4 mythes sur l’immunité collective

Rien ne prouve qu'on est guéri pour de bon de la CoViD-19. Photo: Marco Verch, Flickr
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Le concept d’immunité collective est plus que jamais évoqué, alors que s’amorce le déconfinement dans plusieurs pays. Et il sera souvent encore dans les prochains mois. Mais est-il bien compris? C’est le moment de faire le tri entre ce que l’on sait et ce que l’on ne sait pas.

On définit par immunité collective, ou immunité de groupe, le moment où une population aurait atteint une immunité «naturelle» face au virus: autrement dit, si les gens, en grande majorité, ont été infectés une fois, le virus ne pourrait plus, en théorie, continuer de se propager.

Cette immunité de groupe peut aussi survenir si une population est vaccinée contre un virus.

1. Une fois infectée, une personne est immunisée? On ne le sait pas.

Dans le cas du nouveau coronavirus, il y a un bémol face à cette notion d’immunité collective. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) rappelait à la fin-avril que rien ne prouve pour l’instant que les gens guéris de la CoViD-19 et qui ont développé des anticorps sont protégés en cas de réinfection.

Il est donc d’autant plus hasardeux de baser une stratégie de déconfinement graduel sur cette idée, comme le font certains pays comme le Chili.

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Récemment toutefois, une étude chinoise publiée dans la revue scientifique Immunity démontrait qu’il semble y avoir une bonne réponse immunitaire chez les patients guéris de la CoViD-19.

Et une étude américaine publiée le 5 mai, mais qui n’a pas encore été révisée, signale que sur quelques centaines de personnes infectées par le SARS-CoV-2 en février, on pouvait détecter les anticorps chez 99% d’entre elles quelques semaines plus tard. Cette dernière étude se poursuit avec une cohorte plus large de gens.

Si l’on se base sur des études antérieures réalisées auprès de patients atteints du SARS-CoV-1 — le virus responsable du SRAS en 2003 — la durée de cette immunisation serait d’environ deux ans.

2. Sans vaccin, il est possible d’atteindre l’immunité collective? Incertain.

Ces études laissent croire qu’il serait possible de laisser le SARS-CoV-2 circuler librement dans la population pour que celle-ci développe des barrières immunitaires. Au bout d’un certain temps, le virus ne trouverait plus assez d’hôtes à infecter et finirait par disparaître — museler l’épidémie ne nécessiterait alors aucun vaccin.

Cette stratégie est néanmoins risquée. Dans le cas du nouveau coronavirus, on estime que, si le facteur de contagion était de 3 (chaque personne en infecte en moyenne 3 autres), il faudrait qu’environ 70% de la population soit immunisée, naturellement ou par un vaccin, pour qu’il puisse y avoir immunité collective.

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Or, comme les quelques rares études fragmentaires mentionnent un pourcentage de gens déjà infectés qui serait inférieur à 5%, les autorités de santé publique préfèrent jouer de prudence et attendre la mise au point d’un vaccin.

3. La Suède serait en passe d’atteindre l’immunité collective contre la Covid-19? Pas sûr.

À la fin avril, sur les ondes de la radio publique américaine NPR, l’ambassadrice de Suède aux États-Unis prétendait que Stockholm atteindrait «un certain niveau d’immunité» d’ici un mois. Environ 30% des habitants de la capitale du pays auraient déjà été infectés par le nouveau coronavirus, avançait-elle.

Coïncidence: peu après, un haut dirigeant de l’OMS a affirmé que «si nous voulons revenir à une nouvelle normalité, la Suède constitue un modèle pour le futur», renforçant ainsi l’idée que l’approche du pays scandinave, qui a laissé ouverts ses commerces et laissé les personnes circuler librement, serait la bonne.

Toutefois, il faut souligner que là-bas, comme partout ailleurs, on ignore le pourcentage exact de la population qui doit être infectée pour atteindre cet objectif. Et que dans tous les cas, il est impossible d’arriver à un pourcentage élevé de gens contaminés sans accepter un nombre relativement élevé de morts.

4. Les tests pour détecter les anticorps sont fiables? Non.

Si l’on ignore quel pourcentage de la population a été infecté, et si l’on est d’ores et déjà capable de détecter les anticorps qu’un individu a créés en réaction à une infection au SRAS-CoV-2, la logique semble être de faire passer des tests à grande échelle pour détecter ces anticorps — ce que l’on appelle des tests sérologiques.

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Selon une liste de la Foundation for Innovative New Diagnostics, plus de 200 tests sérologiques seraient actuellement disponibles ou en développement. Du lot, seulement 12 de ces tests sont autorisés par la Food and Drug Administration, l’équivalent aux États-Unis de Santé Canada.

Ce faible nombre s’explique par leur fiabilité douteuse. Leur sensibilité, c’est-à-dire le fait de ne pas avoir de diagnostic erroné, varierait de 53 à 89%, d’après une étude chinoise prépubliée, donc pas encore révisée par les pairs. Une autre étude scientifique prépubliée rapporte des résultats à peine meilleurs, et basés sur un petit échantillon de 30 personnes.

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