Prix Nobel de l’air du temps

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Publié 10/10/2009 par François Bergeron

Pour trop peu parce que trop tôt: c’est la critique quasi-unanime de l’attribution embarrassante du Prix Nobel de la Paix 2009 à Barack Obama, qui aurait dû le refuser ou, au moins, proposer au comité norvégien d’aller le chercher à la fin de son mandat, quand la prison de Guantanamo sera fermée et que l’armée américaine aura quitté l’Irak et l’Afghanistan.

Le président du comité Nobel, l’ex-premier ministre travailliste norvégien Thorbjoern Jagland, a tenté de justifier ce choix inattendu en prétendant que personne d’autres que le nouveau président américain «n’a fait plus que lui cette année» pour la paix ou les droits humains dans le monde. Ce à quoi des sceptiques ont répondu qu’on aurait pu honorer des dissidents assassinés en Russie, des manifestants pour la démocratie en Iran, ou encore des marins otages de pirates somaliens…

«Nous attrapons l’air du temps, la nécessité de l’époque», s’est encore défendu M. Jagland. Autrement dit, Barack Obama a reçu le Prix Nobel pour ce qu’il symbolise en tant que premier président noir des États-Unis, surtout auprès des Européens qui n’en reviennent pas encore.

Aux États-Unis et au Canada, où la discrimination a pratiquement disparu, l’élection d’un noir ou d’une femme ou d’un autre minoritaire n’est plus considérée comme un événement exceptionnel. La victoire d’Obama était l’aboutissement de cette évolution. Les Européens s’imaginent que c’est l’inverse, qu’elle en est le point de départ.

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D’autres y ont vu une marque d’appréciation envers un nouveau président américain dont les politiques sociales-démocrates s’apparenteraient davantage à la tradition européenne qu’à l’esprit de 1776. Ce serait encore pire: un réflexe bassement partisan que, franchement, la comparaison entre les succès européens et américains ne justifie pas.

C’est gênant pour le comité Nobel, mais aussi pour Obama qui ne méritait pas de recevoir un honneur aussi dévalorisé. Comme s’il n’avait pas déjà assez de travail, voilà qu’on le charge de redorer le blason du Prix Nobel de la Paix par son action au cours des prochaines années!

Auteur

  • François Bergeron

    Rédacteur en chef de l-express.ca. Plus de 40 ans d'expérience en journalisme et en édition de médias papier et web, en français et en anglais. Formation en sciences-politiques. Intéressé à toute l'actualité et aux grands enjeux modernes.

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