture spectaculaire avec l’ère McGuinty-Duncan-Drummond. Vous vous souvenez de Don Drummond, à qui on avait commandé une étude sur l’assainissement des finances publiques? C’était en 2012…

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